Mélomane et presque mégalomane, le MBAM

Marc Chagall travaillant aux panneaux du Metropolitan Opera de New York : «Le triomphe de la musique», 1966
Photo: Izis-Manuel Bidermanas Marc Chagall travaillant aux panneaux du Metropolitan Opera de New York : «Le triomphe de la musique», 1966

C’est par de nouvelles collaborations avec de prestigieux établissements d’Europe et des États-Unis que le Musée des beaux-arts de Montréal (MBAM) poursuivra ses projets de grandeur en 2017. Au menu de cette année qui s’annonce aussi pacifiste et musicale que les précédentes : Chagall, les révolutions des années 1960 et les mythes autour de la culture western.

« C’est une programmation solide et engagée qui confirme notre ligne éditoriale envers la musique, avec des environnements immersifs », résumait la directrice Nathalie Bondil, mardi, devant la presse montréalaise.

Sur l’élan du Pavillon pour la paix, inauguré en novembre, le MBAM proposera une série d’expositions rassembleuses prônant la réconciliation et la tolérance. À La balade pour la paix, exposition d’art public annoncée antérieurement, s’ajoutent des clins d’oeil ici et là à ceux qui se battent pour leur liberté, pour le droit de cité, pour une véritable équité.

L’exposition phare de l’été, Révolution : « You say you want a revolution », se penchera sur les mouvements sociaux, culturels et politiques des années 1960, tels qu’exprimés en musique et au cinéma, dans la mode et le design. Un peu comme l’avait fait, en 2003, Village global. « [L’expo] portera sur cinq années cruciales qui ont redéfini le monde, entre 1966 et 1970 », précise Diane Charbonneau, conservatrice au MBAM.

Dès la fin janvier, cependant, le mélange des disciplines et l’esprit d’ouverture seront à l’honneur avec l’exposition Chagall. Couleur et musique, qualifiée de plus grande exposition au Canada consacrée au peintre russe.

Près de 300 documents, dont 340 oeuvres, sont attendus dans cette première étude de la musique dans la peinture de Marc Chagall. « Ce sera toute une symphonie, un mégaprojet dont je suis heureuse », expliquait Nathalie Bondil, ravie notamment que l’on puisse expérimenter le décor du plafond du palais Garnier de Paris grâce à une projection multimédia.

Tant l’expo Révolution que celle sur Chagall sont des initiatives européennes que le MBAM s’approprie à son avantage. La première, en cours jusqu’en février au Victoria and Albert Museum de Londres, prendra des couleurs locales, avec un volet Expo 67 plus important que ce qu’elle a actuellement.

La seconde découle de la fusion de deux expos tenues en 2015 à la Philharmonie de Paris et à La Piscine, musée de Roubaix. Elle sera agrémentée de prêts de collections nord-américaines.

Cet « événement majeur », aux dires de la directrice du musée montréalais, mettra en relief l’importance de la musique, klezmer comme classique, chez Chagall. Birth, conservé à l’Art Institut of Chicago, « rarement prêté », décrit l’atmosphère toute musicale lors de l’arrivée d’un bébé dans la tradition juive.

Depuis John Ford

Il était une fois… le western. Une mythologie entre art et cinéma, la troisième grande exposition de 2017, est, quant à elle, une production maison, réalisée en collaboration avec le Denver Art Museum. Composée de 250 objets et une quantité similaire d’extraits et photos de films, elle vise à déconstruire les stéréotypes bâtis depuis John Ford et présents encore aujourd’hui.

Le projet a une forte teneur égalitaire et réparatrice, notamment à l’égard des communautés autochtones. Il était une fois… le western s’inscrit comme « le 3e volet sur les identités américaines, après [les expositions sur] Cuba et le Pérou », selon Nathalie Bondil.

En dehors de ces « expositions-événements », le MBAM continuera à faire place à l’art contemporain à travers des solos d’artistes. Parmi eux figurent la venue d’Adel Abdessemed, réputé artiste français, avec un projet autour de la portée monumentale de certaines images de guerre, et un bilan de 15 ans de pratique de Nadia Myre. Le solo de cette dernière artiste, d’origine autochtone, viendra compléter l’expo sur les mythologies western.