Un phare ouvert sur Québec

Le pavillon baptisé Pierre-Lassonde, du nom de son principal mécène, accueillera ses premiers visiteurs vendredi, jour de la Fête nationale.
Photo: Francis Vachon Le Devoir Le pavillon baptisé Pierre-Lassonde, du nom de son principal mécène, accueillera ses premiers visiteurs vendredi, jour de la Fête nationale.

La porte d’entrée du Musée national des beaux-arts du Québec (MNBAQ) a désormais pignon sur rue. Un détail, pour un changement brutal. L’apparition d’un quatrième pavillon, signé Shohei Shigematsu, directeur du bureau new-yorkais OMA, firme fondée par le starchitecte Rem Koolhaas, fait du MNBAQ un musée plus rassembleur et près des gens, véritable pont entre la vie urbaine et le site champêtre du parc des Champs-de-Bataille.

Après des années de projection et de chantier, voici donc ce nouveau visage. En verre et en lumière, en paliers et en d’innombrables salles, plus ouvertes que fermées. Le pavillon baptisé Pierre-Lassonde, du nom de son principal mécène — il a livré 10 millions sur les 103,4 millions du budget total —, accueillera ses premiers visiteurs vendredi, jour de la Fête nationale.

Dédié à l’art contemporain

L’objet architectural fait plus que doubler les surfaces d’exposition du MNBAQ. Destiné exclusivement à l’art contemporain québécois, un art vaste et inclusif, de Riopelle à l’art actuel, en passant par le design et l’art inuit, l’édifice est présenté comme un phare d’une ville, voire d’une nation.

« Lorsque je présentais le projet, je disais que lorsque le musée ouvrirait, l’impact sur Québec serait plus grand que [ce qu’on a imaginé]. Les musées changent les quartiers dans lesquels ils se situent. [Le Guggenheim] de Bilbao est le premier à l’avoir fait, et c’est une grande réussite. La Ville de Québec a compris le fonctionnement de cet écosystème. [Son] soutien a été extraordinaire », racontait Pierre Lassonde, mercredi, lors de la présentation du bâtiment aux médias.

Photo: Francis Vachon Le Devoir En verre et en lumière, en paliers et en d’innombrables salles, plus ouvertes que fermées, tel est le nouveau pavillon du Musée national des beaux-arts du Québec.

La Ville de Québec a été la première à soutenir le projet d’agrandissement, à hauteur de 5 millions. Financé à 80 % par les deniers publics, il comprend également des contributions de 45,1 millions du gouvernement provincial et de 33,7 millions du gouvernement fédéral.

En conférence de presse, les images flatteuses ont abondé. Pour Pierre Lapointe, porte-parole de l’événement inaugural, il s’agit d’un « temple », à la hauteur du meilleur de l’art du Québec. Pour John Porter, jadis directeur du MNBAQ et premier instigateur en 2001 de l’aventure, le « résultat est exemplaire ». Pour Julie Lemieux, responsable de la culture et du patrimoine à la Ville de Québec, « c’est un véritable bijou [qui l’émeut] aux larmes ». Pour Luc Fortin, ministre de la Culture au gouvernement du Québec, le pavillon Lassonde est « le signal d’une nouvelle ère et donne la preuve que la culture est un investissement, non une dépense ».

De la lumière partout

Une esplanade et une porte d’entrée collées à Grande Allée, c’est tout un changement pour un musée dont l’adresse était jusque-là dans le parc des Champs-de-Bataille. Mais le programme architectural est bien plus ça. Ses façades amplement fenestrées, déjà, le rendent non seulement accessibles de la rue, elles multiplient les points de vue sur la ville (et les montagnes, et le parc, et le fleuve) de manière inattendue.

La salle d’art inuit, basée sur la collection Brousseau acquise par le MNBAQ en 2005 et jamais vraiment exposée, baigne dans la lumière naturelle. « C’est la seule salle avec un mur translucide. On pouvait se le permettre parce que les pièces sont inertes », commentait Line Ouellet, directrice du MNBAQ, devant la fenêtre orientée vers le nord.

Le projet de Shohei Shigematsu, lauréat en 2010 d’un concours international — le premier de cette envergure à Québec —, repose sur plusieurs principes, comme cette ouverture des murs. Il en va de l’intégration du bâtiment à son environnement, de la réussite du mariage de cette signature contemporaine à un contexte historique.

L’architecte d’origine japonaise a tenu à pointer lors de la visite de presse les points de rencontre que le bâtiment offre. Au troisième et dernier étage, à quelque 21 mètres du sol, il désigne une salle de transition comme un « moment spécifique qui permet d’encadrer la vue ». « De ce côté, on voit un arbre, les montagnes ici, le parc, au fond. On est connecté à tout le complexe muséal », dit Shohei Shigematsu.

Ouvert aux quatre vents, le nouveau pavillon demeure, pourtant, collé avec naturel au presbytère de l’église Saint-Dominique voisine, érigée dans les années 1930. La cour intérieure née de l’agencement des trois édifices offre une autre des nombreuses aires de repos, à mi-chemin de l’art et de l’architecture.

Un peu comme le MoMA de New York, lui aussi doté de multiples points de vue sur la vie extérieure, le nouveau MNBAQ ne tourne pas le dos à sa ville. Bien avant de découvrir les expositions, et d’entrer dans les réalités des artistes et des conservateurs du musée, le visiteur aura d’ailleurs le plaisir d’expérimenter des jeux d’échelle, des jeux de lumière, des formes organiques. Un grand escalier en colimaçon réunit tout ça.

Le MNBAQ célèbre sa nouvelle ère avec trois jours de festivités gratuites. Portes ouvertes et foire urbaine, en pleine rue, sont au programme.