Les musées du Québec entrent dans l’ère numérique

Hélène Roulot-Ganzmann Collaboration spéciale
Aux îles de la Madeleine, le Musée de la mer fait revivre le cachalot dont le squelette est exposé dans le grand hall depuis 2015. Grâce à la réalité augmentée, celui-ci va littéralement se mettre à bouger.
Photo: Black Artick / 44 Screens Aux îles de la Madeleine, le Musée de la mer fait revivre le cachalot dont le squelette est exposé dans le grand hall depuis 2015. Grâce à la réalité augmentée, celui-ci va littéralement se mettre à bouger.

Ce texte fait partie d'un cahier spécial.

Les institutions muséales et autres centres d’interprétation du Québec ont accueilli 14,7 millions de visiteurs l’an dernier. Une année record. Mais les musées ne souhaitent pas s’arrêter en si bon chemin et comptent même tirer parti de l’attrait du 375e anniversaire de Montréal et des 150 ans de la Confédération pour attirer encore plus de gens entre leurs murs. Pour ce faire, certains d’entre eux misent sur un nouvel atout : une plus grande utilisation des nouvelles technologies.

« Avec le 375e, on s’attend à une augmentation de 5 % des touristes à Montréal, indique Stéphane Chagnon, directeur général de la Société des musées du Québec (SMQ). On espère que les musées de la métropole, mais aussi en région, pourront en bénéficier. »

D’autant que certains d’entre eux auront un nouvel argument dès cet été: leur passage au numérique. Dans le cadre du Plan culturel numérique du Québec, la mesure 24 permettait en effet aux musées de proposer des projets visant à enrichir leur offre de contenus culturels numériques. Cent quatorze institutions l’ont fait et trente-cinq ont été retenues par un comité d’experts sous la houlette de la SMQ, et ont obtenu les moyens de mettre en oeuvre un projet innovant.

Stéphane Chagnon

« Il y avait deux volets, explique le directeur général. Certaines institutions ont demandé des subventions pour numériser leurs collections. D’autres ont proposé des projets de mises en valeur de leurs oeuvres par l’intermédiaire de techniques innovantes. Certaines seront prêtes dès cet été. »

Parmi celles qui seront prêtes pour la belle saison, notons l’application tablette du Musée des Abénakis d’Odanak qui permettra au visiteur d’avoir accès à toute la collection, même aux objets qui ne sont pas exposés, faute de place. Des capsules présentant des entrevues, des compléments d’information et des contenus plus familiaux seront également à portée de main. Et à l’extérieur, l’application qui utilise la géolocalisation, un peu à la façon de Pokémon Go, permettra au visiteur de se lancer dans une chasse au trésor à la recherche d’artefacts.

Autre lieu, mais tablette toujours ou téléphone intelligent, trois musées de Sherbrooke se sont unis pour faire revivre aux touristes de grands moments d’histoire. Le Musée des beaux-arts, le Musée de la nature et des sciences et la Société d’histoire ont en effet reçu une aide pour un projet de randonnée urbaine mettant en valeur soixante-quinze éléments patrimoniaux allant de la cathédrale Saint-Michel au Magog House, un ancien édifice hôtelier ayant accueilli à plusieurs reprises l’ancien premier ministre du Québec, Maurice Duplessis.

« L’idée, c’est toujours qu’il y ait du contenu muséal, explique M. Chagnon. Il ne s’agit pas d’utiliser le numérique pour le numérique. Il doit être au service d’un propos, et nous faire vivre une émotion par le biais d’expériences multisensorielles, diversifier les angles d’approche, mettre en valeur les collections. L’idée derrière ça, c’est bien évidemment de faire venir les “milléniaux” au musée en leur proposant des outils qu’ils connaissent bien et ainsi leur permettre de rencontrer les oeuvres, les sites, les archives, les artefacts, tout simplement l’histoire. »

Un objectif atteint au musée de la Gaspésie notamment, qui grâce à un film projeté sur 360° et à la réalité augmentée, permet au visiteur de se retrouver en 1963, en pleine mer, en compagnie de deux pêcheurs.

« Ce genre d’expérience immersive permet de vraiment faire comprendre ce qu’ils vivaient », souligne le directeur de la SMQ.

Photo: Musée de la Gaspésie / ID3 Grâce à un film projeté sur 360° et à la réalité augmentée, le musée de la Gaspésie permet au visiteur de se retrouver en 1963, en pleine mer, en compagnie de deux pêcheurs.

C’est aussi le cas de l’exposition Nourrir le quartier, nourrir la ville, présentée par l’Écomusée du fier monde, qui parvient à faire revivre le quartier Centre-Sud de Montréal dans lequel il s’est implanté. Une maquette 4D de l’usine Raymond aide à comprendre son fonctionnement et des bornes interactives tactiles permettent de mieux appréhender les marchés publics de l’époque et les premières chaînes d’alimentation.

Aux îles de la Madeleine, le Musée de la mer fait quant à lui revivre le cachalot dont le squelette est exposé dans le grand hall depuis 2015. Grâce à la réalité augmentée, celui-ci va littéralement se mettre à bouger et ainsi en apprendre aux visiteurs sur l’histoire humaine, l’environnement, la chasse, les traditions, les arts et tout ce qui fait de ce peuple insulaire une communauté unique.

Impossible de faire ici la liste de tous les projets multimédias qui verront le jour dans les musées québécois dès cet été. Difficile de ne pas parler cependant du Musée Stewart et de son exposition soulignant le cinquantenaire d’Expo 67. Une exposition multimédia et immersive destinée, notamment, à faire revivre les technologies cinématographiques de l’époque. Mapping vidéo, réalité virtuelle et ambiances sonores feront replonger les visiteurs au coeur d’un événement historique ayant marqué la mémoire des Québécois et du public du monde entier.

« La numérisation permet de rendre les oeuvres plus accessibles, explique M. Chagnon. Elle permet de faire vivre un moment plutôt que d’être un simple spectateur du passé. Le deuxième volet du plan culturel numérique, qui a permis à 17 musées de numériser toutes leurs collections, est également un bon moyen de permettre au public de côtoyer des oeuvres qui jusque-là étaient dans des réserves. »

Ces expériences, qui démarrent parfois sur le site Internet de l’institution ou par l’intermédiaire des applications mobiles, doivent également servir à attirer les visiteurs, les plus jeunes notamment, in situ, précise cependant le président de la Société des musées du Québec. Parce que faire l’expérience de se retrouver face à une oeuvre ou à un artefact ne peut être remplacé, selon lui.

L’été est une période très importante pour les musées puisque, en l’espace de trois mois, ils font le plein de près de la moitié des visiteurs de l’année entière, révèlent de récentes données de l’Observatoire de la culture et des communications du Québec. Rendez-vous cet automne donc, pour évaluer si le passage au numérique aura généré une augmentation du nombre d’entrées.