Perspectives sur notre histoire de l’art

Vue de l’exposition «Serge Tousignant. Exposés de recherche» à Vox
Photo: Michel Brunelle Vue de l’exposition «Serge Tousignant. Exposés de recherche» à Vox

Nous avons une histoire de l’art riche et digne d’intérêt. Dans nos musées, il fut une époque — pas si lointaine — où l’art canadien était avant tout résumé par de grandes expositions de peintures du Groupe des Sept ou d’Emily Carr… Quant à l’art québécois, il était la plupart du temps exhibé dans de grands événements présentant les tableaux des automatistes et des plasticiens (de la deuxièmevague).

Cela constitue certes des jalons historiques significatifs, mais qui peuvent devenir réducteurs. Les choses semblent changer. Lentement. Par exemple, ces jours-ci au Musée des beaux-arts à Ottawa a lieu une intelligente expo — malgré tout un peu petite — sur la photographie au Canada entre 1960 et 2000…

À Montréal, au Centre de l’image Vox, les co-commissaires Marie J. Jean et Claudine Roger ont quant à elles organisé une rétrospective qui permettra de revenir sur la carrière d’un de nos grands artistes, qui ne s’est pas avant tout fait connaître par la peinture. Depuis plus de 50 ans, Serge Tousignant a su élaborer une oeuvre multiforme — il a déclaré qu’il n’était à proprement parler ni photographe ni sculpteur, même s’il incorpore ces pratiques dans sa démarche…

Sa carrière part des années 1960, moment où l’oeuvre d’art vit justement une transformation majeure de sa nature, où les moyens d’expression sont éclatés et poreux. Une oeuvre qui a pour thème la métamorphose, qui joue à mettre en scène des effets de trompe-l’oeil, qui d’un certain point de vue montrent comment des objets et des formes peuvent apparaître autres que ce qu’ils sont… Une oeuvre souvent décrite comme étant hantée par la question de la lumière.

En fait, dans ses jeux sur la perspective, Tousignant nous dit qu’il faut avoir conscience du point de vue que nous avons sur le monde et sur l’art, que ce point de vue vient teinter notre compréhension de la réalité.

Photo: Michel Brunelle Une autre vue sur l'exposition

Une histoire de l’art par ses expositions

Les commissaires ont eu une idée brillante : suivre la démarche de l’artiste à travers ses expositions principales. Cela permet de voir comment l’artiste a su élaborer son oeuvre en dialoguant avec les espaces et le contexte des lieux où il exposait. Dans le texte de présentation, à propos de son travail, les commissaires parlent même de scénographie.

Mais cette approche permet aussi de faire un panorama de quelques expositions importantes pour l’histoire de l’art au Québec et au Canada. On y retrouve entre autres Perspective 67 à l’Art Gallery of Ontario à Toronto, mais aussi Québec 75 au Musée d’art contemporain, exposition commissariée par l’innovateur Normand Thériault. L’intervention de Tousignant lors de Québec 75 est ici présentée grâce à la recréation de son installation intitulée Laissez faire les sphères.

Certes, nous aurions aimé un peu plus de textes explicatifs dans la dernière salle… Mais cela est un détail dans cette expo qui se révèle d’une grande richesse. D’autant plus que, l’automne prochain, la publication d’une monographie viendra compléter cet important travail de recherche.

L’art de la périphérie ?

Le Centre Vox a orchestré cette rétrospective sur Tousignant en même temps qu’une deuxième et plus petite présentation sur l’exposition Périphéries qui a eu lieu au Musée d’art contemporain en 1974. Celle-ci regroupait des créateurs du centre d’artistes autogérés Véhicule Art, centre dont Tousignant fut un des membres fondateurs. Ces artistes voulaient sortir de l’orthodoxie de la peinture et de la sculpture…

C’est grâce à des expositions comme celles-ci que nous pourrons un jour trouver plus facilement certaines oeuvres québécoises et canadiennes absentes des salles dans nos musées à Montréal. Notons qu’il est encore très difficile pour un amateur d’art — ou simplement pour un professeur d’histoire de l’art qui voudrait montrer des oeuvres à ses étudiants — de voir dans nos musées montréalais un panorama, digne de ce nom, de l’art canadien ou québécois des années 1960, 1970 ou 1980… Imagine-t-on pareille chose à propos de l’art américain à New York ou de l’art français à Paris ?

Signalons que le samedi 6 mai à 13 h 30 aura lieu une visite guidée de cette rétrospective Tousignant en compagnie de l’artiste et des co-commissaires.

Serge Tousignant — Exposés de recherche

Commissaires : Marie J. Jean et Claudine Roger. Jusqu’au 23 mai au Centre de l’image Vox.