Le singulier point de vue de Guy Glorieux

L’édifice du 2-22, à l’angle de la rue Sainte-Catherine et du boulevard Saint-Laurent, est singulièrement capté par le photographe.
Photo: Guy Glorieux L’édifice du 2-22, à l’angle de la rue Sainte-Catherine et du boulevard Saint-Laurent, est singulièrement capté par le photographe.

Ce sont plusieurs photographies de Montréal de format géant, réalisées d’une façon étonnante, que Guy Glorieux donne à voir jusqu’au 19 septembre à la galerie Carte blanche, située rue Amherst, à l’angle de la rue Ontario. L’exposition de courte durée souligne la parution d’Une ville, un ouvrage publié à compte d’auteur, préfacé par Dinu Bumbaru d’Héritage Montréal et présenté par un court essai de Sylvain Campeau.

« Je veux amener celui qui regarde mes photos à être déstabilisé par rapport à l’image qu’il a d’ordinaire de la ville, explique Guy Glorieux. Les procédés que j’emploie produisent des inversions et déplacements. Il en résulte des équations nouvelles dans la tête de celui qui regarde. »

Depuis des années, ce photographe capte patiemment des points de vue singuliers de Montréal. « La ville est mon fil. J’en présente des facettes inattendues, grâce au sténopé ou à d’autres procédés. »

Procédé ancien

Guy Glorieux a adopté un procédé très ancien qui a fait sa marque aux origines de la photographie : le sténopé. Avant même l’invention de la photographie, les peintres avaient compris qu’ils pouvaient profiter sous une tente des projections venues du dehors dès lors qu’ils voulaient mieux soumettre à leur art des perspectives gigantesques.

Rien de numérique dans cette portion importante du travail de Guy Glorieux. Ses photos se passent même du moindre objectif de verre. Son appareil photo, Guy Glorieux le conçoit tout simplement, au besoin, à même les espaces où il se trouve, devant des lieux qu’il interroge. Tantôt, ce sera une pièce entière dont les fenêtres sont au préalable soigneusement masquées. Par exemple, il s’approprie une chambre située devant l’édifice du 2-22, à l’angle de la rue Sainte-Catherine et du boulevars Saint-Laurent. Là, après avoir soigneusement obstrué les fenêtres, il laisse pénétrer un très mince filet de lumière qu’il s’emploie dès lors à capter durant des heures. Un monde crépusculaire plombé par des inversions de perspectives apparaît alors sous nos yeux. Le noir abyssal qui baigne les photographies de Glorieux éclaire la ville d’une façon remarquable. Pourtant, ces images spectrales semblent échapper complètement à leurs sujets.

Uniques

Ces photos, souvent de très grands formats, sont uniques puisque le procédé qu’emploie Glorieux pour les réaliser rend impossible leur duplication à proprement parler.

« Dans l’exposition, il y a une nouvelle série, explique le photographe. Elle s’appelle “Taxi de nuit”. On pourrait croire bêtement que ce sont des photos floues. Mais c’est tout autre chose que du flou ! Il s’agit, comme pour mes sténopés, de remettre en question notre perception de la ville, de Montréal, de renverser nos perspectives et ainsi de réapprendre en quelque sorte à voir autrement ce que l’on croit pourtant connaître à force de l’avoir trop vu. » Pour cette série, Glorieux a reçu l’aide de chauffeurs de taxi, avec qui il partait la nuit pour des patrouilles, « après l’heure du loup ».

De la grande course aux mégapixels qui conduit à la suraccumulation d’images nettes, précises et le plus souvent anonymes, Guy Glorieux n’a que faire, rappelle l’essayiste Sylvain Campeau. Il ne dédaigne pas pour autant l’image numérique. Glorieux l’utilise volontiers dans la mesure où, couplée à d’autres procédés, elle lui permet d’explorer la ville sous de nouveaux rapports où le noir danse avec une lumière spectrale dont il est le maître.

1 commentaire
  • Michèle Cossette - Abonnée 14 septembre 2016 14 h 29

    Un peu tard, non?

    Publier le compte rendu d'une expo le jour de sa fermeture...