La fondation DHC/ART s'apprête à fêter ses dix ans

Abritée dans deux bâtiments patrimoniaux situés au cœur du Vieux-Montréal, DHC/ART se consacre à la présentation de l’art contemporain.
Photo: Gleb Gomberg Abritée dans deux bâtiments patrimoniaux situés au cœur du Vieux-Montréal, DHC/ART se consacre à la présentation de l’art contemporain.

Sans bannières tapageuses. Ni le fla-fla d’une architecture novatrice. Et même a contrario de ce qui se fait en infrastructures muséales. C’est en pariant sur un bâtiment patrimonial du Vieux-Montréal que la fondation DHC/ART ouvrait, il y a dix ans, ses portes.

Ceux qui les ont franchies ont fait sa réputation : les frères Chapman et leur regard monstrueux sur le monde, Sophie Calle et ses romances épistolaires, Christian Marclay et ses musiques, Wim Delvoye et ses sculptures ou encore Yinka Shonibare et ses parures…

Phoebe Greenberg

« C’est fou comme le temps passe vite », s’exclame Phoebe Greenberg, la directrice et fondatrice de DHC/ART Fondation pour l’art contemporain, qui a passé cette première décennie en revue dans un livre rétrospectif à paraître. C’est elle qui a choisi l’immeuble de la rue Saint-Jean et qui en a conçu la transformation intérieure.

Sous sa griffe, l’ancienne tour de bureaux consacrée au domaine des assurances est devenue une succession d’étages destinés à des sculptures, des installations vidéo, des dessins ou des photos en série, des projets sonores, aussi. Depuis 2007, 24 expositions y ont été présentées, là et dans un espace satellite, loué dans un immeuble voisin.

« Ça a pris du temps à faire comprendre les possibilités de l’architecture, qui n’est pas traditionnelle pour [tenir des expositions]. Le côté intime de ses espaces, malgré les contraintes, c’est une bonne chose. Il nous permet de réfléchir autrement que dans des salles plus conformes », affirme Phoebe Greenberg.

Une case à part

La fondation DHC — acronyme de Diving Horse Creations, compagnie de théâtre fondée dans les années 1990 — ne s’est pas seulement démarquée par la verticalité de ses salles. L’absence de fonds d’oeuvres détonne tout autant.

« J’ai ouvert une fondation sans collection. C’est une proposition qui n’est pas la norme », dit celle qui ne se considère pas comme une collectionneuse.

Fière de faire case à part, elle se tient loin du marché, ne possède que trois oeuvres d’artistes canadiens et toutes ses acquisitions, assure-t-elle, se retrouvent au centre Phi, l’autre diffuseur qu’elle dirige.

Les projets de Phoebe Greenberg reposent sur le partage de sa propre fibre pour l’art. Le volet éducatif, qui représente autour de 20 % du budget de chacune des expositions, est une part importante de la mission de la DHC.

Sa fondatrice se souvient d’une époque pas si lointaine où les foires d’art n’étaient fréquentées que par une clique. Elle constate que ce n’est plus le cas et en tire bénéfice.

« Il y a un certain cool factor qui n’était pas là il y a dix ans. L’art contemporain, c’est moins épeurant, si vous voulez. J’avais un désir — être accessible — et je sens qu’on a réussi à démystifier ce monde », dit-elle, ravie.

Tout étranger

Ce souhait de partage sera mis en relief dans l’une des expositions montées dans le cadre de ce 10e anniversaire. Intitulée L’offre, celle-ci réunira neuf artistes autour duconcept du cadeau et des questionnements qui s’ensuivent. « N’est-ce vraiment que l’intention qui compte ? » lit-on dans le texte de présentation de l’expo qui ouvrira le 5 octobre, dix ans, jour pour jour, après le solo du Britannique Marc Quinn.

Si la fondation du Vieux-Montréal n’a par ailleurs exposé que des artistes étrangers, c’est dans le simple but de montrer ce qui n’est pas accessible ici.

Phoebe Greenberg vit bien avec ses choix, ou avec ceux de ses commissaires attitrés — John Zeppetelli hier, Cheryl Sim aujourd’hui : ils ont eu « beaucoup d’impact ». La DHC attire entre 10 000 et 12 000 visiteurs par programme, avec des pointes à 15 000 entrées pour les expositions de Sophie Calle (2008) et des frères Chapman (2014).

L’art québécois n’aura-t-il donc jamais droit de cité ? « Ça se peut [que oui], répond la directrice. Ça dépend de l’oeuvre, tout commence là. On propose autre chose, mais je ne veux pas fermer la porte au cas où il y aurait une occasion. »

La fondation DHC inclut autrement les artistes locaux, notamment en les invitant à animer des ateliers. Reste que la globe-trotteuse Greenberg a mis tous ses efforts pour diffuser des figures rarement vues ici. Son plus vif souvenir ? « L’aventure Michal Rovner », artiste israélienne qui lui a « pris un petit tour du monde pendant six ans ».

Le livre rétrospectif, qui sera édité par Black Dog Publishing, maison londonienne, est attendu au printemps.