Arts visuels: la Biennale de Montréal en sursis

La Biennale a été mise en place en 1998 par le Centre international d’art contemporain de Montréal, qui a produit les sept premières éditions.
Photo: Biennale de Montréal La Biennale a été mise en place en 1998 par le Centre international d’art contemporain de Montréal, qui a produit les sept premières éditions.

Il n’y aura pas d’édition 2018 de la Biennale de Montréal… ni peut-être plus jamais. La direction de l’événement a confirmé lundi un important déficit lié à l’édition 2016, de même que l’ouverture d’un chantier de réflexion sur l’avenir de la manifestation.

« Il n’y a pas de garantie » selon laquelle une biennale pourrait être organisée en 2020, a reconnu au Devoir le président du conseil d’administration de l’événement, Cédric Bisson.

« Nous sommes convaincus qu’il est important et essentiel de tenir une manifestation d’art contemporain à Montréal, convaincus aussi que Montréal a sa place sur ce plan. Mais on va faire la réflexion à l’automne [pour trouver] le format de présentation et la temporalité », indique M. Bisson. Ce dernier souhaite une « réflexion qui met tout le monde à contribution ».

Dans une « mise au point » rédigée par M. Bisson, la direction de l’événement explique que « le financement reste un défi majeur pour la Biennale » et révèle que « l’édition 2016 se clôture avec un déficit administratif conséquent », ce qui oblige l’annulation de l’édition prévue pour 2018. « L’avenir financier de l’organisme demeure précaire », ajoute le président du CA.

En entretien, il parle d’un déficit « d’environ 10 % sur un budget d’un peu moins de deux millions ».

Le Devoir révélait en avril que plusieurs fournisseurs et artistes n’avaient pas encore été payés pour leur participation à l’édition 2016. Lundi, Cédric Bisson a expliqué que cette situation perdure, mais que « l’objectif est de trouver la solution la plus correcte » pour régler l’ensemble des dépenses liées à la dernière édition. « On voudrait privilégier les relations avec la communauté artistique », dit-il.

Le déficit de la Biennale — qui a connu une hausse de fréquentation par rapport à 2014, mais a aussi été marquée par des problèmes organisationnels — serait dû à trois éléments, relève M. Bisson. « Certains revenus ne se sont pas matérialisés, des dépenses imprévues se sont ajoutées, et il y a eu de la précédente administration une gestion que je qualifierais de perfectible. » Selon lui, le CA « aurait agi en amont s’il avait pu le faire, mais c’était impossible ». « On a découvert [les problèmes] après la tenue de la Biennale. »

Une gestion « perfectible »

L’annonce de lundi vient éclairer celle concernant le départ, en janvier, de la directrice générale et artistique de la Biennale, Sylvie Fortin. En rappelant son commentaire sur une gestion « perfectible », Cédric Bisson indique que Mme Fortin voulait « passer à autre chose… et nous aussi ». Le CA avait pourtant vanté la « solide expérience de gestion » de Mme Fortin lors de son embauche, en 2013.

Quant aux relations entre la Biennale et le Musée d’art contemporain de Montréal (MACM), elles seraient toujours « excellentes », soutient M. Bisson. « Le MACM a été un véritable partenaire et a fait des efforts financiers pour aider. La décision de ne pas tenir un événement en 2018 a été prise d’un commun accord. »

Au MACM, la directrice des communications, Anne-Marie Barnard, soutient que « la balle est dans le camp » de l’équipe de la Biennale pour voir quel type de partenariat futur pourrait exister entre les deux. Mme Barnard a souligné que « 100 % de la responsabilitié [de la gestion et de l’organisation] de la Biennale » relevait de cette dernière.

De son côté, le bureau du ministre de la Culture, Luc Fortin, a indiqué « avoir pris acte de la situation de la Biennale »,et dit « surveiller le tout de près ». En octobre 2016, Québec avait annoncé l’attribution d’une aide financière de 333 000 $ pour l’édition qui s’amorçait alors.

La Biennale a été mise en place en 1998 par le Centre international d’art contemporain de Montréal, qui a produit les sept premières éditions. La Biennale de Montréal est ensuite devenue en 2013 un organisme à but non lucratif indépendant. Le partenariat avec le MACM a été signé à ce moment et devait durer trois éditions.