Repeindre les murs de Kaboul

Roadsworth peignant sa fresque
Photo: Jacques Nadeau Le Devoir Roadsworth peignant sa fresque

Omaid Sharifi s’est donné une mission singulière : celle de faire de Kaboul, sa ville, la capitale du graffiti. Omaid Sharifi est cofondateur de l’organisme ArtLords (« les seigneurs de l’art »). Depuis 2015, lui et son groupe ont décidé de « détruire la laideur des murs » de Kaboul en les couvrant d’images. Avec leurs couleurs et leurs pinceaux, ils s’attaquent aux murs pare-souffle de la capitale afghane. « Ces murs sont ceux érigés au fil du temps pour protéger certains bâtiments des nombreuses explosions ; ils défigurent la ville et la divisent », écrivent-ils.

Omaid Sharifi est à Montréal jusqu’au 24 juin pour participer au programme international de formation aux droits de la personne de l’organisme Équitas. Ce week-end, il participera aussi au festival Mural, qui se déploie tout le week-end sur le boulevard Saint-Laurent.

En fait, il a reproduit en miniature les tableaux des murales qu’il a peintes à Kaboul, et les présentera dans un kiosque du festival.

Au cours de ses interventions, le groupe Artlords tente de faire participer la communauté de Kaboul. Sa première intervention s’attaquait au mur de la Direction nationale de la sécurité et portait sur le thème de la lutte contre la corruption. Artlords avait peint deux grands yeux, comme pour envoyer le message : « on vous regarde ». Le lendemain, la murale était effacée, mais devant les pressions faites par la population sur le gouvernement afghan, elle a ensuite été redessinée. Les seigneurs de l’art ont aussi peint le visage de la jeune réfugiée afghane dont la photo, captée par Steve McCurry en 1985 pour le National Geographic, a fait le tour du monde. À côté de cette photo, ils ont écrit sur le mur : « Je suis l’Afghanistan, je ne suis pas corrompue. »

Rappelons que l’Afghanistan arrive au 172e rang sur 175 sur l’échelle de Transparency International, une coalition internationale qui évalue la corruption des pays partout dans le monde. ArtLords se donne pour mission de transformer « l’impact psychologique négatif des murs pare-souffle en expérience visuelle positive pour le peuple de Kaboul ».

L’utilisation de l’art à cette fin stimule selon eux « l’esprit critique et aide les gens à comprendre que la guerre est une expérience commune et que seul un effort commun, venant de l’intérieur de la société, peut ramener la paix en Afghanistan ».

Le centre international d’éducation aux droits de la personne Équitas a été fondé à Montréal en 1967. Il offre un programme annuel de formation de trois semaines à Montréal, et compte sur un réseau de 5000 défenseurs des droits de la personne.

Pendant ce temps, sur le bitume de la ruelle Guilbaut, à Montréal, l’artiste Roadsworth peignait à même le sol, en collaboration avec Amnistie internationale, une fresque évoquant le drame vécu par les réfugiés du monde entier. Derrière un mur de barbelés, des mains s’agitent, comme tentant de s’échapper. « L’idée, c’est de représenter la crise des réfugiés, dit l’artiste. Cela représente la situation de ces gens, qui sont empêchés par une barrière, par des conditions politiques ou économiques, d’être avec nous pour partager ce festival. »

Pour Roadsworth, le street art est par définition quelque chose d’illégal et de gratuit, ce qui en exclut les murales produites dans le festival. « Moi, je fais de moins en moins de street art illégal, malheureusement, mais je vois son utilité, et il y a de la place pour cela », dit-il. À ses débuts, Roadsworth peignait par exemple des pistes cyclables pour militer pour une reconnaissance des cyclistes et des piétons dans un monde où il y a trop de voitures.