De visu - Prendre le temps

Vue de l'extérieur, la galerie Graff semble presque vide, comme si l'on était en train d'installer une exposition. Dans la salle, on aperçoit simplement un long rouleau de papier accroché à un mur et sur lequel est tracée une ligne.

Ce dessin, un peu décevant à première vue, nous guide vers l'installation principale dissimulée derrière un rideau, dans la pièce du fond. L'effet de surprise est total: une multitude de fils disposés en grille envahissent l'espace et empêchent d'avancer, comme une espèce de toile d'araignée quadrillée qui monte jusqu'au plafond. Il faut ramper sous la structure et venir s'allonger sur un tapis pour la regarder en contre-plongée. Dans cette position, on se laisse imprégner par l'atmosphère à la fois étouffante et relaxante dégagée par l'oeuvre («espace de détente iconique», selon l'artiste). Une lampe diffuse sa lumière sur les fils et crée une illusion d'optique qui brouille notre sens de profondeur, de l'évaluation des distances.

Dixième temps, regarder debout, dormir dessous, projet final de la série des Temps de Martin Boisseau, vient conclure une recherche amorcée il y a plusieurs années. Il s'agirait de la réalisation la «plus radicale et la plus calme» de cette suite. Comme dans les autres oeuvres de la série, la réflexion est axée sur le mouvement. Un contraste se crée entre le déplacement du spectateur «debout» qui regarde la ligne du dessin à l'entrée de l'exposition et le corps couché sous l'installation. Moins mécanique que les oeuvres précédentes (qui s'apparentaient plus à des machines), ce «dixième temps» est une réflexion sur l'évanescence. Les fils de la «toile d'araignée» sont en fait des rubans vidéographiques vierges sortis de leurs bobines puis étirés — rappel de l'intérêt de l'artiste pour l'image filmée. Une oeuvre qui invite notre participation active et mélange minimalisme et Op-Art d'une manière séduisante.