L’espoir après l’exil comme fil conducteur

«Espoir d’une nouvelle vie», 28 août 2015, à la frontière serbo-hongroise, prix de la photo de l’année 2015. Un bébé est remis à travers des fils barbelés à un réfugié syrien parvenu à traverser la frontière séparant la Serbie de la Hongrie, près de Röszke.
Photo: © Warren Richardson Australie «Espoir d’une nouvelle vie», 28 août 2015, à la frontière serbo-hongroise, prix de la photo de l’année 2015. Un bébé est remis à travers des fils barbelés à un réfugié syrien parvenu à traverser la frontière séparant la Serbie de la Hongrie, près de Röszke.

En pleine nuit, à la frontière entre la Hongrie et la Serbie, un homme tend un bébé à travers un trou dans les barbelés. C’est cette photo, prise par l’Australien Warren Richardson, intitulée Espoir d’une nouvelle vie, qui a gagné le prix de la photo de l’année attribué par le jury du World Press Photo.

L’espoir d’une nouvelle vie après l’exil, c’est aussi le fil qui traverse l’exposition Je ne viens pas de l’espace, conçue par Anaïs Barbeau-Lavalette, qui est présentée conjointement avec celle du World Press Photo au Marché Bonsecours. Avec le photographe Guillaume Simoneau, elle y suit quatre familles syriennes fraîchement arrivées à Montréal, où elles sont parrainées par autant de familles québécoises.

On y rencontre par exemple Reem, une jeune femme qui a fui la Syrie après que le garage de son mari et de son père a été détruit. La jeune femme s’est réfugiée ici avec son enfant, qui a peur des feux d’artifice. On y rencontre aussi Alaa, une Syrienne dont l’enfant est autiste et qui a été parrainée par une Finlandaise qui a un enfant autiste elle aussi. Après avoir longtemps vécu dans un sous-sol, l’enfant d’Alaa peut enfin regarder par la fenêtre. Et il a enfin pu commencer à communiquer dans la langue des signes. Le premier mot qu’il a dit est « encore ! ». La famille Legros a quant à elle parrainé une famille de neuf membres qui a marché des kilomètres pour fuir la Syrie. Neuf vélos les attendaient à Montréal. Le père, Nidal, a perdu un oeil et suit maintenant des traitements pour en retrouver l'usage.

L’après

Toutes ces histoires donnent une suite aux photos d’horreur qu’on peut regarder, un étage plus bas. Anaïs Barbeau-Lavallette, qui est aussi porte-parole de l’ensemble de l’événement, fréquente depuis longtemps le World Press Photo. Lorsqu’on lui a confié le mandat de présenter une exposition en marge de l’événement, elle a voulu illustrer « l’après » des photos de presse exposées.

La question de l’exode des réfugiés est d’ailleurs au coeur d’une bonne partie des photos retenues par le jury cette année. Bateaux de fortune surchargés, enfants gravement blessés ou dormant dans les forêts, les images de ce drame social abondent, et vont droit au coeur. Les 150 photos présentées ont été sélectionnées parmi les 83 000 qui ont été évaluées. Les photos sont toutes soumises anonymement et doivent être accompagnées de légendes.

Singuliers sujets

À côté des images brûlantes d’actualité, on trouve des projets élaborés sur le long terme ou des clichés aux sujets singuliers. Il y a cette femme iranienne aveugle, par exemple, dont on perçoit seulement le reflet dans une vitre.

Il y a aussi cette série de photos sur les femmes victimes d’agressions sexuelles dans l’armée américaine. Plusieurs ont vécu l’itinérance après avoir quitté l’armée, l’une d’entre elles s’est suicidée après avoir dénoncé les sévices qu’elles avaient vécus. Une autre série met en lumière les mauvais traitements que subissent les élèves des écoles coraniques au Sénégal. On y voit des enfants aux pieds enchaînés.

Plusieurs de ces images ont déjà été publiées et ont été commandées par différents journaux ou agences de presse. La série captée par le lauréat Warren Richardson est pour sa part inédite. En fait, le photographe australien a tenté de vendre son reportage à différents endroits sans jamais trouver preneur. Ironie du sort, sa photo vient d’être couronnée photo de l’année.

L’exposition du World Press Photo

Au Marché Bonsecours, du 31 août au 2 octobre