Musées québécois - Des dons à profusion

Les dons constituent la principale source d'enrichissement des collections des musées québécois. Et de loin. En 2001-2002, 31 musées ont acheté 560 oeuvres d'art pour 5,4 millions de dollars et ont accepté en dons près de 3325 oeuvres pour une valeur totale de 17,7 millions. Les dons totalisent donc plus de 85 % des acquisitions muséales au Québec.

Voilà une des révélations importantes de l'étude pionnière intitulée Les Acquisitions d'oeuvres d'art des musées, entreprises et institutions en 2001-2002, publiée hier par l'Observatoire de la culture et des communications du Québec. On y apprend aussi qu'un quart des oeuvres offertes provenaient de donateurs établis à l'extérieur du Québec.

«Les dons sont extrêmement importants pour notre institution», confirme Paulette Gagnon, conservatrice en chef du Musée d'art contemporain de Montréal (MACM). «Nos budgets d'acquisition n'évoluent pas, ils fluctuent. Depuis une décennie, le maximum pour une année a été de 700 000 dollars et le minimum de 100 000, la moyenne étant de 150 000 à

200 000 dollars. Il faut donc miser sur les donateurs pour compenser.» Bon an mal an, le MACM reçoit une centaine d'oeuvres de différents donateurs.

L'enquête de la chercheuse Christine Routhier a été réalisée par sondage auprès de 56 établissements répartis en quatre catégories: 31 institutions muséales (dont le MACM), 22 entreprises possédant une collection d'art, y compris des sociétés d'État, trois grandes villes ayant une politique d'acquisition et le ministère de la Culture lui-même, puisqu'il gère la Politique d'intégration des arts à l'architecture, qui a affecté plus de soixante cas au cours de l'année de référence.

«La série d'enquêtes sur ce sujet n'est pas très longue, dit l'agente de recherche Routhier. La dernière sur le marché de l'art contemporain remonte à 1989. Beaucoup de chiffres dataient et il fallait les actualiser. En plus, nos données sur les acquisitions constituent une première au Québec.»

Un second volet de l'enquête, publié plus tard cette année, tentera de dénombrer les ventes d'oeuvres par des marchands d'art. Le premier volet prend le problème par l'autre bout de la lorgnette en se concentrant sur les établissements acheteurs.

L'étude révèle que le prix moyen d'une oeuvre achetée en 2001-2002 a été de

10 340 $. «Ce prix moyen peut sembler élevé, mais il s'explique en partie du fait qu'il inclut des oeuvres d'art public coûteuses, dit le rapport. Les achats d'oeuvres d'art public représentent environ

40 % du montant total des achats.» Par ailleurs, les institutions muséales achètent des oeuvres dont le prix moyen est légèrement plus élevé (9659 $) que celui des oeuvres achetées par les entreprises collectionneuses (7774 $).

Les établissements sondés favorisent l'achat local trois fois sur quatre (74 %). En fait, toutes les acquisitions des villes et toutes celle du 1 % se font au Québec, tandis que les musées acquièrent ici 78 % de leurs oeuvres. D'ailleurs, les acquisitions à l'étranger coûtent beaucoup plus cher. Dans le cas des entreprises, le prix moyen déboursé pour une oeuvre achetée ici dépasse les 4300 $, mais il grimpe à près de 100 000 $ pour une acquisition d'un vendeur établi hors Québec.

Mieux: une bonne part des achats se font directement auprès des créateurs. C'est le cas de toutes les oeuvres produites dans le cadre du 1 %, de 96 % des achats effectués par les villes et de la majorité (56 %) des emplettes artistiques des entreprises collectionneuses.

L'enquête démontre aussi l'importance de l'État dans le marché de l'art québécois. Les deux tiers (63 %) des achats comptabilisés ont été effectués par des institutions rattachées plus ou moins directement au gouvernement, soit les musées, les sociétés d'État ou les établissements assujettis à la politique du 1 % d'intégration de l'art à l'architecture. Il faudra cependant attendre le second volet avant de conclure que ce marché est sous perfusion étatique, puisque l'échantillon comprenait justement une majorité d'acteurs gouvernementaux.