Cinq ans d’heureux mariages

Le directeur Gilles Daigneault contemple «Sériel ocre-rose, 1968», une copie d’un Molinari signée Félix Chartre Lefebvre.
Photo: Guy L’Heureux Le directeur Gilles Daigneault contemple «Sériel ocre-rose, 1968», une copie d’un Molinari signée Félix Chartre Lefebvre.

Il faut être un peu visionnaire pour faire évoluer l’oeuvre d’un artiste après sa mort. C’est ce qui attendait Guido Molinari (1933-2004) : l’organisme qui porte son nom, et qui occupe ses quartiers, a peu du mausolée, tout du laboratoire créatif. La manifestation 2011-2016, 15 expositions déjà, inaugurée jeudi à la Fondation Molinari, le résume à coups, une fois de plus, d’heureux mélanges.

Sans véritable plan de match, ni beaucoup d’argent, la Fondation Molinari aurait très bien pu s’en tenir à une vie sage et pépère pour mener sa noble mission, celle de veiller sur l’oeuvre du maître de l’abstraction.

C’était compter sans l’esprit vif de son directeur, Gilles Daigneault, et de Lisa Bouraly, qui l’assiste depuis 2013. Le destin et la communauté artistique, très attachée à Molinari, ont aussi joué de leur influence.

« On n’avait pas de projet, sinon de garder la mémoire vivante de Molinari, assure Gilles Daigneault. C’est par accident si on est [à 15 expositions en cinq ans]. »

Entre 2011 et 2013, quatre expos y prennent l’affiche. Pourtant, la Fondation n’est pas encore officiellement ouverte au public. Premier à cogner aux portes, Claude Gosselin, alors directeur de la Biennale de Montréal, convainc de sortir l’oeuvre suprême de Molinari (Équivalence), hommage à Mallarmé et à son poème Un coup de dés n’abolira jamais le hasard.

Suivra un vaste programme, mis en place sur l’insistance des uns et des autres, des artistes — Andrea Sala, Marc Séguin — ou des travailleurs culturels — Geneviève Goyer-Ouimette, instigatrice de l’événement Projet HoMA, une manifestation annuelle aujourd’hui abandonnée (à ne pas confondre avec le festival Zone HoMa).

Ces quatre expositions donnent à l’établissement ses couleurs définitives. Depuis, celui-ci navigue entre des solos de Molinari, le rapprochement attendu ou inusité de celui-ci avec ses pairs, le rappel de son rôle de mentor, ainsi que son affection pour Hochelaga. Garder la mémoire vivante du peintre (et sculpteur, dessinateur, graveur, pédagogue, galeriste…) ne s’est pas résumé à la (re)diffusion de son art.

Une expo, un mur

La rétrospective 15 expositions déjà s’arrime au mélange de propositions. Chacune des manifestations passées, depuis la participation de la Fondation Molinari à la Biennale 2011 jusqu’à l’étude dévoilée en 2016 sur L’actuelle, la galerie de Molinari dans les années 1950, est reprise sous un bref condensé — deux oeuvres, dans la plupart des cas.

L’expo inaugurale, l’officielle — Molinari en deux temps (2013) —, est citée par le chef-d’oeuvre Mutation jaune-ocre, peint en 1964 pour la Biennale de Venise. Sous la maquette d’une sculpture fétiche de Molinari, on retrouve Manon de Pauw et Sara Tremblay, les photographes et vidéastes derrière l’expo Études (2015), conçue après une résidence à la Fondation.

Le tableau Sériel ocre-rose, 1968 n’est pas de Molinari, malgré les apparences, mais de Félix Chartre Lefebvre. L’artiste conceptuel l’a réalisé identique à celui du maître pour l’expo de finissants de l’UQAM, Contrebande (2014). Son projet, qui inclut une bande audio, était tout simple : apprendre à être peintre.

« Une expo, un mur » : c’est ainsi que Lisa Bouraly résume la scénographie. « On expose les mêmes choses, dans le même lieu, parfois exactement au même endroit [les dessins de François Morelli, revenus dans le comptoir d’accueil qu’ils occupaient en 2013] », poursuit-elle. Le programme respire le même air qui a collé à la Fondation. « On présente Molinari, on lui donne un autre contexte, on le montre dans toutes ses facettes. »

« On a monté cette expo pour expliquer des choses, conclut Gilles Daigneault, pour montrer ce qu’on peut faire à la Fondation. » Et ce qui peut être fait avec du Molinari, source « terriblement ouverte » pour de nouvelles associations, de nouvelles interprétations.

Zone HoMA chez Molinari

Le festival Zone HoMa a fini par tisser des liens avec la Fondation Molinari. De l’actuelle édition, la 8e, trois spectacles ont été programmés dans l’ancienne banque recyclée par Guido Molinari et aujourd’hui lieu de diffusion. À venir : du théâtre, avec Le chemin que nous avons parcouru (10 août), et de « la confusion des genres » avec Opera Omnia. Je suis venu te dire que, définie aussi comme de la poésie visuelle scénique et un défilé performatif (24 août). Dans les deux cas, les artistes passeront la veille en résidence à la Fondation et devront, pour leurs spectacles, jongler avec l’expo en place. Cette nouvelle collaboration ne restera pas sans lendemain. La Fondation Molinari sera de la programmation que Zone HoMa prépare pour le 375e anniversaire de Montréal.

2011-2016, 15 expositions déjà

Fondation Molinari, 3290, rue Sainte-Catherine Est, jusqu’au 28 août