Mois Multi 2017, un festival toujours souverain

Dans «Entrez nous sommes ouverts», le collectif Bureau de l’APA fera basculer dans le merveilleux la technologie «low-tech».
Photo: Chloé Surprenant Dans «Entrez nous sommes ouverts», le collectif Bureau de l’APA fera basculer dans le merveilleux la technologie «low-tech».

Depuis l’an 2000, février, à Québec, est le Mois Multi. En 2017, le festival international d’arts multidisciplinaires et électroniques ne sera plus seul et pourrait perdre en visibilité. Avec son repositionnement comme biennale d’hiver, la Manif d’art arrive en effet avec ses gros sabots (lire : le Musée national des beaux-arts du Québec – MNBAQ). Et avec le même réflexe de s’associer aux diffuseurs dans la basse-ville, dont ceux de la coopérative Méduse.

« C’est sûr, c’est déstabilisant. Il faudra s’ajuster », reconnaît Ariane Plante, la commissaire attitrée du Mois Multi. Mais pas question d’imaginer que le plus grand avalera le plus petit, note celle qui conçoit la programmation du festival annuel jusqu’en 2018.

« On a décidé de prendre ça du côté positif, de s’asseoir avec la Manif, d’unir nos forces, de développer des activités ensemble et non pas seulement cohabiter », dit-elle. Avant de préciser : « On ne deviendra pas le volet numérique de la Manif. On veut préserver notre souveraineté. »

Composé à la fois d’oeuvres performatives — les spectacles — et d’oeuvres installatives — les expositions —, le Mois Multi a une identité bien à lui. C’est ce « caractère distinct » qu’Ariane Plante veut consolider dès la prochaine édition, la 18e, dont une partie du contenu a été dévoilée mardi. Fait cocasse : le même jour, à Paris, le MNBAQ s’adressait à la presse française pour parler Manif d’art.

Photo: Max Costa À la base de l’installation «Orienta» du collectif italien Quiet ensemble : des escargots, dont le lent cheminement est scruté.

Pour la deuxième étape de son thème sur l’enchantement comme contrepoids au pessimisme planétaire, Ariane Plante proposera une réflexion sur « les collectivités et l’occupation du territoire ». Après « l’attention au monde » en 2016 et avant les utopies et dystopies du Mois Multi 2018, voici « l’idée qu’on laisse des traces collectivement ».

Des escargots

Parmi les huit projets dévoilés, l’installation Orienta du collectif italien Quiet ensemble est particulièrement emblématique de ce programme. À la base de ce travail : des escargots, des vrais, dont le lent cheminement est scruté par la technologie vidéo du mapping. Motifs visuels et composantes audio animent l’oeuvre.

« Tout le dispositif est fait de manière à retracer les déplacements des escargots, leurs trajectoires. J’ai eu un vrai élan vers cette oeuvre, dit Ariane Plante. En plus, elle résonnait avec ce qu’on explorait. Elle est une métaphore des rencontres, des chemins, des possibilités de la vie. »

Deux spectacles offerts en première mondiale ouvriront le Mois Multi. Dans Entrez nous sommes ouverts, le collectif Bureau de l’APA fera basculer dans le merveilleux la technologie low-tech — des boutons qui actionnent de simples mécanismes, en l’occurrence. Créateur associé au Mois Multi, Herman Kolgen, lui, rendra sublime la violence avec Impackt, une performance audiovisuelle et… balistique.

« Herman a été très troublé par un accident qui lui a perforé le crâne, explique la commissaire. Il s’est demandé si l’on pouvait magnifier la violence. Avec lui, on est dans le poétique. »

« Impackt n’épargnera personne », aurait signifié l’artiste, qui se présentera avec un bazooka.

Bête analogique

Plus pacifiste et non moins critique, l’installation ADA, de l’Allemande Karina Smigla-Bobinski, fascine encore Ariane Plante plus de six mois après qu’elle l’a expérimentée à Paris. Cette « créature sphérique translucide et gonflée à l’hélium » est de ces oeuvres no-tech qui font sensation. Les gens s’y introduisent et doivent s’entendre pour dompter cette chose qualifiée par sa conceptrice de post-numérique.

« ADA est complètement analogique, insiste Ariane Plante. Mais dans la manière dont elle fonctionne, dans son interactivité, elle porte une réflexion sur le numérique. Elle est une bête autonome qui vit selon des procédés numériques. »

À cause de la concurrence, le Mois Multi s’étalera dans moins de lieux que par le passé, gardant tout de même Méduse comme quartier général. Il faudra néanmoins partager avec la Manif d’art les centres VU et L’Oeil de poisson. Les partenariats avec la galerie des arts visuels de l’Université Laval et même avec le MNBAQont été préservés, mais ils seront plus discrets.

Après cette édition, Ariane Plante estime qu’il faudra « revoir la stratégie ». Tout en se rassurant elle-même : comme la Manif d’art est un événement biennal, en 2018, le Mois Multi ne l’aura pas dans les pattes.

Le Mois Multi 2017 se déroulera du 2 au 26 février.