Fête nationale, fête muséale

André Lavoie Collaboration spéciale
«The Flux and the Puddle» (2014) de David Altmejd
Photo: Marie-Hélène Raymond «The Flux and the Puddle» (2014) de David Altmejd

Ce texte fait partie du cahier spécial Été des musées

Le 24 juin prochain à Québec, toute la ville aura le coeur à la fête, et pas seulement pour célébrer la fête nationale. Après des années d’attente, de controverses, de reports et de dur labeur, le Musée national des beaux-arts du Québec (MNBAQ) inaugure sa nouvelle entrée : immense, lumineuse, prestigieuse. Pour marquer le coup d’envoi de cet agrandissement exceptionnel (14 900 mètres carrés, doublant la superficie du musée) qui contribuera au rayonnement international de l’établissement, sept nouvelles expositions seront offertes aux curieux, qui s’annoncent nombreux.

Parions toutefois qu’ils seront tout d’abord fébriles de découvrir les particularités architecturales du pavillon Pierre-Lassonde, nommé en l’honneur du mécène qui aura versé 10 millions de dollars au musée pour réaliser ce projet au coût total de 103,4 millions. Cette réalisation est le fruit d’un travail conjoint entre le bureau new-yorkais de la firme néerlandaise OMA dirigée par le célèbre architecte Rem Koolhaas (le siège de la télévision centrale chinoise à Beijing frappe l’imagination) et la firme montréalaise Provencher-Roy et associés (ils ont façonné ou modifié plusieurs institutions culturelles de la métropole, dont le Musée Pointe-à-Callière et le Musée des beaux-arts de Montréal).

Cet assemblage d’acier, de verre et de béton permettra au MNBAQ de se rapprocher des passants, et d’en mettre plein la vue aux visiteurs avec son grand hall, un escalier imposant de 79 marches, un nouvel auditorium de 250 places, une cour intérieure propice à la rêverie et des toits verts, élément primordial pour une éventuelle certification LEED. À tout cela s’ajoute l’essentiel pour un musée digne de ce nom : 12 nouvelles salles d’exposition couvrant 3450 mètres carrés.

Le pavillon Pierre-Lassonde constituera aussi la voie royale pour atteindre les autres composantes du musée situées dans ce parc magnifique et chargé d’histoire que sont les plaines d’Abraham. Un couloir souterrain conduira les visiteurs vers les pavillons Charles-Baillairgé (inauguré en 1933, seule composante du MNBAQ jusqu’en 1991), Gérard-Morisset (une ancienne prison devenue le refuge des oeuvres de Fernand Leduc, d’Alfred Pellan, de Jean-Paul Lemieux et de Jean-Paul Riopelle) et bien sûr le pavillon central qui assure le lien entre ces deux édifices.

Passer par Riopelle

Le chemin sera particulièrement agréable à fréquenter, car l’une des oeuvres majeures des collections du MNBAQ, signée Riopelle, aura enfin droit à un traitement royal. Confinés depuis leur acquisition en 1996 dans un espace restreint, les 30 tableaux composant L’hommage à Rosa Luxemburg pourront être contemplés d’un seul regard dans ce passage qui fera honneur à cette oeuvre-testament (inspirée à la suite du décès de l’ex-conjointe de l’artiste en 1992, la peintre américaine Joan Mitchell) de l’un des signataires du Refus global.

Voilà une preuve parmi tant d’autres que l’ajout d’espace n’avait rien d’un caprice pour ce musée d’État qui aspire à jouer dans la cour des grands, rêvant de devenir l’équivalent du Tate Britain de Londres ou du Whitney Museum de New York. C’est également une belle façon de marquer son intérêt pour l’art contemporain tout en profitant de ses nouveaux espaces et de consacrer une vitrine aux défis de l’installation. Une trentaine d’oeuvres aux dimensions démesurées, extravagantes et provocantes, souvent à l’étroit en d’autres lieux, pourront se déployer à l’aise ici. L’opulence sera palpable dans les salles consacrées à l’art contemporain au Québec : entre Marcelle Ferron, une autre signataire du fameux manifeste écrit par Paul-Émile Borduas en 1948, et BGL, un collectif de trois artistes de Québec dont les Montréalais peuvent admirer l’audace à la Maison symphonique et au carrefour Henri-Bourassa-Pie-IX (La Vélocité des lieux), ce sont plus de 80 oeuvres dites incontournables qui dresseront un portrait non exhaustif de l’art contemporain québécois des années 1960 à aujourd’hui.

De Montréal à Québec

À l’été 2015, les Montréalais ont adopté avec ferveur ce sculpteur originaire de la métropole maintenant établi à New York et qui s’impose solidement sur la scène internationale. David Altmejd a fait tourner les têtes et exploser les records de fréquentation au Musée d’art contemporain grâce à une rétrospective de son oeuvre, encore jeune, couvrant 20 ans de carrière. Cet hommage culminait avec The Flux and the Puddle, une sculpture impossible à saisir d’un seul coup d’oeil, si massive et si chargée qu’elle ne laisse personne indifférent. Ce gigantesque cube de plexiglas renfermant une infinité d’objets hétéroclites, fragmentés, macabres ou issus du quotidien le plus banal sera présenté aux visiteurs du MNBAQ non seulement pour l’été, mais pour les 10 prochaines années, puisque acquis et prêté par la firme de gestion de portefeuilles privés Giverny Capital.

Au 3e étage du nouveau pavillon, deux univers totalement différents vont se côtoyer, illustrant une autre facette de la diversité des collections du musée. D’un côté, place aux objets sous toutes leurs formes pour une exposition permanente consacrée aux arts décoratifs et au design québécois. Le visiteur pourra admirer 145 pièces (verrerie, céramique, mobilier, etc.) conçues par une cinquantaine d’artistes dont le travail s’échelonne sur les 60 dernières années. Dans une autre salle, la collection Brousseau d’art inuit occupera un emplacement de choix avec l’exposition Ilippunga, déploiement d’une centaine d’oeuvres de 60 créateurs provenant du Nunavik, du Nunavut et des Territoires du Nord-Ouest.

Les 24, 25 et 26 juin prochains, le programme inaugural sera fait d’activités festives à l’intérieur des murs du musée, mais aussi dans le voisinage, entre autres sur la rue Cartier, en plus d’offrir l’accès gratuit aux salles d’exposition. Mais une fois passé le beau grand tintamarre de l’ouverture officielle, le moment sera toujours propice pour retourner sur les lieux afin d’en apprécier les splendeurs, et peut-être même la quiétude malgré un achalandage qui s’annonce accru.

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