Quand Molinari était musique

Il n'est pas beaucoup d'exemples dans le monde d'artistes ayant donné de leur vivant leur patronyme à un ensemble musical. Pourtant, lorsque Olga Ranzenhofer fonda, en 1997, un quatuor à cordes dédié à la musique de notre temps et lui chercha un nom emblématique, c'est vers Guido Molinari qu'elle eut l'idée de se tourner: «Guido Molinari était parfaitement représentatif de notre mandat. Modèle de persévérance dans ses choix artistiques, il était, de plus, emblématique, puisque à l'avant-garde de l'art visuel et Montréalais resté à Montréal.» Le lien initial entre les musiciens et le peintre se fit grâce à l'entremise du compositeur Gilles Tremblay, un ami de Molinari. Gilles Tremblay dont le quatuor interprétera Croissant, lors de son prochain concert, le 5 mars, en hommage à son président et ami disparu.

Sensible à la création contemporaine

Car Guido Molinari ne se contenta pas de prêter son nom à l'ensemble, il sut tisser des liens étroits entre les arts visuels et la musique, à travers, par exemple, «Les Dialogues à l'atelier», dans lesquels, une semaine avant les concerts, le quatuor présentait les oeuvres choisies dans le cadre de l'atelier du peintre, qui, en même temps, exposait des oeuvres de ses élèves, les spectateurs étant invités à dialoguer avec les artistes. Ces dialogues, dont l'organisation n'enthousiasmait pas toujours Molinari (non par leur contenu, mais parce qu'il fallait bien mettre tout en ordre pour accueillir les invités!), sont devenus plus récemment «Les Dialogues de la chapelle» et ils se déroulent à la Chapelle historique du Bon-Pasteur. Mais ils ont gardé leur volet consacré aux arts visuels, car Molinari, comme les musiciens du quatuor, était persuadé qu'il existe un public sensible à la création contemporaine dans les diverses formes d'art. Un public qui ne demande qu'à être pris par la main...

Les rapports entre Guido Molinari et le quatuor n'ont donc pas été superficiels et l'artiste, flatté par cette initiative, donnait de sa personne: «Lorsque je l'ai rencontré pour la première fois, il me parlait de séries et d'harmonies; moi, je lui parlais de textures et de couleurs. C'était le monde à l'envers!», se souvient Olga Ranzenhofer, qui ajoute: «Molinari avait un vrai goût pour la musique contemporaine. Si je devais citer un compositeur qu'il aimait particulièrement, ce serait Webern. Mais il s'était beaucoup intéressé à l'oeuvre de R. Murray Schafer. Ce dernier a d'ailleurs écrit son 7e Quatuor pour nous, inspiré par le peintre. Il y joue beaucoup sur les couleurs. Molinari, de son côté, avait créé pour cette oeuvre des sculptures pour meubler la scène quand nous la quittons pour jouer en plusieurs endroits de la salle. Il y a aussi Blanc dominant d'Ana Sokolovic, la première oeuvre commandée par le quatuor et qui s'inspire de "l'époque noir et blanc" de Molinari. Cette partition sera d'ailleurs rejouée en mai 2004.»

Évidemment, la griffe de Guido Molinari s'est étendue à l'image même du quatuor et jusqu'à son costume de scène. Olga Ranzenhofer, Johannes Jansonius, Jasmine Schnarr et Julie Trudeau troquent le noir pour les quatre couleurs — jaune, bleu, rouge, vert — si chères au peintre. «Guido Molinari a également été très généreux envers le quatuor, en offrant des sérigraphies pour le concours de composition et pour les collectes de fonds. Nous étions "son" quatuor et, je pense, une grande fierté pour lui», ajoute Olga Ranzenhofer, émue.

Le prochain concert du Quatuor Molinari, le 5 mars à la salle Redpath, sera évidemment dédié au peintre. Intitulé Jour et nuit, il poursuivra le parcours Bartók des Molinari, avec le 5e Quatuor, marqué par les tensions dans l'Europe des années trente, et promet un moment fort avec Night Prayers de Kancheli, une oeuvre qui alterne des moments de prière, lents et dépouillés, et de révolte face à la souffrance et l'injustice.

Concert-hommage à Guido Molinari

Jour et nuit. Vendredi 5 mars, 20h, salle Redpath de l'université McGill. Îuvres de Tremblay, Kancheli et Bartók. Concert enregistré par la Chaîne culturelle de Radio-Canada pour diffusion ultérieure dans le cadre de l'émission Nicholson. Renseignements: (514) 527-5515 ou .