Espace culturel

La chambre, le salon et le couloir... Chang Hwei-Lan, Joan Pomero et Wang Tzu-Yun ont reconverti La Centrale en espace d'habitation. Cette installation est le résultat du «choc des différences» culturelles vécu par ces artistes qui ont toutes trois dû quitter leurs pays respectifs (la France et Tawan).

L'exposition se situe dans l'optique d'un discours identitaire. Pour Joan Pomero, il s'agit de «devenir étranger, d'abord dans la nouvelle culture puis, immanquablement, dans la sienne propre». La culture «autre» crée un recul, permet de mieux nous comprendre. Ces pièces de l'habitation symbolique représentent aussi bien l'espace ouvert des échanges qu'un espace fermé de non-communication, de repli sur soi.

Le «couloir» est évoqué par l'installation de Chang Hwei-Lan. Une multitude de babioles colorées, mangas ou jouets typiquement asiatiques, tapissent les murs. Le visiteur peut en prendre, mais seulement en échange d'un autre objet ou bien d'un message. L'oeuvre se modifie ainsi sans cesse au cours de l'exposition, perdant graduellement son apparence «taïwanaise».

Le salon, pièce plus stable, «lieu du langage éduqué», évoque les codes et traditions qui régissent la société. Dans Hygienic Body, Hygienic Mind de Joan Pomero, le savon est utilisé comme métaphore qui remet en question les attitudes culturelles propres aux rapports de politesse.

Le lit rouge de Chang Hwei-Lan est l'oeuvre la plus saisissante. Elle représente la chambre, lieu de nostalgie et de mémoire. Des robes de mariage, pendues par des fils au plafond, ressemblent à des marionnettes. Le rouge, symbole traditionnel de la joie, prend ici un aspect étouffant. Représentant aussi bien traditions que craintes et fantasmes, cette oeuvre a une dimension plus personnelle. Conviés à nous allonger sur un tapis, en dessous des robes, l'effet change. La lumière diffusée par le tissu rouge devient plus réconfortante.

La réflexion sur l'identité proposée dans ces installations ne verse pas dans l'exotisme. Ce regard venu d'ailleurs permet plutôt de mieux saisir notre propre relation à nos espaces d'habitation. Pour ces artistes, exposer à Montréal fait revivre un «sentiment d'étrange familiarité avec un pays inconnu». Un échange qui va finalement dans les deux sens...