Fini le Mois de la photo, place à Momenta

«Phoebe» (de la série «Desvestidas», 2011, détail), Luis Arturo Aguirre
Photo: Luis Arturo Aguirre «Phoebe» (de la série «Desvestidas», 2011, détail), Luis Arturo Aguirre

Après trente ans d’expositions, le Mois de la photo à Montréal change son appellation. À compter de la prochaine manifestation — la 15e, prévue en septembre —, il faudra parler de Momenta, biennale de l’image.

L’annonce a été faite mercredi en même temps qu’on dévoilait le contenu de l’édition à venir, portée par une question-thème : « De quoi l’image est-elle le nom ? » Cette première édition de Momenta sera aussi une première pour Audrey Genois, nommée à la tête de l’organisme en 2016, après de longues années à la Galerie de l’UQAM.

Changement de nom, d’image (le logo, notamment) et… de projet ? Du tout, répond la directrice générale : rebaptiser le Mois de la photo a permis de mieux refléter « ce que nous faisons ».

« Notre mission ne change pas », dit celle qui a concrétisé une réflexion entamée avant son arrivée. Fondé en 1989 pour marquer le 150e anniversaire de l’invention de la photographie (ou du daguerréotype), membre d’un consortium planétaire de manifestations photographiques (Festival of Light), le Mois de la photo à Montréal avait un problème identitaire.

« À l’étranger, on imaginait un festival à 150 expositions partout dans la ville. On est davantage une biennale, avec un commissaire qui définit un thème. Et ça ne dure pas un mois, mais six semaines. Le “mois” nous dérangeait. »

Il fallait aussi régler la question du « photo », à l’instar de ce qu’ont fait d’autres diffuseurs de photographie nés dans les années 1980. Les Montréalais Vox et Dazibao, par exemple, se sont peu à peu tournés vers le vocable « image », dès lors que les expositions s’ouvraient à la vidéo, au film et à l’installation.

« On expose autant des images fixes que des images en mouvement, clame Audrey Genois. La photo aujourd’hui, avec les avancées technologiques, nos habitudes et l’accessibilité à l’image, ce n’est plus la même chose. »

Court, le mot « momenta » — moments, en latin — a plu comme concept, qui embrasse large. « Ces moments, ce sont les différentes temporalités de la photo : la prise de vue, la réalisation de l’oeuvre, l’exposition, la perception du visiteur. Ce sont aussi différents moments avec l’oeuvre, que ce soit la rencontre ou le partage. Momenta enveloppe toutes les éditions à venir. Chacune est un moment où l’on s’arrête sur une question. »

L’édition 2017 et sa question ouverte repenseront le concept de photographie, selon ce qu’écrit le commissaire invité, le Parisien Ami Barak : « La définition traditionnelle de l’image photographique envisagée comme la reproduction du réel est aujourd’hui décomposée, recomposée, remise en question. »

Le changement identitaire de la manifestation montréalaise s’accompagne d’une subtile modification de sa structure. Plutôt que de miser sur une fausse exposition centrale et d’autres éparpillées en ville — « c’était comme 25 solos », note Audrey Genois —, Momenta aura véritablement son noyau, « à 23 artistes », chacun avec une seule oeuvre pour bien étoffer la thématique. Les expositions solos ne seront pas pour autant abandonnées et seront dispersées ici et là.

Autre petit changement : finie la nouveauté absolue. L’exposition centrale se tournera, sans crainte, vers des oeuvres existantes. « On ne sélectionne pas des artistes, on choisit des oeuvres », dit Audrey Genois, qui voit dans cette prise de position une solution simple pour son budget modeste — environ 1,2 million.

Le Mois de la photo a toujours été soutenu par les différents conseils des arts, mais jamais par une institution avec ses propres moyens, comme la Biennale de Montréal, associée au Musée d’art contemporain, ou Manif d’art, liée au Musée national des beaux-arts du Québec. La nouvelle biennale de l’image conservera son autonomie.


Cinq artistes de l’exposition centrale

Luis Arturo Aguirre (Mexique) parle d’identité(s), à travers des portraits de travestis et de transgenres.

Terrance Houle (Canada) se met en scène dans des activités quotidiennes, vêtu d’un costume traditionnel de pow-wow.

Le Montréalais Pascal Grandmaison interroge la quête de vérité à travers ses regards analytiques de la caméra.

Yto Barrada (Maroc) oscille entre vérité et fiction à travers un amalgame d’archives et de récits.

Seung Woo Back (Corée) s’inspire du Bauhaus et du constructivisme russe pour proposer des architectures irréalistes.