Rendre hommage aux bâtisseuses de Montréal

Alice Mariette Collaboration spéciale
Le nouveau Jardin des origines est un espace vert aménagé au cœur de la Maison Saint-Gabriel pour rendre hommage aux femmes des Premières Nations.
Photo: Pierre Guzzo Le nouveau Jardin des origines est un espace vert aménagé au cœur de la Maison Saint-Gabriel pour rendre hommage aux femmes des Premières Nations.

Ce texte fait partie d'un cahier spécial.

Pour marquer le 375e anniversaire de Montréal, la Maison Saint-Gabriel, musée et site historique, a décidé de rendre hommage aux fondatrices de Ville-Marie. Exposition, jardin et activités ludiques ont été mis en place pour permettre aux visiteurs de découvrir leur rôle dans l’histoire de la ville.

« On dit toujours que la fondation de Montréal, c’est La Dauversière et Maisonneuve, mais… et les femmes alors ? lance Madeleine Juneau, directrice générale de la Maison Saint-Gabriel. C’est Jeanne Mance, Marguerite Bourgeoys et Marguerite d’Youville, les véritables bâtisseuses de notre ville ! » Pour elle, cet anniversaire est le moment idéal de rappeler la contribution majeure des communautés religieuses féminines tout au long de l’histoire de Montréal. Avec pour objectif de montrer ce qu’elles ont fait par le passé, mais aussi ce qu’elles font encore aujourd’hui.

Dès le 10 mai prochain et jusqu’à la fin de l’année, les visiteurs pourront ainsi découvrir l’exposition 375 ans au coeur de l’action ! « C’est l’occasion de dépoussiérer ce qui semble être poussiéreux », déclare Mme Juneau, qui estime que si certains connaissent l’histoire de ces femmes, beaucoup, surtout les plus jeunes, l’ignorent totalement. Pourtant, outre leur rôle fondamental au XVIIe siècle, leur legs à Montréal est très important. « Elles ont laissé des trésors, oeuvres et objets faisant partie de la mission de chacune des congrégations », révèle-t-elle. Tout au long de l’exposition, ce sont justement ces trésors que pourront découvrir les visiteurs.

Des femmes d’action

La directrice tient à rappeler les héritages architecturaux montréalais. « Est-ce que l’on sait que l’école Vincent D’Indy a été fondée par une soeur de la congrégation des Soeurs des Saints-Noms-de-Jésus-et-de-Marie ? Beaucoup ne le savent pas », déclare-t-elle. De même pour le collège Dawson, autrefois maison mère de la Congrégation de Notre-Dame de Montréal. « Leur souffle est encore là », estime Mme Juneau, prenant l’exemple de l’Accueil Bonneau, ouvert à l’époque grâce à la contribution des Soeurs grises et toujours actif aujourd’hui.

Le mot « action » n’a d’ailleurs pas été choisi au hasard. Au contraire, il permet d’illustrer le rôle de ces femmes, ouvrières dans la construction de Montréal. « Elles ont été infirmières, missionnaires, éducatrices, architectes ou encore artistes, détaille Mme Juneau. Derrière cette exposition, on veut dire qu’il y a eu de grandes femmes, de véritables génies dans ces communautés. » Elle souhaite montrer que, contrairement à certaines idées reçues, les membres de ces communautés religieuses s’épanouissaient et allaient au bout de leur talent. « On dit toujours que derrière un grand homme se cache une femme, mais pourquoi on ne dirait pas plutôt que devant une grande femme il y a un homme ? » s’amuse la directrice.

Plantes indigènes à l’honneur

Autre installation liée aux célébrations du 375e anniversaire de la ville : le nouveau Jardin des origines. Un espace vert aménagé au coeur de la Maison Saint-Gabriel pour rendre hommage aux femmes des Premières Nations. Leurs savoir-faire horticole et médicinal y sont mis à l’honneur, et la façon dont celui-ci a été transmis aux premiers arrivants.

« Nous voulions que ce jardin soit un lieu de paix, de méditation, où l’on se sent bien, mais aussi un endroit où l’on apprend des choses », décrit Mme Juneau. Le jardin, ainsi que la pergola située au centre, a la forme d’une grande tortue, considérée comme un guide spirituel par de nombreuses nations autochtones. Le visiteur peut déambuler le long des quatre sentiers, à partir de chacune des pattes de la tortue, menant aux différentes zones du jardin. Une est dédiée aux plantes médicinales, une aux trois soeurs, l’autre à la cueillette et la dernière au sous-bois.

Pour ajouter à la visite du jardin, une application mobile a été développée. Disponible en quatre langues, elle offre des explications et permet une immersion en Nouvelle-France. Plusieurs activités ludiques seront aussi organisées pour les plus jeunes. Des artisans issus des Premières Nations viendront animer des ateliers afin d’expliquer comment cueillir et utiliser les petits fruits ou les plantes médicinales. « C’est important pour nous ce genre d’ateliers pratiques pour toucher, sentir, bien comprendre l’intérêt de ces plantes », note Mme Juneau.

Le Jardin des origines a été réalisé en collaboration avec le Jardin botanique de Montréal et des Abénaquis d’Odanak, grâce au soutien financier du gouvernement du Canada et celui du Québec, ainsi que de la Ville de Montréal. Il sera inauguré le 5 juin prochain, en présence du maire, Denis Coderre, et de ministres, dont les noms restent encore à confirmer.

À la table de…

Cet hiver, la Maison Saint-Gabriel a aussi organisé des dîners-causeries mettant en vedette les « trois piliers de Montréal ». Les soirées À la table de Jeanne Mance, À la table de Marguerite Bourgeoys et À la table de Marguerite d’Youville ont été animées par l’historienne Hélène-Andrée Bizier. Autour d’un repas « Nouvelle-France » et en présence de la protagoniste, incarnée pour l’occasion, les convives pouvaient ainsi de découvrir leurs différents parcours. « Ce fut un grand succès », confie Mme Juneau.

D’ailleurs, une prochaine édition est prévue pour l’automne : À la table de Mme de Bullion. Une mécène française plutôt méconnue du grand public, qui a pourtant joué un rôle fondamental pour la ville, alors même qu’elle ne s’y est jamais rendue. Mme de Bullion a notamment financé le voyage de Jeanne Mance, ainsi que la construction de l’Hôtel-Dieu de Montréal.

En plus de ces nouveautés dans le cadre du 375e, la Maison Saint-Gabriel propose toujours ses activités régulières. Son exposition permanente De la cave au grenier met en avant la vie quotidienne des XVIIIe et XIXe siècles, tout en rappelant le quotidien des habitants de ces lieux préservés par la Congrégation de Notre-Dame depuis 1668. Les animations familiales continuent elles aussi d’être offertes : ateliers historiques, théâtre en plein air, démonstrations de métiers anciens et causeries musicales.