Un 35e Symposium international d'art contemporain de Baie-Saint-Paul, entre hier et demain

La citation et le recyclage demeurent présents dans la programmation, notamment avec Mitch Mitchell.
Photo: Symposium international d’art contemporain La citation et le recyclage demeurent présents dans la programmation, notamment avec Mitch Mitchell.

Pour son troisième et dernier rôle de commissaire du Symposium international d’art contemporain de Baie-Saint-Paul, Marie Perrault a voulu revisiter le passé. Non pas pour dresser un bilan personnel, mais pour confronter les artistes au fil de l’histoire. Le choix allait de soi : son troisième Symposium coïncide avec le 35e du genre.

Trente-cinq ans d’art dans un aréna, comme ça se fait à Baie-Saint-Paul, ce n’est pas rien. Or, Marie Perrault a constaté que nulle part il n’existe un survol complet de cette aventure inusitée, née en 1982 sous l’appellation Symposium international de la jeune peinture du Canada.

« Il est difficile de saisir l’évolution du Symposium, dit-elle. C’est un événement qui a évolué et dont l’histoire donne une bonne perception de l’évolution de l’art contemporain. J’aurais aimé faire une publication et mettre en ligne des archives, pour tout rassembler. On n’a pas trouvé le financement. »

Les ressources financières étant ce qu’elles sont dans le milieu culturel — à Baie-Saint-Paul, on roule avec un budget de 300 000 $ —, la priorité est axée sur le ici et maintenant. Marie Perrault a mis en veilleuse son projet patrimonial — « on n’a pas abandonné la publication, mais ce ne sera pas pour cette année », dit-elle —, non sans se lancer, enthousiaste, dans l’édition qui s’ouvre en ce dernier vendredi de juillet.

« C’est une région très agréable. Comme je dis toujours aux gens : je travaille l’été, mais il y a pire place l’été pour travailler », admet-elle.

Vers le futur

Le 35e en tête, Marie Perrault a regroupé une douzaine d’artistes et de collectifs autour du thème « Passé au présent ». Surprise : plusieurs ont mordu à la deuxième ligne de la thématique, « Inventer demain ». La Montréalaise Catherine Plaisance travaillera en vidéo et en photo sur le Charlevoix de 2100. Les Français du Cabinet de fumisterie appliquée feront de leur Horizon 2050 une installation scientifique portée par les scénarios catastrophes.

Marie Perrault

« J’ai proposé la construction historique, dit la commissaire, et dans ma perception à moi — ça traduit mon âge —, c’est une évolution linéaire. Je m’attendais à ce que les artistes s’approprient le passé, mais finalement, beaucoup feront dans la projection du futur. »

Elle ne s’en plaint pas, au contraire. Le Symposium a gagné en diversité, « le point de départ [s’avérant] plus étroit que le point d’arrivée ».

La citation et le recyclage demeurent présents dans la programmation, notamment avec Mitch Mitchell, Montréalais venu de Chicago, et Dong-Kyoon Nam, artiste d’Hamilton natif de Séoul. Le premier fabriquera un fauteuil Louis XVI à la manière d’un meuble Ikea. Le second, coup de coeur de l’automne 2016 montréalais, proposera une autre de ses squelettiques constructions technologiques.

Archives infinies

Après « Murmures du quotidien » (2015) et « Mobilités » (2016), « Passé au présent » conclut un tiercé de symposiums s’intéressant à l’impact des technologies sur nos habitudes de vie. Les moteurs de recherche, eux, ont modifié le rapport au passé.

« [Le Web renferme] une multitude d’histoires, de documents. Les archives sont accessibles très facilement. Je voulais voir ce que les artistes font de cet accès », confie Marie Perrault

Une artiste de sa sélection y répondra directement. Stéfanie Requin Tremblay, de Québec, travaille en effet à partir de la culture Internet.

« Son idée, avance Marie Perrault, est d’explorer Facebook et de voir comment il construit une narration, une histoire. Est-il possible d’arrêter le temps, de fixer un récit ? »

La tradition orale ne sera pas en reste au Symposium, notamment par la présence de la Famille Plouffe. La Famille Plouffe ? C’est le nom que s’est donné le collectif (familial), formé autour de l’artiste Guillaume Boudrias-Plouffe, révélé lors de la téléréalité Les contemporains.

À Baie-Saint-Paul, les Plouffe, compagne et enfants, exploiteront la culture populaire locale, d’Alexis le Trotteur aux Échassiers. « Leur travail évoluera à partir des discussions avec les visiteurs », dit la commissaire. Les histoires fantasmagoriques naissent ainsi, un pied dans le passé, l’autre dans l’avenir.

Symposium international d’art contemporain de Baie-Saint-Paul, du 28 juillet au 27 août