Grandeurs et misères de la vie de château

Sophie Suraniti Collaboration spéciale
Le lit de mort de M. Claude de Ramezay, mort à l’Hôtel-Dieu de Québec en 1724
Photo: Château Ramezay – Musée et site historique de Montréal Le lit de mort de M. Claude de Ramezay, mort à l’Hôtel-Dieu de Québec en 1724

Ce texte fait partie du cahier spécial Été des musées

Vous êtes au chevet du gouverneur de Montréal, Claude de Ramezay, qui se meurt. Quelques sanglots étouffés se font entendre. Ah ! Cette fois, l’ambiance est à la fête. L’une des filles se marie. Incursion dans la vie de la famille Ramezay, des nobles de la Nouvelle-France. Vie et trépas.

Le musée du Vieux-Montréal se dote d’une nouvelle exposition permanente, du type « tout ce que vous avez toujours voulu savoir sur… » la Nouvelle-France ! « Nous avons décidé de bâtir une expérience immersive pour les visiteurs, à l’intérieur des caves, en y reconstituant des intérieurs de l’époque », relate André Delisle, directeur et conservateur du musée. Comme nous sommes au niveau de ces magnifiques caves en pierre du 18e siècle, on se retrouve à partager le quotidien des domestiques qui y vivaient. En cuisine, dans les espaces d’entreposage, près des soupiraux… Ils sont les yeux et les oreilles de ce qui se trame aux étages supérieurs. Un peu à la manière de Downton Abbey (les recherches historiques menées pour cette nouvelle exposition ont toutefois démarré bien avant la série télévisée britannique, précise André Delisle), les visiteurs suivent les hauts et les bas de la famille à travers la parole des domestiques. Des hauts ? Claude de Ramezay, un homme ambitieux, menait grand train. À son emploi se trouvait une dizaine de domestiques dont un esclave noir, signe ostentatoire de richesse. Des bas ? Le gouverneur général perdra trois fils (en tout, sa femme Charlotte Denys de la Ronde mettra au monde seize enfants ; plusieurs mourront très jeunes). Son fils cadet, Jean-Baptiste-Nicolas-Roch, signera la capitulation de la ville de Québec et sera mis sur un bateau pour un retour direct en France où il mourra sans avoir de fils. Fin de la lignée.

À partir d’un sondage mené auprès du public il y a quelques années dont la question était « Que voulez-vous savoir au sujet de la vie quotidienne en Nouvelle-France ? » le musée a créé un récit vivant découpé en sept scènes (une scène, une pièce d’exposition) et abordant 21 thématiques (l’alimentation, l’hygiène, l’éducation des jeunes enfants…). Parmi ces thèmes, trois ont été rarement, voire jamais couverts par d’autres musées : la noblesse dans la colonie (qui disparaîtra sous le règne britannique), la domesticité et l’esclavage (parmi les huit domestiques que l’on côtoie à travers le récit, deux sont des esclaves : l’un est de race noire — sans doute originaire des Caraïbes — et l’autre est un Amérindien). Par l’entremise de tablettes électroniques, les visiteurs écoutent les domestiques parler entre eux, raconter leur quotidien et celui de leurs maîtres. Une balade en 3D du château tel qu’il était en 1705, de la cave au grenier (un hôtel particulier, architecturalement parlant), est aussi proposée en fin de parcours. Quant à la visite réelle des étages, il faudra encore patienter (seuls le rez-de-chaussée et les caves sont ouverts au public) pour des raisons de sécurité. « Actuellement, pour aller au grenier, c’est une échelle que l’on tire du plafond ! » explique André Delisle. Les visiteurs peuvent aussi découvrir une sélection d’objets et se déguiser dans un petit espace prévu à cet effet, enfiler les robes de l’époque et réaliser des égoportraits. La vie de château version 2016.