Les dessous du cinéma

Photo: Jacques Grenier

Gabor Szilasi ressent une sympathie évidente pour les sujets qu'il photographie. «Ma curiosité envers l'être humain est au centre de mes préoccupations en tant que photographe et l'a toujours été tout au long de ma carrière», affirme-t-il. Ses oeuvres, d'une élégante simplicité, représentent d'une manière réaliste, directe et sans artifices des hommes et des femmes «dans leur milieu».

Né à Budapest en 1928, Gabor Szilasi a commencé sa carrière de photographe en Hongrie. Il s'installe à Montréal en 1959 et travaille d'abord à des reportages. Il se spécialisera dans la photographie documentaire, s'inspirant aussi bien de la ville que des scènes de la vie rurale québécoise. Resté à l'écart des courants en vogue, il gagnera néanmoins une solide réputation internationale.

Pour fêter les quarante ans de la Cinémathèque québécoise, on lui a demandé de travailler sur le monde du cinéma, un sujet assez nouveau pour lui.

L'exposition, intitulée Face à face, est une idée de Robert Daudelin qui voulait mettre en valeur les anciens appareils cinématographiques que possède la Cinémathèque. Ces machines, véritables pièces de collection, évoquent à leur manière toute une histoire. Gabor Szilasi a donc photographié quinze cinéastes accompagnés d'un appareil de leur choix. Le résultat est une confrontation saisissante entre le cinéaste, habituellement derrière son objectif, le photographe, la caméra et le spectateur. Des portraits remarquables où l'on sent un lien intime s'établir entre chacun de ces «artisans» du film, et son outil de travail.

Michel Brault a l'honneur de poser à côté de l'historique cinématographe Lumière de 1895 (qui a servi pour la première projection en Amérique du Nord!). Le réalisateur Robert Morin, lui, brandit sa caméra (modèle Sony Trinicon DXC 1610 de 1967 pour les passionnés) comme un trophée. Le caméraman Pierre Mignot semble plus gêné et se cache derrière son Arriflex ST, 1962 (caméra 16 mm). En prenant tout l'espace du cadre, le réalisateur Philippe Baylaucq, aux côtés de sa Debrie Sept française de 1921, donne l'impression d'être plus sûr de lui. Mais c'est André Turpin, caméraman-réalisateur, qui, en regardant droit dans sa petite caméra Sankyo 8-R, illustre le mieux ce jeu de l'arroseur arrosé...

Gabor Szilasi précise qu'il est très peu intervenu dans la composition des photos. Les gestes se sont effectués spontanément, ce qui renforce le caractère naturel des portraits. L'artiste, faisant rarement plus d'une dizaine de tirages par séance, a d'abord cherché à établir un «rapport privilégié», une complicité avec ses modèles. Et c'est avec une grande économie de moyens qu'il a créé une mise en scène originale, une composition propre à chacun de ces portraits.

Cette exposition, d'abord présentée à la salle Norman-McLaren de la Cinémathèque québécoise, est actuellement installée, jusqu'à la fin de février, dans le foyer Luce-Guilbeault. Elle est accompagnée de Tourner pour rêver, une série de quatorze photographies de Michel La Veaux, prises durant le tournage de Tableaux d'un voyage imaginaire, le dernier film de Jean Chabot. Un hommage à ce cinéaste mort le 11 octobre 2003.