Malaise dans les musées du Québec

Les données du ministère de la Culture indiquent que d’autres établissements verront leurs subventions baisser radicalement.
Photo: Les données du ministère de la Culture indiquent que d’autres établissements verront leurs subventions baisser radicalement.

Le Musée québécois de la culture populaire de Trois-Rivières doit faire face à des compressions budgétaires de plus de 1,6 million d’ici 2020, relativement à la révision des critères d’attribution du programme d’aide au fonctionnement pour les institutions muséales (PAFIM). Pas moins de 34 musées seront touchés par une baisse de leurs subventions, 21 musées saisonniers, ouverts moins de 40 semaines par année, n’en recevant tout simplement plus par l’intermédiaire du PAFIM en 2019-2020. Ces coupes sont effectuées en dépit du fait que le budget du programme augmentera de 900 000 $ durant la même période.

Le Musée québécois de la culture populaire est le plus touché. En 2015-2016, il a reçu un octroi de 1 235 000 $ pour un budget de 2,5 millions. En 2019-2020, il ne recevra plus que 524 812 $. Les dirigeants du musée estiment ainsi leur manque à gagner à 1 636 000 $ d’ici 2020.

Les données du ministère, obtenues par Le Devoir, indiquent que d’autres établissements verront leurs subventions baisser radicalement. La Fondation du Domaine Joly-De Lotbinière, dans Lotbinière, par exemple, verra son financement annuel venant du PAFIM baisser de 220 000 $ à 142 000 $ en 2019-2020. « On a eu une rencontre avec la direction régionale, dit Hélène Leclerc, directrice de la Fondation. Ils nous ont dit qu’en vertu des nouveaux critères, les lieux historiques ne pourraient plus recevoir plus de 150 000 $ par année avec le PAFIM. »

Pour pallier le manque, la Fondation devra redoubler d’efforts pour aller chercher davantage d’argent en collecte de fonds, en entrées, en dons et en commandites. « lls nous ont dit qu’on était hyperperformants », dit Mme Leclerc, qui affirme que la Fondation est l’institution muséale privée la plus visitée de la région. Jusqu’à maintenant, la Fondation était financée à hauteur de 33 % par subvention, 33 % par les entrées et 33 % par les dons.

Pour sa part, le Musée d’art contemporain des Laurentides, à Saint-Jérôme, verra sa subvention annuelle passer de 200 344 $ à 131 361 $.

Tandis que certains établissements muséaux voient leurs budgets fondre, d’autres voient leurs subventions augmenter. En même temps qu’il diffusait ses nouveaux critères d’attribution des subventions, le ministère de la Culture et des Communications annonçait même que six établissements muséaux seraient nouvellement financés par le PAFIM. Alors que la subvention annuelle du Musée québécois de culture populaire de Trois-Rivières est réduite de 52 %, Boréalis, le centre d’histoire de l’industrie papetière de Trois-Rivières, recevra d’ici 2020 une toute nouvelle subvention de 210 000 $.

Le ministère insiste d’ailleurs pour préciser que l’enveloppe globale des subventions accordées dans le cadre du PAFIM n’est pas réduite, mais qu’elle sera plutôt bonifiée, à terme, de 900 000 dollars.

Parmi les autres établissements muséaux nouvellement subventionnés par la voie du PAFIM, mentionnons, dans la région de Montréal, le Centre commémoratif de l’Holocauste, qui bénéficiera, en 2019-2020 d’une nouvelle subvention de 214 455 $. La Société d’histoire du Lac-Saint-Jean est elle aussi nouvellement incluse avec une subvention de 187 705 $. Dans le Bas-Saint-Laurent, le site historique maritime de la Pointe-au-Père gagne 78 066 $ par année, tandis que le monastère des Augustines, dans la région de Québec, recevra annuellement 90 069 $.

Si on considère les enveloppes régionales, les régions de Trois-Rivières, de la Côte-Nord, de la Beauce et des Laurentides enregistrent une baisse des subventions accordées par le PAFIM tandis que les sommes accordées aux autres régions sont en hausse.

Dans une entrevue accordée au Devoir la semaine dernière, la présidente de la Société des musées du Québec, Katy Tari, reconnaissait que le milieu avait exprimé le souhait que la « performance » des musées soit prise en compte dans l’attribution des subventions et réclamait une meilleure « reconnaissance du travail effectué au sein des institutions ».

Les nouveaux critères déterminent l’admissibilité des établissements muséaux, mais non la nature des montants accordés, précise-t-on au ministère. En ce qui a trait au Musée québécois de la culture populaire, des sources ministérielles mentionnent que ce musée faisait partie des trois musées québécois, avec le Musée McCord et le Centre canadien d’architecture, qui recevaient une subvention de plus de 1 million de dollars par année par l’intermédiaire du PAFIM. Or, il compterait notamment cinq fois moins de pièces dans ses collections que le Musée McCord. La quantité de personnel et le budget total du musée sont également pris en compte.

Du côté du Musée québécois de la culture populaire, le président du conseil d’administration, Jean Asselin, affirme qu’un plan de restructuration a déjà été mis en place. Le musée a, par exemple, décidé qu’il fermerait dorénavant ses portes le mardi en basse saison. « On a réduit le personnel de 28 à 17 employés, dit M. Asselin. Si je continue à couper, je n’aurai plus de directrice de communications ou de directrice des finances », dit-il.

L’équipe du Musée a par ailleurs déjà obtenu un rendez-vous avec le ministre de la Culture et des Communications, Luc Fortin, le 7 novembre prochain, confirme l’attaché de presse du ministre, Karl Filion. Le ministre souhaite discuter avec l’équipe de direction du musée d’un plan d’accompagnement de l’établissement pour en éviter la fermeture.

« Il va vraiment falloir qu’on trouve l’argent nécessaire », poursuit M. Asselin, sans pour autant évoquer lui-même une éventuelle fermeture du musée, qui devra toutefois se tourner vers d’autres sources de financement.

Selon M. Asselin, il est sûr que certains projets seront touchés par ces compressions, dont la création d’une exposition permanente et d’un espace éducatif, et un volet lié au virage technologique. Comme une mauvaise nouvelle n’arrive jamais seule, le directeur du musée, Yves Noël, a démissionné de ses fonctions, jeudi, pour des raisons personnelles. Le conseil d’administration nommera un directeur par intérim sur recommandation de son conseil exécutif.

6 commentaires
  • Clifford Blais - Inscrit 15 octobre 2016 06 h 53

    L'argent pour les bons amis !

    Le conservatisme et la coutume de grattes moi le dos si tu veux que je te gratte le dos semble motiver le réaménagement des subventions à ces musés.

  • Francine Leclair - Inscrite 15 octobre 2016 08 h 20

    Notre histoire

    Le gouvernement veut effacer l'histoire.

  • Pierre Bail - Abonné 15 octobre 2016 10 h 50

    Et l’usager culturel?

    Le Centre d’interprétation de l’ardoise (CIA), localisé à Richmond en Estrie, a déposé un mémoire le 29 août 2016 lors des consultations publiques du ministre de la Culture et des communications, Luc Fortin, sur le renouvellement de la politique culturelle.

    Le CIA soulevait un fait que nous croyons complémentaire à l’excellent article de Carole Montpetit : au-delà des coupes aux institutions elles-mêmes, c’est directement le citoyen québécois qui est touché.

    Alors que le document «Renouvellement de la politique culturelle du Québec — Cahier de consultation (RPC)» du ministère inscrivait à presque toutes les pages l’importance de l’accès à la culture pour tous les Québécois, partout sur le territoire (par exemple à la page 16 : «…que les Québécois, quelles que soient leur origine et la région où ils habitent, puissent avoir accès à une vie culturelle…»), le CIA voulait attirer l’attention sur le fait qu’une coupure dans une grande agglomération n’a pas le même impact pour l’usager culturel que pour celui vivant dans une petite localité où les conditions socio-économiques sont difficiles : faible population, vigueur économique anémique, peu d’intérêt politique pour la culture. Dans ces milieux, les coupures risquent de sonner le glas pour les petites institutions et cela, alors même que «L’ensemble de la population doit pouvoir accéder et contribuer à la vie culturelle» (RPC, p.8).

    Le CIA a donc recommandé, en conclusion de son mémoire, que les réaménagements des subventions tiennent compte de la réalité socio-économique des milieux pour permettre au citoyen d’être «actif, porteur et acteur de sa culture» (RPC, p.16). Cette recommandation faisait d’ailleurs écho à la question 6 du Cahier de consultation sur «une action gouvernementale plus souple, modulable et plus proche des préoccupations des citoyens et des milieux culturels.»
    Pierre Bail

  • Nicole Delisle - Abonné 15 octobre 2016 12 h 10

    Pourquoi favoriser certains au détriment des autres?

    Les musées des grands centres sont nettement favorisés selon les nouveaux critères
    établis. Ils ont plus de chance de manifester une "performance" ayant une possible affluence clairement démontrée. Un musée en région doit se débattre drôlement plus fort pour attirer les touristes, surtout quand on sait l'abandon manifesté concrètement par le gouvernement envers les régions. C'est un abandon de plus au profit des grands centres, Montréal et Québec! On n'en a que pour eux et les autres villes doivent se débrouiller avec les moyens du bord! À mon avis, on fait montre d'une profonde injustice. Certains ont-ils une meilleure écoute ou estime du gouvernement? La question se pose légitimement.

  • Raymond Saint-Arnaud - Abonné 15 octobre 2016 12 h 29

    Et les milliards de $

    Et pendant ce temps, le fédéral dépense des milliards de dollars de nos impôts pour faire des guerres inefficaces dans le monde.