L’artiste Gilberto Esparza récupère les eaux usées à des fins scientifiques

Gilberto Esparza, «Plantas autofotosintéticas» (Plantes autophotosynthétiques), vue de l’installation à l’Espacio Fundación Telephónica, Lima, 2014
Photo: Gilberto Esparza Gilberto Esparza, «Plantas autofotosintéticas» (Plantes autophotosynthétiques), vue de l’installation à l’Espacio Fundación Telephónica, Lima, 2014

Des eaux polluées de Mexico aux eaux usées de Montréal, il y a tout un océan de distance. Les voilà pourtant sur le même plan, par le traitement que leur fait subir l’artiste mexicain Gilberto Esparza, objet d’une exposition à la Galerie de l’UQAM.

Ses objectifs peuvent paraître utopiques, admet-il, et pourtant, avec de la volonté, le résultat est probant : de ces eaux impures, de leurs propres bactéries, on peut tirer un écosystème sain, qui crée vie et verdure.

« Mon projet vise à faire d’un problème pour les humains — la pollution — un bénéfice pour la ville même d’où elle est tirée. Il faut chercher des stratégies pour que la ville cesse d’être un parasite et devienne un stimulant », dit-il, de son domicile à Mexico où on l’a joint.

« Nos rapports avec la nature sont très occidentaux, basés sur l’exploitation, poursuit-il. Il ne s’agit pourtant que de prendre soin de l’environnement, pour que l’environnement prenne soin de nous. »

Machine autosuffisante

Gilberto Esparza n’est ni scientifique, ni activiste, ni ingénieur en robotique. Il puise cependant dans tous ces champs pour concevoir des oeuvres qui dépassent la seule sphère de l’art contemporain.

L’exposition Plantas autofotosintéticas, sa première en sol canadien, a donné des airs de laboratoire à la grande salle de la Galerie de l’UQAM. L’oeuvre centrale consiste en une machine autosuffisante qui fonctionne à base de piles à combustible microbiennes.

Je ne tiens pas à offrir un dispositif qui nettoie l'eau pour nous permettre de garder nos habitudes

 

L’artiste a séjourné 20 jours à Montréal, notamment pour cueillir des échantillonnages d’eaux usées. Celles-ci reposent dans 12 modules de « l’installation bioélectronique », puis sont nettoyées et dirigées vers un noyau où vivent, en autarcie, des plantes aquatiques.

« L’électricité générée par les bactéries est libérée sous forme d’énergie lumineuse qui permet la photosynthèse des plantes », décrit le carnet produit pour l’occasion par les deux commissaires montréalaises, Nuria Carton de Grammont et Véronique Leblanc.

Une ambiance sonore, également provoquée par l’énergie de la machine, accompagne l’oeuvre. L’exposition présente aussi des radiographies de l’objet, ainsi que trois vidéos. L’une d’elles montre l’oeuvre précédente d’Esparza, Plantas nómadas (2010), un robot biologique conçu pour transformer l’eau de deux des rivières les plus polluées du Mexique.

Gilberto Esparza a effectué sa cueillette montréalaise comme il a procédé dans maintes autres villes, Mexico, oui, mais aussi Lima, Ljubljana et Athènes.

Montréal, il s’y est intéressé d’abord parce qu’elle se trouve dans un territoire connu pour abriter une part essentielle de l’eau douce mondiale. Il a découvert, en parcourant l’île avec un ingénieur de la Ville de Montréal, que pratiquement 100 % des eaux sont traitées. « À Mexico, seulement 8 % sont nettoyées et elles servent surtout à l’arrosage des espaces verts », fait-il noter.

Certes, les défis sont différents d’un pays à l’autre. Au Mexique, l’eau potable existe, le problème, c’est son accessibilité. Elle est devenue un marché, au point où une épicerie présente dans tous les villages, Oxo, fait des affaires d’or, rappelle Gilberto Esparza.

« Le prix d’un litre d’eau embouteillée correspond à 10 % du liquide et 90 % du plastique », estime-t-il. Les Mexicains sont aussi des grands consommateurs de produits gazéifiés. « Les enfants ne vont plus jamais à l’école avec une gourde », a-t-il constaté.

Pas de surplus

Le Québec se trouve, dans ce sens, à mille lieues. Or tout n’est pas rose, note l’artiste. « Il paraît que c’est à Montréal qu’on consomme le plus d’eau par habitant au monde. »

Gilberto Esparza assure ne pas créer des oeuvres pour faire la morale. Pas plus que pour résoudre les problèmes à la place des politiciens.

Aidé de toute une équipe de chercheurs, il conçoit des prototypes qui, espère-t-il, feront réfléchir. Mais l’eau de ses Plantas autofotosintéticas et Plantas nómadas n’est pas bonne à boire.

« Plantas autofotosintéticas n’est pas destinée à des fins humaines. C’est un peu compliqué, mais… Je ne tiens pas à offrir un dispositif qui nettoie l’eau pour nous permettre de garder nos habitudes. »

Ainsi, signale-t-il, ses installations et robotsnecréent pas de surplus. « La quantité d’eau qui est nettoyée ne suffit qu’à maintenir l’équilibre de leur propre écosystème. »

Si son travail devait servir de modèle, Gilberto Esparza voudrait que ce soit sur ce point. Mexico ou Montréal, peu importe, les villes ne devraient produire que ce qu’elles consomment. Et ne devraient consommer que ce qu’elles produisent.

Plantas autofotosintéticas

De Gilberto Esparza. À la Galerie de l’UQAM jusqu’au 17 juin.