«Shoot first!»: le photographe de presse Harry Benson en vedette à Montréal

Le photographe Harry Benson a côtoyé les plus grands noms du XXe siècle.
Photo: Pedro Ruiz Le Devoir Le photographe Harry Benson a côtoyé les plus grands noms du XXe siècle.

Il était aux côtés de Bobby Kennedy lorsqu’il est mort assassiné. Il était avec John Lennon lorsque celui-ci a déclaré que les Beatles étaient désormais plus populaires que le Christ. Il était près du général de Gaulle lorsque ce dernier a lancé, en 1967, du balcon de l’hôtel de ville de Montréal : « Vive le Québec libre ! »

Harry Benson a derrière lui une longue carrière de photographe de presse, et on peut voir un petit échantillon de son oeuvre ces jours-ci à la galerie Got, rue Saint-Paul à Montréal. On y trouve de nombreuses photos des Beatles, donc, que M. Benson était allé rejoindre à Paris en 1964, là où il a pris la célèbre photo de la bataille d’oreillers du quatuor.

Photo: Harry Benson Le général de Gaulle à Montréal en 1967, immortalisé par Benson

L’une des photos, prise à l’hôtel George V où les Beatles résidaient, les montre tous les quatre en train d’éplucher les lettres de leur fan-club, comme des enfants ouvrant leurs cadeaux de Noël.

« Devinez qui recevait le plus de lettres. C’était Ringo ! Peut-être parce qu’il était un peu spécial. Les fans croyaient qu’elles avaient plus de chances avec lui. Et John et Paul étaient jaloux ! » se souvient-il.

De John Lennon, il se souvient qu’il était un homme sans prétention et facile d’accès. « Lennon a cependant beaucoup regretté d’avoir comparé les Beatles au Christ, puisque cette boutade a fait perdre de nombreux contrats au groupe », dit-il.

Harry Benson a aussi beaucoup côtoyé Martin Luther King, durant le mouvement pour le respect des droits civiques des Noirs. Plusieurs des personnalités qu’il a fréquentées et photographiées ont donc été assassinées, constate-t-il. L’homme garde un souvenir marqué au fer rouge de l’assassinat de Robert Kennedy, qui s’est déroulé sous ses yeux.

« J’accompagnais Bobby Kennedy durant sa campagne électorale », se souvient-il. Au terme d’une réception marquant la fin de cette campagne, à Los Angeles, Harry Benson et Robert Kennedy s’apprêtent à regagner respectivement leur chambre quand Harry Benson entend des cris. Lorsqu’il se retourne, Robert Kennedy est mort. Il se dit alors qu’il doit faire son travail, qu’il ne faut pas attendre au lendemain. L’une des célèbres photos qu’il a prises à ce moment montre la veuve de Robert Kennedy, Ethel, qui met sa main devant son appareil pour l’empêcher de photographier.

Photo: Harry Benson Amy Winehouse, Londres, 2007

« C’était un cauchemar, c’était un moment infernal », se souvient-il aujourd’hui. Sans que la scène le poursuive dans son sommeil, il lui arrive encore de rester éveillé et de repenser à ces moments.

« Cela me tient éveillé la nuit, mais je me dis que, si je n’avais pas pris ces photos, cela me tiendrait éveillé aussi. »

Harry Benson a photographié une pléthore de présidents américains, dont l’actuel, Donald Trump, qu’il connaît par ailleurs depuis une quarantaine d’années. Lorsqu’on lui demande s’il reste des personnalités qu’il aimerait photographier, il nomme le président russe, Vladimir Poutine. Lorsqu’on lui demande quels conseils il donnerait à un apprenti photographe, il répond : « S’acheter une guitare ! », faisant allusion à la disparition de nombreux magazines de photographie. « Aujourd’hui, tout le monde prend des photos avec leur téléphone, dit-il. Ce ne sont pas des photos extraordinaires, mais ce sont de bonnes photos. »

L’exposition de la galerie Got se concentre par ailleurs principalement sur des photos des Beatles, une photo de Bianca Jagger et une autre d’Amy Winehouse. « C’était au milieu d’une période de sobriété d’environ deux semaines », dit-il.

Harry Benson vient de recevoir le prestigieux prix Infinity, de l’International Center of Photography, de New York, pour l’ensemble de son oeuvre. En 2015, un documentaire intitulé Shoot First revenait sur sa longue carrière de photographe.