Un parcours varié à la galerie Art Mûr

Les propriétaires Rhéal-Olivier Lanthier et François Saint-Jacques présentent actuellement une exposition solo de Renée Duval, une autre de l'artiste vidéaste Claude Ferland, ainsi qu'une exploration autour du thème de l'eau par Katharine Harvey et Kathryn Lipke Vigesaa. L'espace est également occupé par des oeuvres d'étudiants de Concordia (dans le cadre du festival Art Matters) ainsi que par une exposition présentée par le Conseil des arts textiles du Québec...

La série de tableaux figuratifs de Renée Duval accueille le spectateur dans la première salle et le surprend par l'apparente simplicité du sujet: des arbres. Non pas des forêts romantiques ou idéalisées, mais plutôt des fragments, des détails de paysages, peints d'une manière très réaliste et détachée. Pour l'artiste, c'est «l'impact sensori-visuel qui prime», l'effet premier que l'on ressent quand on est confronté aux tableaux. L'importance accordée à la perception se voit clairement dans Raga n° 2 (pommetier), une oeuvre curieuse dans laquelle les feuillages d'un arbre sont peints sur des rondelles de bois. Ces cercles de différentes tailles accrochés au mur représentent des instants et font penser à des regards furtifs. Dans certains tableaux apparaissent des mains. Elles semblent vouloir cerner, encadrer l'espace. Font-elles référence à l'artiste ou au spectateur? Peut-être aux deux: l'exposition s'intitule d'ailleurs Rebondissement...

L'installation Currents de Kathryn Lipke Vigesaa explore d'une manière poétique le thème de l'eau. Créée à partir de matériaux naturels, une espèce de pirogue suspendue est entourée de cailloux. Du plafond pendent des fioles en verre qui contiennent des échantillons d'eau, recueillis dans différents endroits, du fleuve Saint-Laurent à l'océan Arctique en passant par les Grands Lacs. Cette oeuvre avait été présentée en 2001 à la Maison de la culture Mercier dans l'exposition Locus in Quo. L'intention, décrite alors dans le texte de présentation, était de «faire éprouver au spectateur l'immensité des préoccupations environnementales et la complexité des liens entre tous les phénomènes naturels». Un projet ambitieux, mais le symbolisme qui se dégage de cette oeuvre complexe, d'inspiration primitive, pousse certainement à ce genre de méditation.

Katharine Harvey, elle, exprime sa fascination pour l'eau en cherchant à reproduire en peinture la texture du liquide. Elle applique de nombreuses couches successives de gel acrylique sur une surface pour créer un effet de fluidité. Dans Porthole, un trou (qui nous fait penser à un hublot de bateau) dans la matière gélatineuse apparaît comme un oeil dans un océan embrumé. L'effet est original et on regrette que l'artiste ne pousse pas cette exploration plus loin car ces tableaux ont un caractère répétitif.

Au deuxième étage, on trouve des oeuvres plus expérimentales... Avec Cold Days, une série d'installations vidéo réalisées à Montréal, à Paris et à Berlin, Claude Ferland nous présente son univers mélancolique. Mélangeant images et musique, l'artiste s'approprie l'esthétique du clip vidéo. L'oeuvre Cold Day est typique de sa production. Projetée sur deux écrans, elle fait ressortir un sentiment de claustrophobie, de déception. Un homme essaie de s'échapper d'un désert glacé et tente de rejoindre, en vain, le jardin, métaphore du paradis perdu, qui se trouve devant lui sur l'autre écran. Quand il semble l'atteindre, la scène se renverse et tout recommence... Allégorie de la condition humaine, «confrontation de l'homme avec la nature», l'angoisse qui se dégage ici se retrouve dans les autres oeuvres. Dans Time on voit un rhinocéros tourner misérablement dans un espace restreint. Les vidéos accompagnées de musique s'apparentent à des rêveries parfois cauchemardesques dans lesquelles on détecte néanmoins une certaine dose d'humour, d'autodérision, notamment dans Fucking Cold Days, où des injures accompagnent une séquence vidéo sur un écran LCD.

Soulignons finalement les oeuvres des étudiants de Concordia. L'exposition De/Action, qui avait réservé de belles surprises, se termine aujourd'hui et sera remplacée par You Are Here/Vous êtes ici jusqu'au 27 mars. À voir également: l'installation-performance de Lalie Douglas, exposée dans le cadre du Conseil des arts textiles du Québec. Faisant référence au tableau de Louis Toqué Madame Dangé, épouse du général Balthazar Dangé du Fay (1753) au Louvre, l'artiste travaille à une «frivolité», une technique de dentelle, occupation élégante sans but particulier dont la «seule utilité était d'exprimer l'aversion féminine pour l'inactivité totale». Cette oeuvre remet en question le rôle du travail et du loisir féminins selon les normes et attentes de la société actuelle. Les performances de Lalie Douglas auront lieu à différents moments tout au long du mois.