Tableaux anciens et portraits étudiés au MNBAQ cet été

Philippe Halsman et Salvador Dalí, «Salvador Dalí dans sa performance pour l’émission télévisée “The Morning Show” de CBS-TV», 1956
Photo: 2016 Archives Philippe Halsman Magnum Photos Philippe Halsman et Salvador Dalí, «Salvador Dalí dans sa performance pour l’émission télévisée “The Morning Show” de CBS-TV», 1956

Ils ont été bannis de la France révolutionnaire et ont trouvé refuge dans nos églises. Pour la première fois en deux siècles, la collection de tableaux des abbés Desjardins, assemblée au début du XIXe siècle, retraversera l’Atlantique cet automne pour être exposée en France.

Entre-temps, on peut admirer l’exposition sur Le fabuleux destin des tableaux des abbés Desjardins tout l’été au Musée national des beaux-arts du Québec (MNBAQ).

C’est aux XVIIe et XVIIIe siècles que ces oeuvres ont été peintes en France par des artistes de renom, dont certains travaillaient pour le roi de France, et exposées dans des églises jusqu’à la Révolution française. Durant la Révolution, le clergé est spolié de ses biens, les églises françaises sont fermées et les communautés religieuses dissoutes. Deux frères, tous deux abbés, Philippe Desjardins et Louis-Joseph Desjardins, s’intéressent au sort des oeuvres d’art religieux confisquées. Louis-Joseph Desjardins est aumônier des Augustines de l’Hôtel-Dieu de Québec, tandis que son frère Louis-Joseph est retourné en France après un séjour en Amérique. Le second rachète la collection des oeuvres et l’expédie à son frère, en 1817 et en 1820. « Au départ, ils ont fui la France pour l’Angleterre pendant la Révolution, puis se sont embarqués pour le Bas-Canada », explique Daniel Drouin, conservateur pour l’art ancien au MNBAQ. Pendant ce temps, au Bas-Canada, les fidèles et les églises se multiplient. Les fabriques ont besoin d’oeuvres pour les décorer.

Les tableaux, dont certain sont très volumineux, arrivent donc par bateau à New York en provenance de Brest. Ils prennent ensuite la route du Bas-Canada, enroulés sur des traîneaux dans la neige. Là, ils sont remontés sur des châssis et parfois restaurés par des artistes autodidactes non formés, poursuit M. Drouin. Les oeuvres sont ensuite rachetées par différentes fabriques. Certains curés achètent les originaux pour leur paroisse, d’autres commandent plutôt des copies.

Photo: Collection du MNBAQ / Photo Patrick Altman MNBAQ Inconnu, «Le songe de saint Joseph», entre 1600 et 1650

L’arrivée de ces tableaux au Bas-Canada marque le début de toute une école de peinture au Québec, ajoute M. Drouin. Jusque-là, on mentionne le travail de peinture du Frère Luc, alias Claude François, qui avait acquis sa formation en France, et de François Baillargé, qui a aussi étudié à Paris. « En 1817, Joseph Légaré procédera à la restauration de tableaux et à des copies de tableaux », dit-il.

Joseph Légaré prend sous son aile Antoine Plamondon, qui ira lui aussi poursuivre sa formation en France, avant de devenir l’artiste le plus réputé de l’époque, selon M. Drouin. Théophile Hamel sera à son tour formé par Antoine Plamondon.

L’arrivée de ces tableaux en Amérique a donc un impact majeur sur le développement de la peinture du Québec, et 2017 est l’occasion de célébrer le bicentenaire de cet événement. Quarante tableaux de la collection seront donc exposés au Musée de Rennes, en Bretagne, cet automne, avant de retrouver leurs places, dans les églises du Québec, et dans la collection du MNBAQ.

Rétrospective de Halsman

Au même moment, le MNBAQ reçoit l’exposition Étonnez-moi sur l’oeuvre du célèbre photographe Philippe Halsman. Cette exposition, montée par le Musée de l’Élysée, de Lausanne, propose une rétrospective du travail de l’artiste à partir des archives de sa famille. Elle présente non seulement les photographies du maître, mais également les documents qui témoignent de sa réflexion sur la photographie. On sait qu’Halsman s’est rendu célèbre par ses portraits, mais aussi par le travail effectué avec Salvador Dalí, et par sa technique de « jumpology » par laquelle il propose à ses modèles, de Marylin Monroe au duc et à la duchesse de Windsor, de sauter dans les airs pour retrouver leur naturel…

En entrevue, la commissaire et conservatrice du Musée de l’Élysée, Anne Lacoste, explique que l’exposition met l’accent sur des pièces inédites des débuts de Halsman à Paris, et s’intéresse particulièrement à son processus créatif.