Michel Dallaire, designer olympique

Pour les athlètes, les Jeux olympiques représentent souvent le point culminant de leur carrière. Gagner l’or, c’est le zénith. Pour Michel Dallaire, les Jeux de la XXIe olympiade, en 1976, ont été le premier pas d’un long parcours qui se poursuit encore, 40 ans plus tard.

Certes, le fils du peintre Jean Dallaire n’était pas un athlète. Mais un designer industriel. Un des seuls au Québec, à l’époque, croit se rappeler l’homme, aujourd’hui âgé de 73 ans.

En 1974, il vient de fonder son bureau lorsque le Comité olympique l’invite à dessiner la torche olympique. C’est donc sans concours, sans concurrence d’aucun ordre, que cet objet, un des plus emblématiques du mouvement olympique, a lancé sa carrière.

« Je suis un des Québécois qui ont leur place au Musée olympique de Lausanne », dit cet éternel pince-sans-rire.

Depuis ce premier contrat, Michel Dallaire est l’une des grandes figures du design québécois. Décoré du prix Borduas en 1991, le second seulement de sa profession à le recevoir après Julien Hébert — la grande majorité des lauréats sont associés à l’art contemporain —, Dallaire a dessiné une panoplie d’objets, dont le Bixi.

De l’huile d’olive

« Les gens pensent que c’est fait pour être beau, dit le designer, en observant une des 2000 torches fabriquées. Mon approche était de faire un outil pour transformer la flamme et non de faire une pièce d’orfèvrerie précieuse. »

L’histoire de Michel Dallaire est indissociable des Jeux de 1976, mais il s’en est fallu de peu qu’il n’en soit pas ainsi. Le maire Jean Drapeau n’avait pas aimé ce qu’il proposait.

« Quand il a pris la torche dans ses mains, il a eu l’air très déçu. Sa première question a été : “Pouvez-vous faire autre chose ?” » raconte celui qui a néanmoins obtenu le contrat.

Sa torche en acier, Michel Dallaire l’a conçue en fonction du combustible qu’il voulait utiliser : l’huile d’olive. Beau clin d’oeil à la Grèce, berceau de l’olympisme. Mais le designer débutant voulait surtout trouver le moyen de faire en sorte que sa « torche soit la plus photogénique ». Celle des Jeux de 1972, à Munich, qui brûlait au butane, a déclenché sa réflexion.

« Je m’étais mis à regarder des films sur les parcours des Jeux précédents. Dans celui de Munich, je voyais les coureurs, mais pas la flamme, qui était de la même couleur que le ciel. Je me suis rappelé qu’enfant j’avais voulu faire des frites avec de l’huile d’olive et j’avais provoqué une boule de feu orange. C’est cette boule de feu que je voulais dans ma torche. »

Ce premier contrat olympique a été suivi par d’autres. Le mobilier du Village olympique, c’est Michel Dallaire qui l’a dessiné, un lot de 47 800 pièces, dont 12 000 lits. Puis, le Comité olympique l’a mandaté pour superviser le design extérieur, les bannières, les kiosques d’information, etc. Pour la conception du mobilier urbain (tables de pique-nique, bancs), Dallaire a engagé François Dallégret, réputé designer, artiste et architecte.

Aujourd’hui consultant chez Provencher Roy architectes inc., Michel Dallaire planche sur de nouvelles chaises d’arbitre pour le stade de tennis du parc Jarry. Et en 2017, le Musée de la civilisation, à Québec, qui est devenu le dépositaire de son fonds de 134 boîtes d’archives, de 100 dessins et de 150 objets, lui rendra hommage par une importante exposition.