Qui a fondé Montréal?

Mélanie Gagné Collaboration spéciale
Annonce de la prochaine exposition du Musée Marguerite-Bourgeoys intitulée «Coup de théâtre: j’ai fondé Montréal!»
Photo: Umanium Annonce de la prochaine exposition du Musée Marguerite-Bourgeoys intitulée «Coup de théâtre: j’ai fondé Montréal!»

Ce texte fait partie d'un cahier spécial.

Et si Paul de Chomedey, sieur de Maisonneuve, et Jeanne Mance n’étaient pas les seuls fondateurs de Montréal ? Fonder une ville, où ça commence, où ça se termine ? L’équipe du Musée Marguerite-Bourgeoys s’est intéressée à ces questions pour créer des activités dans le cadre des célébrations du 375e anniversaire de Montréal. Une exposition temporaire et une tournée découverte d’un site archéologique font découvrir, vestiges à l’appui, les oubliés derrière les cofondateurs officiels.

Lors des remue-méninges de création, le thème de l’identité des fondateurs a retenu l’attention, explique Stéphan Martel, archiviste du Musée Marguerite-Bourgeoys : « La commémoration, c’est un moment important, mais c’est très subjectif. Qui fête-t-on ? Il y a des gens, des événements qui sont mis en valeur, mais il y a des éléments qui sont repoussés dans l’ombre. Par exemple, que célèbre-t-on exactement quand on fête le 375e ? C’est le genre de questionnement que nous avons eu. On fête, bien sûr, l’arrivée de la première recrue à Montréal donc sur l’île le 17 mai 1642, mais on tend à oublier que des populations humaines ont fréquenté l’île de Montréal depuis des milliers d’années, avant même que les premiers Européens arrivent. Donc, on traîne dans l’ombre un groupe d’individus et on en met en valeur un autre. »

Sur la trace des fondateurs

L’exposition Coup de théâtre : j’ai fondé Montréal ! (14 juillet 2017 à septembre 2018) donne la chance au public de connaître plusieurs personnages historiques qui ont contribué, de près ou de loin, à la fondation de Montréal. Roosa Rönkä, responsable des collections et des expositions au Musée Marguerite-Bourgeoys, est chargée de projet pour cette exposition. Mme Rönkä raconte qu’une approche théâtrale a été choisie, afin de rendre l’expérience amusante : « On voulait que ça s’adresse aux visiteurs de toutes les origines et de tous les âges. On rend le contenu historique accessible et ludique. Le concept d’exposition campe l’action dans un décor théâtral. Le visiteur devient partie prenante de la production d’une pièce de théâtre qui porte sur la fondation de Montréal. Dans un parcours, le spectateur assiste à des répétitions de cette pièce et découvre des personnes qui ont réellement existé. À la toute fin, il aura l’occasion de se prononcer sur les fondateurs de Montréal. » La firme de design et de muséographie Umanium a collaboré à ce projet.

La ligne du temps proposée par l’exposition débute avec la présence des énigmatiques Hochelaguiens et va jusqu’à l’établissement d’une colonie missionnaire française en 1642-1663. « Il n’y a pas vraiment une année spécifique pour le début, mais on voulait mettre en valeur les habitants de l’île de Montréal qui étaient là bien avant les Européens : les Autochtones. On va jusqu’en 1663 environ. C’est l’année où la Société de Notre-Dame est dissoute », dit Roosa Rönkä. Des objets d’époque et des iconographies inusitées enrichissent l’expérience.

Les femmes dans la fondation de Montréal

L’historiographie canadienne du XIXe siècle laissait peu de place aux femmes, soutient l’archiviste Stéphan Martel : « C’était surtout les hommes qui écrivaient l’histoire. C’était une historiographie qui était un peu misogyne, paternaliste. Aujourd’hui, ce n’est plus comme ça. Donc on voulait parler du rôle des femmes dans la fondation de Montréal. Et même des femmes qui ont fréquenté le site de Bon Secours bien avant la fondation, chez les populations amérindiennes. On a des traces qui peuvent en témoigner. »

La tournée découverte du site archéologique (dès le 1er juin 2017), intitulée Ville-Marie, terre des femmes, invite le public à découvrir des vestiges étonnants sous la chapelle actuelle. Accompagné d’un guide-animateur, le visiteur se fait raconter l’histoire derrière chaque artefact. « On va parler des Amérindiens préhistoriques, mais aussi des femmes. Bien sûr, il y a des vestiges de la chapelle Notre-Dame-de-Bon-Secours dans le site. Cette chapelle a été fondée en 1655 par Marguerite Bourgeoys et construite finalement de 1675 jusqu’à 1678. Marguerite Bourgeoys a contribué quelque part au développement de Ville-Marie, de Montréal. On va faire parler les vestiges pour montrer quel rôle cette femme a joué dans le développement de Montréal, à travers la fondation de la chapelle, mais aussi d’une congrégation de soeurs enseignantes et de la première école de Ville-Marie. C’est quand même quelque chose. Une femme au XVIIe siècle qui fonde une chapelle, c’est remarquable ! C’est un bel exemple pour parler de l’importance des femmes dans la fondation de Montréal », affirme M. Martel.

Marguerite Bourgeoys

Une pionnière, une courageuse, une visionnaire ; voilà des qualificatifs couramment utilisés pour décrire sainte Marguerite Bourgeoys, originaire de Troyes, canonisée en 1982. C’est la religieuse Louise Chomedey qui présente Marguerite Bourgeoys à son frère Paul, qui cherche une enseignante pour la petite colonie. Marguerite accepte l’offre de Maisonneuve de se joindre à la Grande Recrue de 1653 qui devait sauver Ville-Marie.

Pour Line Richer, responsable des communications du Musée Marguerite-Bourgeoys, la sainte est très inspirante : « Cette femme a fait preuve de beaucoup de détermination. Au début de la colonie, ce n’était pas simple de vivre ici, avec rien, de créer une nouvelle cité. C’est ça qu’on essaie de transmettre. On présente les multiples réalisations et l’histoire de cette femme exceptionnelle. Marguerite Bourgeoys a influé sur ce que sont les femmes aujourd’hui. C’est une figure-clé de Montréal. »

Un lieu d’une grande richesse patrimoniale

Le Musée Marguerite-Bourgeoys a beaucoup à offrir : un musée captivant, une chapelle d’une grande beauté et un site archéologique qui témoigne de plus de 2400 ans d’histoire. Il s’agit d’un lieu diversifié, explique Roosa Rönkä : « Le site archéologique, les fondations de la chapelle que Marguerite Bourgeoys a fondée au XVIIe siècle et les vestiges de la période préhistorique permettent de voyager dans le temps, très loin, ce qui n’est pas toujours le cas à Montréal, où le développement a détruit beaucoup de sites anciens. Ici, on peut vraiment partir de la préhistoire et voyager jusqu’au XXe siècle avec la chapelle et la seconde chapelle Notre-Dame-de-Bon-Secours. » De son côté, Stéphan Martel est ému lorsqu’il parle de la richesse des lieux : « On a un site archéologique très ancien d’une grande valeur patrimoniale. C’est l’un des plus importants sites archéologiques de Montréal que les gens peuvent visiter. On a aussi une chapelle qui est la plus ancienne du Vieux-Montréal. Les gens qui viennent au musée visitent une exposition, participent à des activités éducatives, mais pas seulement dans un musée, dans un lieu patrimonial, un lieu très ancien. On ne fait pas que suivre l’histoire, on pénètre dans l’histoire. C’est ça qui me touche particulièrement. »