Isabelle Hayeur indemnisée

L’oeuvre «Murs aveugles» d'Isabelle Hayeur a été retirée sans que l’artiste en soit informée et n'a pas été présentée lors de l’ouverture officielle de la Biennale 2014.
Photo: Isabelle Hayeur L’oeuvre «Murs aveugles» d'Isabelle Hayeur a été retirée sans que l’artiste en soit informée et n'a pas été présentée lors de l’ouverture officielle de la Biennale 2014.

Le juge de la Cour des petites créances Mark Shamie a rendu fin septembre son jugement au différend qui opposait l’artiste québécoise Isabelle Hayeur à la Biennale de Montréal en art contemporain. La Biennale est condamnée à payer 2000 $ à madame Hayeur, la Cour estimant qu’une « implication plus grande de la Biennale pour soutenir l’artiste lors du retrait de l’oeuvre » commandée à l’artiste et présentée en plein air en 2014 aurait été justifiée.

Rappelons qu’Isabelle Hayeur avait reçu une commande de la Biennale pour concevoir et créer une vidéo, Murs aveugles, projetée lors de ce festival, in situ, sur le mur d’une propriété privée qui ceint la petite esplanade entourant le métro Saint-Laurent. L’oeuvre devait être présentée du 8 octobre au 23 novembre 2014, et la projection était organisée en collaboration avec le Quartier des spectacles.

Sauf que la propriétaire du bâtiment servant d’écran a vu un mauvais augure dans les flammes et les graffitis qui se trouvaient ainsi surimprimés sur ses murs extérieurs.

L’oeuvre a donc été retirée à partir du 22 octobre, sans que l’artiste en soit illico informée, et n’était ainsi pas présentée lors de l’ouverture officielle de la Biennale 2014. Isabelle Hayeur a depuis reproché à l’organisation « d’avoir retiré l’oeuvre sans raison et de ne pas avoir communiqué au public que l’oeuvre avait été retirée », et considérait Murs aveugles comme détruite, non remplaçable, non déplaçable. Comme demanderesse, elle réclamait aux petites créances 7220 $ à la Biennale pour perte de visibilité et atteinte à la réputation, demandes déboutées, ainsi que comme compensation au stress et aux pertes de journées de travail.

La responsabilité de diffuser

Mais ce qu’apporte le jugement, outre le fait de dévoiler la triste rémunération accordée aux artistes pour un événement qui se veut d’envergure (2000 $ de rémunération ; 1000 $ pour le coût de création et de production), c’est d’entériner la limite aux responsabilités de diffusion, tel que l’interprétait la Biennale. Ainsi, « La Biennale, aux termes du contrat, n’a pas l’obligation de projeter l’oeuvre, mais acquiert le droit de la présenter contre rémunération. » Les diffuseurs devraient-ils aussi avoir des responsabilités, dont celle de porter une oeuvre commandée jusqu’aux yeux du public ? Les télédiffuseurs et les éditeurs, en d’autres disciplines, s’accordent régulièrement le droit de refuser des oeuvres ou produits qui leur semblent inaboutis, ratés ou même seulement pas au mieux de ce qu’ils pourraient être. Et lors d’une commande spéciale pour une exposition, cette liberté doit-elle leur être accordée ? La réflexion reste faire.

L’artiste, en entrevue au Devoir, estimait avoir remporté sa cause. La directrice de La Biennale, Sylvie Fortin, n’a pas rappelé Le Devoir.