Plantes en pot

Catherine Lescarbeau mène depuis quelque temps un projet autour des plantes d’intérieur.
Photo: Maxime Boisvert Catherine Lescarbeau mène depuis quelque temps un projet autour des plantes d’intérieur.

L’été, la Fonderie Darling a pris l’habitude d’occuper son bout de la rue Ottawa avec des oeuvres (souvent) de grande échelle. Pas cette année, faute d’autorisation de la Ville de Montréal. Qu’à cela ne tienne, le monumental et la verdure se retrouvent à l’intérieur.

En soi, il n’y a là rien d’exceptionnel. D’abord, l’immense salle de la Fonderie Darling a plus d’une fois accueilli des installations de type architectural, comme cette fois. On ne peut pas non plus dire que des arbres urbains ont été déterrés pour l’occasion ; ce sont des plantes d’intérieur qui accueillent les visiteurs dans la plus petite salle. Privé de sa place publique, le centre d’art du Vieux-Montréal n’en propose pas moins pour sa saison chaude deux expositions qui interpellent le vivant.

Des plantes, bien vertes et mûres, autant des vraies, dans leur pot, que d’autres en images (et en pots aussi), composent une de ces expos. Elles sont l’objet et la raison d’un projet que l’artiste Catherine Lescarbeau mène depuis quelque temps autour des plantes d’intérieur. Après en avoir exposé des variantes dans des cafés et autres lieux alternatifs (le cube vitré Sightings de la galerie Leonard et Bina Ellen de l’Université Concordia), voici Le Département des plantes.

Un département pas si imaginaire

Le Département des plantes est à la fois le titre de l’expo de Lescarbeau et celui d’une unité administrative fictive qu’elle a imaginée. Un département pas si imaginaire : il prend racine dans un travail d’observation, de collecte et d’identification réalisé à l’Université du Québec en Outaouais (UQO). Pendant un an, l’artiste a arpenté le campus en quête des plantes qu’on y retrouve. Le résultat proposé prend davantage des airs d’herbier, notamment avec les grandes photos dignes d’une encyclopédie scientifique, que de reportage documentaire.

Ce n’est pas la première artiste qui lie art et botanique ; pensons notamment à Marie-Jeanne Musiol et aux empreintes lumineuses de plantes qu’elle photographie. Lescarbeau, cependant, le fait dans une approche purement conceptuelle, dans la lignée de travaux d’un Marcel Broodthaers ou du collectif N.E. Thing Co. Environnment. Ce dernier est par ailleurs à l’origine du Département des plantes, dont une des composantes est une série de photos d’une exposition de 1969, signée N.E. Thing Co. Environnment et tenue au Musée des beaux-arts du Canada.

Chez Catherine Lescarbeau, qui s’inscrit dans cette longue histoire qui met en question le rôle des institutions dans la diffusion des savoirs, les frontières sont ténues. Son objet de recherche est à la fois une pièce de conviction, une oeuvre d’art, voire un morceau d’une fiction dans laquelle les plantes de bureau sont des espèces étudiées par des scientifiques.

Premier solo au Canada

L’autre expo concerne une installation vidéo de l’artiste allemande basée à Paris Ulla von Brandenburg. Pour son premier solo au Canada, qui s’arrêtera, après Montréal, à Toronto, la finaliste 2016 du prix Marcel-Duchamp propose une oeuvre énigmatique où les questions d’échelle, d’espace et de temps bousculent la réalité du visiteur.

Malgré la finesse du travail, l’expo It Has a Golden Orange Sun and an Elderly Blue Moon peut donner l’impression qu’il s’agit de deux oeuvres, l’une sur écran, l’autre dans l’espace réel de la Fonderie Darling. Sur le coup, la vidéo ne semble s’inscrire que dans cette mouvance où il ne s’agit que d’une chorégraphie filmée. On ne manque pas ici de ce type de pratiques. Et comme les danseurs de von Brandenburg utilisent des tissus de couleurs dignes de la peinture abstraite, on a l’impression que l’oeuvre lance un clin d’oeil affecté à l’art du Québec.

Il suffit pourtant d’être patient, de se laisser imprégner par la proposition, notamment par cette immense structure faite de plates-formes et de nombreuses marches, pour tirer profit de l’expérience. Dans It Has a Golden Orange Sun…, il y a beaucoup de l’absurde, du théâtre, de la musique minimaliste, du rituel et, dans tout ça, du cycle et de la répétition. Ce que les personnages à l’écran vivent se reflète en bonne partie dans ce que le visiteur expérimente.

À noter que, si la Fonderie Darling n’a pas obtenu la fermeture totale de la rue Ottawa, elle a reçu l’autorisation d’y présenter quatre soirées de performances en plein air, entre le 30 juin et le 11 août.

Le Département des plantes

de Catherine Lescarbeau

It Has a Golden Orange Sun and an Elderly Blue Moon

d’Ulla von Brandenburg À la Fonderie Darling, 745, rue Ottawa, jusqu’au 21 août.

1 commentaire
  • Hélène Paulette - Abonnée 26 juin 2016 07 h 41

    Au royaume de l'insignifance...

    La vacuité qui afflige l'art au Québec est peut-être le reflet de notre société selfie, elle-même sans sigification autre que le petit moment qu'on glorifie en le partageant.