L'inclassable Ulysse Comtois

Organisée par la conservatrice Suzanne Pressé en collaboration avec Louise Masson, l'exposition Ulysse Comtois. Cartésien et romanesque regroupe une cinquantaine de sculptures et de peintures, certaines exposées pour la première fois, qui nous permettent de découvrir un aspect méconnu de l'oeuvre de cet important artiste.

La carrière d'Ulysse Comtois a été pour le moins prolifique. Associé aux automatistes au début des années 50, il y a été attiré par la liberté que peut apporter la peinture abstraite. Il a ensuite été influencé par l'Américain Alexander Calder, puis s'est tourné vers la sculpture.

Mais son travail n'a jamais suivi de modèle précis: il s'est intéressé à divers styles et techniques. L'exposition présentée à Sherbrooke renforce cette image d'artiste «inclassable». Rappelons qu'Ulysse Comptois est décédé en 1999.

Dès l'entrée, on est séduit par l'aspect sensuel de ses oeuvres. Les sculptures, en cire appliquée par petites touches sur une structure de bois, devaient à l'origine être coulées dans le bronze. Cet état de projet inachevé les rend d'autant plus intéressantes. Les traces du modelage des mains de l'artiste leur donnent une texture particulière très expressive. Leurs formes torturées font penser à des personnages ou à des objets. Elles s'éloignent des célèbres oeuvres mobiles des années soixante mais sont d'une certaine manière plus spontanées, plus intimes.

Sur les murs, on voit des acryliques sur toile de petit format avec des grilles et des croisements de lignes de couleur. Ces abstractions géométriques contrastent avec la théâtralité des sculptures. Un art épuré qui rappelle Piet Mondrian et d'où ressort une certaine esthétique minimaliste.

«Rien n'est acquis ou arrêté, l'art est une aventure cumulative», disait Ulysse Comtois. Cette «aventure cumulative» témoigne de l'ouverture d'esprit de cet artiste qui ne voulait pas se limiter à une seule approche, une seule vision. Le contraste entre les tableaux et les sculptures dans cette exposition nous fait découvrir la richesse et la variété de son travail.

Galerie d'art de l'université Bishop's

Dans un genre très différent, une exposition à la galerie de l'université Bishop's intitulée The Found and the Familiar: Snapshots in Contemporary Canadian Art, organisée par la Gallery TPW de Toronto, regroupe les oeuvres de plusieurs artistes sous le thème de la photographie «instantanée» et sa relation avec l'art.

Le terme snapshot s'applique à la photographie amateur: ces clichés banals et précieux que nous possédons tous et qui rappellent anniversaires, vacances, événements particuliers... l'exposition nous invite à nous pencher d'une manière plus attentive sur leur signification.

Le parcours rassemble dix artistes canadiens. Les oeuvres sont regroupées en deux catégories: d'un côté, une interprétation de photographies «trouvées», de l'autre, une interprétation de photographies personnelles. Un résultat original illustré avec plus ou moins de force selon l'artiste.

Pour Sara Angelucci, les photographies personnelles sont des actes de mémoire et d'identité. Dans son oeuvre intitulée Stillness (2002), elle met en opposition d'anciennes photographies de sa famille avec ses propres clichés récents de plantes et de fleurs pris durant un voyage en Italie. Le contraste entre vieux portraits en noir et blanc et nouvelles photographies crée un aspect saisissant de vie et de mort: l'artiste tente de saisir symboliquement le temps qui passe, la mémoire évanescente.

Les images The Pool et The Wreck tirées de la série Stolen Photograph Composites (2002) de Dean Baldwin sont, à première vue, assez banales. Mais quand on les regarde plus attentivement, on remarque des détails étranges: elles représentent des scènes artificielles composées d'éléments pris dans différents clichés trouvés par l'artiste. Le résultat est surréaliste infusant le mystère dans des iconographies familières.

Les photographies instantanées documentent moins une réalité que des instants que nous désirons préserver, des souvenirs de succès, de bonheur. Comme l'écrit Sophie Hackett, une des commissaires de l'exposition, «nous photographions les vies que nous voulons mener». Cet aspect ressort d'une manière saisissante dans Sightings (1992-98) de Germaine Koh: une oeuvre ingénieuse qui remet en circulation sous forme de cartes postales des photographies perdues, jetées ou oubliées. Des inscriptions à l'arrière indiquent le lieu et la date de leur découverte. Sorties de leur contexte originel, ces photos acquièrent une qualité dérangeante et mettent le spectateur en position de voyeur. À la fois personnelles et banales, elles sont évocatrices, imprégnées d'une grande nostalgie.

Ulysse Comtois. Cartésien et romanesque

Jusqu'au 25 avril - Musée des beaux-arts de Sherbrooke - 241, rue Dufferin

The Found and the Familiar :Snapshots in Contemporary Canadian Art

Jusqu'au 21 février

Galerie d'art de l'université

Bishop's

Rue College (Lennoxville)