Géographies: recomposées – Carrés blancs sur fond d’hiver

Vue sur «Géographies : recomposées» à la Maison des arts de Laval
Photo: Guy L’Heureux Vue sur «Géographies : recomposées» à la Maison des arts de Laval

À la salle Alfred-Pellan de la Maison des arts de Laval, on ne craint ni de jouer les anachronismes ni d’aller à contre-courant. Pour la dernière exposition de la saison, prévue pour durer jusque dans les premières semaines de l’été, on nous ramène l’hiver et ses vents, ses neiges, ses eaux glacées et ses montagnes de défis.

Dans Géographies : recomposées, expo qui réunit deux artistes de l’image, Sara A. Tremblay et Léna Mill-Reuillard, la pénombre règne. Ce sont les nombreux écrans qui ponctuent l’espace de leur lumière, et les quelques bandes sonores qui donnent le ton, qui marquent le temps. Paysages enneigés, vents bruyants, pas de doute, la saison froide bat son plein.

Plus qu’une expo d’hiver, ou sur l’hiver, Géographies : recomposées se présente comme une réflexion sur le territoire et sur la manière dont on l’occupe. Sujet éminemment québécois, comme la neige, soit, qui a plus d’une fois été traité dans les arts. Les six vidéos et deux photos rappellent pêle-mêle le cinéma contemplatif, le land-art, le geste performatif d’une Françoise Sullivan, les vues en plongée d’un Alain Paiement…

L’approche de la commissaire à l’origine du projet, Catherine Barnabé, a sa singularité. Exempt du commentaire écologiste d’usage, son propos relève quand même du choc entre la nature et l’humain. En salle, ça se traduit souvent dans une confrontation entre deux types d’images, nette versus embrouillée, fixe versus en mouvement, centrale versus périphérique, etc.

Photo: Guy L'Heureux Vue sur «Géographies : recomposées» à la Maison des arts de Laval

L’expo, qui se décline en plusieurs sous-thèmes implicites, de l’espace à la surface, de la trace à l’action, s’appuie sur une scénographie plutôt perspicace. L’idée de ces « géographies recomposées » se matérialise ainsi en un espace de diffusion revu et repensé, y compris dans ses outils de médiation.

On visite l’expo sans les repères habituels et sans suffisamment d’yeux et d’oreilles pour tout voir et entendre. La cacophonie est atténuée par ce motif blanc qui traverse toute la salle, tel un fil rouge. Autre point commun : chaque écran est porté par un semblant de récit, un passage entre un avant et un après parfois discernable, parfois imperceptible.

Une seule oeuvre

Fait à noter, l’ensemble des images exposées forme un tout — ou une seule oeuvre. La disposition de chaque élément repose sur le morcellement, comme s’il s’agissait des différentes stations placées dans un vaste paysage impossible à occuper dans sa totalité.

Les artistes ont tout signé à quatre mains et quand elles apparaissent dans l’image, c’est toujours ensemble. Il faut dire que leurs pratiques pas plus vieilles de dix ans ont des similitudes. L’une et l’autre travaillent autour de la représentation de lieux et du passage du temps, par des compositions sobres et des tonalités modérées, quand ce n’est pas en noir et blanc.

Elles sont un peu performeuses aussi, Sara A. Tremblay et Léna Mill-Reuillard. À les voir résister à la tempête, couchées immobiles sur et sous la neige, ou s’activer à dégager le monticule blanc devant le chalet, il est évident que leur présence, leur corps, participe de la reconstruction paysagère. Elles prennent cependant soin de jouer avec la lisibilité de leur identité. Visages furtifs, silhouettes floues ou alors lointaines, elles sont pratiquement des figures anonymes et génériques.

Tremblay et Mill-Reuillard s’approprient quelque part l’historique carré blanc sur fond blanc, réévaluent la peinture monochrome. Le carré devient rectangle, format plus proche du cinéma — Léna Mill-Reuillard travaille aussi comme directrice photo — et prend différents rôles, parfois par le biais d’une toile, étendue à quatre mains et plutôt instable.

Qu’elle s’offre comme un voile ou comme un plan isolant un élément de la nature, cette surface blanche, artificielle et éphémère, participe du choc des matières. L’hiver sert ici de motif, mais l’été, on le devine, d’autres carrés altéreront notre perception des paysages visuel et sonore.

Géographies : recomposées

Maison des arts de Laval, salle Alfred-Pellan (1395, boulevard de la Concorde), jusqu’au 16 juillet.