La galerie Joyce Yahouda ferme, mais pas tout à fait

Les Territoires en 2015, la galerie Donald Browne en 2016 ; au tour maintenant de la galerie Joyce Yahouda de quitter le Belgo.
Photo: Annik MH De Carufel Le Devoir Les Territoires en 2015, la galerie Donald Browne en 2016 ; au tour maintenant de la galerie Joyce Yahouda de quitter le Belgo.

Nouvelle tuile pour le Belgo, pôle de l’art actuel à Montréal : la galerie Joyce Yahouda annonce la fermeture de son espace situé au cinquième étage de cet édifice du centre-ville, là où elle logeait depuis 2003. Elle ne cessera pas pour autant ses activités, promet sa propriétaire.

« Un lieu fixe, c’est beaucoup de travail et d’argent », reconnaît la galeriste, qui réfléchissait depuis des mois à mieux s’ancrer dans un « XXIe siècle en mouvement ». Elle voulait gagner en liberté et en souplesse.

Des projets dans des lieux temporaires, des collaborations avec d’autres diffuseurs, des expositions à l’étranger, notamment à New York, à Prague et à Tel-Aviv, l’attendent déjà. Ses possibilités sont multiples. « Je garde le nom de la galerie, j’aurai encore des rapports avec les collectionneurs. Ça ne change pas, seulement j’aurai des nouveaux défis. »

Les Territoires en 2015, la galerie Donald Browne en 2016; au tour maintenant de la galerie Joyce Yahouda. Décidément, pas une année qui passe sans qu’un diffuseur du Belgo mette la clé sous la porte.

Prendre des risques

Joyce Yahouda peut se faire rassurante, il demeure qu’en l’absence de ses salles, ce sont quelque 25 artistes québécois que l’on pourrait ne plus revoir. La galeriste a rencontré chacun d’entre eux et soutient que tout s’est fait dans la convivialité. « Je ne veux pas arrêter de vendre, mais il me faut redéfinir le travail avec les artistes. [Pour le moment], tout le monde est libre », commente-t-elle.

L’enseigne avait la réputation de défendre des pratiques parmi les plus iconoclastes du marché : des installations-performances de Massimo Guerrera, papiers cousus et fragiles de Sarah Bertrand-Hamel, sculptures-meubles de Jacques Bilodeau, érotisme chez une Andrea Szilasi ou une Nadine Faraj, pour ne nommer que quelques cas.

La galerie Joyce Yahouda a souvent pris des risques. Elle était une des plus grandes, une des premières à se doter d’un salon privé, sorte d’oasis dans la frénésie du Belgo. Elle se distinguait par sa salle exclusive à la vidéo, seule à l’offrir depuis le départ sur le Plateau-Mont-Royal de la galerie Pierre-François-Ouellette.

« J’ai voulu agrandir, dit celle qui a été aussi galeriste dans les années 1980, pour mieux présenter les oeuvres. On n’a pas tellement eu de meilleures ventes, mais c’était plus agréable de travailler. »

Ce ne sont pas des raisons financières qui l’ont poussée à se priver d’un espace permanent. Le Belgo, « ce n’est pas si cher », estime-t-elle. Elle assure d’ailleurs poursuivre ses opérations avec un budget similaire et avec la même équipe de trois employés à temps partiel.

En fermant son local, elle espère gagner en mobilité. Joyce Yahouda a toujours rêvé, dit-elle, de promouvoir les artistes d’ici à l’étranger. Mais elle promet qu’on la verra encore à Montréal. Son implication dans la revue de dessin HB, dont elle est une des cofondatrices, lui sert d’exemple : elle est une des commissaires de l’exposition en cours à la galerie Clark, HB no 6/hors page.

« On a souvent dit de ma galerie que c’était un laboratoire. J’en suis rendue là. Ce n’est pas un adieu, seulement une suite », dit-elle, rassurante.