Entre destruction et (re)création

Issu d’un reportage de Michel Huneault dans une région ravagée par un tsunami, un élément de la série «Post-Tohoku»
Photo: Michel Huneault Issu d’un reportage de Michel Huneault dans une région ravagée par un tsunami, un élément de la série «Post-Tohoku»

Les défaillances de la nature, l’épuisement des ressources naturelles, la dégradation du climat politique mondial, il y a bien des raisons d’être pessimiste et de croire que notre fin est proche. Et s’il y avait un après ? Loin de prêcher au sujet de la vie après la mort, Michel Huneault et Simon Bilodeau proposent de garder espoir.

Dans son travail de photographe humaniste, Michel Huneault s’intéresse à la vie après la catastrophe. De l’accident ferroviaire qui a troué une ville estrienne, il a tiré le livre La longue nuit de Mégantic (Shilt), publié à la fin de 2016. De la crue printanière qui a inondé Venise-en-Québec, il a réalisé une série de diptyques intitulée la Mémoire de l’eau.

Au Japon

Les soucis du Montréalais pour les changements climatiques et pour notre recours aux matières dangereuses l’ont poussé au Japon. Son reportage dans la région de Tohoku, ravagée en 2011 par un tsunami et par l’explosion de deux réacteurs d’une centrale nucléaire à Fukushima, fait partie d’une exposition largement post-apocalyptique, à la Visual Voice Gallery du Belgo.

Outre Huneault, l’expo Hoshano, penser l’après Fukushima réunit trois autres artistes basés à Montréal, Ai Ikeda, Stephen H. Kawai et Hideki Kawashima, dont le travail est plutôt sculptural. Chacun explore les conséquences qui « hantent la mémoire collective et modifient notre façon d’appréhender le monde », selon la commissaire Amandine Davre.

Une galerie plus spacieuse aurait sans doute permis de mettre mieux en valeur les oeuvres, d’autant plus quand celles-ci, métaphoriques et ambiguës, appellent temps et distance pour les apprécier.

Dans ce contexte, Michel Huneault est celui qui tire le mieux son épingle du jeu, notamment parce que sa photographie repose sur la série et sur un contenu plus explicite. Ce n’est quand même qu’un extrait de Post-Tohoku qui est exposé — huit images imprimées et d’autres fixes et sonores, sur vidéo.

Huneault travaille sur le long terme et, comme pour Mégantic, il retourne plusieurs fois vers son sujet. Ses photos montrent la lente et néanmoins perceptible évolution du paysage. Les scènes catastrophes (des autos de travers) côtoient des plus sobres (un abri envahi par les mauvaises herbes). Aux sites abandonnés succèdent d’autres en reconstruction.

Recommencer

La reconstruction, la reconstitution et le renouvellement font partie des hantises chez Simon Bilodeau. Le peintre et sculpteur montréalais a même fait du thème de l’après-apocalypse, pourrait-on croire, sa principale source d’inspiration. Le cataclysme chez lui peut être économique, politique ou même nucléaire, comme The Story With No Ending (2015), ensemble inspiré par Fukushima.

Pour sa nouvelle exposition individuelle, sa seconde en quelques mois à Montréal, mais la première en trois ans à la galerie qui le représente, Art mûr, l’artiste propose un vaste ensemble de pièces récupérées de ses précédents projets. Comme nombreux de ses pairs (BGL, par exemple), il doit trouver une nouvelle vie à des objets désuets, une fois l’expo démontée ou, disons, abattue. À quoi bon créer, s’il faut détruire ?

De l’avant comme avant : la suite, un titre déjà recyclé (l’expo de l’automne, à B-312, s’intitulait De l’avant comme avant), c’est du Bilodeau tout craché (le noir et blanc exclusif de ses matériaux, par exemple). On navigue néanmoins dans l’incertitude et l’inconnu.

La vidéo Le lac, à découvrir au bout du parcours, est emblématique de cette impression. Le canot sur lequel on est invité à se projeter avance en effet droit dans la brume. Sans repères, et pourtant, quelque chose de rassurant semble attendre au bout, l’espoir qu’à l’arrivée il y a nécessairement un autre départ. Elle fait contrepoids au début pessimiste de l’expo, à La machine, imprimante 3D-presque-automate hors d’usage, ou aux images d’une bombe nucléaire potentiellement en liberté.

Hoshano, penser l’après Fukushima

Michel Huneault, Visual Voice Gallery, 372, rue Sainte-Catherine Ouest, espace 421. Jusqu’au 15 avril. Aussi: «De l’avant comme avant : la suite», Simon Bilodeau, Galerie Art mûr, 5826, rue Saint-Hubert. Jusqu’au 29 avril.