Construire et composer avec l’environnement

Le croquis en perspective du prototype d’une ville cernée de murailles dans l’Arctique, plus tard réalisé pour la baie de Resolute, de Ralph Erskine
Photo: Centre canadien d'architecture Le croquis en perspective du prototype d’une ville cernée de murailles dans l’Arctique, plus tard réalisé pour la baie de Resolute, de Ralph Erskine

Ce jeudi soir, le Centre canadien d’architecture (CCA) sera l’hôte d’un mariage inusité, celui de la musique et de l’architecture. L’Orchestre symphonique de Montréal et le CCA ont en effet uni leurs forces pour présenter Paysages sonores pour le temps présent, un spectacle qui mettra en scène de nouvelles oeuvres de jeunes compositeurs d’ici, inspirées de l’exposition du CCA, Letemps presse, une contre-histoire environnementale du Canada moderne, qui se poursuit jusqu’en avril.

À l’initiative de l’OSM, quatre compositeurs, étudiants à McGill, à l’Université de Montréal et au Conservatoire de musique, ont pondu des oeuvres inédites d’une durée de huit à dix minutes, qui seront présentées au théâtre Paul-Desmarais du CCA ce jeudi soir à 20 h. Il s’agit d’une première collaboration entre ces deux institutions montréalaises.

« C’est un projet qui poursuit différents objectifs, dit Marianne Perron, responsable de la programmation de l’OSM. Cela nous fait réfléchir sur la place que l’environnement prend pour nous. Pour l’OSM, ça a aussi toujours été important de soutenir les jeunes compositeurs, et c’est l’une des façons de le faire, en [leur] commandant des oeuvres. »

L’exposition Le temps presse, une contre-histoire environnementale du Canada moderne fait un état des lieux de différents désastres environnementaux survenus dans l’histoire du Canada. On y parle de pollution de l’eau, de pollution de l’air, d’énergie nucléaire, de transport ferroviaire, de pétrole et de déchets toxiques.

Compositeurs inspirés

Le compositeur Simon Gregoric a donc écrit La machine à paysages, une pièce qui, explique-t-il, explore le contraste entre des paysages à l’apparence bucolique et le fait que les lieux peuvent abriter des déchets radioactifs. Il se souvient comment, enfant, il pouvait paradoxalement être intimidé par un chant de merle ou être rassuré par l’agitation familière de la grande ville. « Le matériau sonore que j’ai utilisé pour sa composition provient principalement d’un chant de merle, dont j’ai trouvé un enregistrement, similaire à celui de mon enfance, et de bruits de marteaux frappant des plaques de métal dans une usine. Par des techniques d’analyse spectrale, j’ai transformé ces deux types de sonorités bien opposés pour en faire des notes de musique, et les confronter. Par exemple, les notes de chant de l’oiseau peuvent prendre l’aspect d’une machine un peu détraquée, et à l’inverse, les notes du coup de marteau celui d’un chant d’oiseau », écrit-il dans les notes du programme.

Photo: Centre canadien d’architecture «Lifeline», de Peter Von Tiesenhausen, est une œuvre exposée chaque année en opposition aux projets d’oléoducs.

Brice Gatinet, qui a composé la pièce ...dés-astre(s), cite quant à lui Voltaire : « Un jour, tout sera bien, voilà notre espérance. Tout est bien aujourd’hui, voilà l’illusion. » Il explique avoir créé deux paradigmes à partir d’un même accord : l’un, dérivé mathématiquement, décrit « l’évolution mouvante et ordonnée de la pensée scientifique à travers les âges. Cette apparente continuité [jouée par les cordes] est “ polluée ” par le même accord, joué principalement par les bois et les cuivres ».

Nicolas Des Alliers, qui signe Transmigrations, dit avoir « cherché à ce que la musique rappelle, par ses textures, les précieux éléments naturels qui nous sont chers, tels que l’air, l’eau et la terre, et par ses accélérations et ses expansions, le rythme effréné auquel se produisent les transformations de la nature qui nous entoure. Le caractère parfois tragique de ma musique évoque le sombre destin voué à cette nature si nous ne changeons pas nos manières de la remodeler ». Pour illustrer son oeuvre obl[itera]te, James Rubino cite John Summerson, l’historien britannique de l’architecture, ici librement traduit : « Le temps met à l’épreuve les ruines de différentes façons, et une génération future sera parfaitement libre de les restaurer ou de les démolir, selon ce qu’elle juge bon. »

Chaque compositeur dispose, à la base, d’un ensemble de cuivres et de cordes de 25 musiciens.

« La salle n’est pas très grande, on pouvait mettre sur scène jusqu’à 25 musiciens », explique Marianne Perron. Le chef d’orchestre de l’OSM, Kent Nagano, sera présent, et l’architecte Élizabeth Diller prendra la parole pour faire le lien entre les approches des compositeurs et ceux des architectes vis-à-vis de la nature. Des billets seront en vente sur place.