L’amitié Fenosa-Picasso

Laurie Vanhoorne Collaboration spéciale
Fenosa sculptant
Photo: Jean-Marie del Moral Fenosa sculptant

Ce texte fait partie d'un cahier spécial.

Picasso avait une façon fort jolie — et fort révélatrice — de décrire l’amitié qui l’unissait à Apel.les Fenosa : « Il est mon fils de mère inconnue. »

Clément Paquette est le commissaire de l’exposition qui souligne cette amitié et qui sera à l’affiche du Musée d’art contemporain de Baie-Saint-Paul du 18 juin au 6 novembre. En 2004, alors qu’il est à Paris, il ne connaît pas encore le sculpteur catalan. Il rencontre Nicole Fenosa et est séduit par les oeuvres de son défunt mari. Elle lui confie un voeu qu’elle caresse : celui de faire connaître Fenosa en Amérique.

En 2010, M. Paquette rencontre Jacques Saint-Gelais Tremblay, directeur du MAC de Baie-Saint-Paul, et lui propose de lire une biographie de l’artiste dont Picasso a acheté les premières oeuvres. « Quatre ans plus tard, je prévoyais un voyage en France et en Espagne, je suis donc allé la revoir pour savoir si ça l’intéresserait que j’entreprenne des démarches pour une exposition », relate M. Paquette. Avec Josep Miguel Garcia, directeur de la Fondation Apel.les Fenosa, il rassemble 114 oeuvres et artéfacts datant de 1923 à 1940 et témoignant de l’amitié qui liait non seulement le peintre et le sculpteur, mais aussi du cercle plus large qui gravitait autour d’eux et qui comprenait Paul Éluard, Coco Chanel, Jean Cocteau, Tristan Tzara, Man Ray…

À travers les plâtres, porcelaines et autres lithographies présentées, c’est aussi l’évolution dans la pratique de Fenosa qui se dessine. Le sculpteur a en effet progressivement délaissé les formes plus conservatrices pour quelque chose de plus voluptueux et de résolument abstrait, proche de la nature. Le corps de la femme, très présent dans son travail, s’en est trouvé métamorphosé. « Je pense que sa vision a complètement changé lorsqu’il a rencontré Nicole, qui était ballerine, réfléchit Clément Paquette. Beaucoup de mouvements de danse ont été traduits dans ses statuettes. »

On peut se demander à juste titre qui de Fenosa ou de Picasso est la véritable vedette de l’exposition. « Ni l’un ni l’autre, répond Clément Paquette. S’il y en a une, c’est l’amitié qui a entouré la vie de ces êtres et qui a démontré, au fil des ans et malgré l’époque et les guerres — la guerre civile espagnole et la Seconde Guerre mondiale —, qu’elle était très forte. » Chaque sculpture, chaque photo, chaque dessin exposé transpire cette amitié.

La mobilité en perspectives

Le 34e Symposium international d’art contemporain de Baie-Saint-Paul se déroulera du 29 juillet au 28 août. Marie Perrault, pour qui c’est le deuxième Symposium à titre de directrice artistique, voyait dans sa mission l’occasion de réfléchir à des phénomènes de société dont l’impact s’étend au-delà du monde de l’art contemporain. C’est tout naturellement que le thème de la mobilité s’est imposé.

« Aujourd’hui, on transporte pratiquement son ordinateur dans sa main, avec son portable, note Mme Perrault. Les nouvelles technologies servent à traiter l’information d’une façon qui la rend extrêmement mobile. Mais la mobilité n’est pas qu’un phénomène numérique. Le numérique n’est qu’une couche qui s’ajoute à autre chose. »

Douze artistes exploiteront ce thème et travailleront en direct, devant le public. Originaires du Québec, du Yukon, de la Saskatchewan, de la France ou encore du Sénégal, ils s’intéresseront aux conséquences sociétales et aux imaginaires qui animent la mobilité. Dans l’espace qui leur servira d’atelier, ils auront l’occasion de dévoiler leur production et le contexte dans lequel s’inscrit leur projet. Une programmation culturelle animera également le site du Symposium.

Des apéros sont notamment prévus pour permettre aux artistes de parler de leur démarche autour des thématiques de la marche, de la migration des oiseaux, du voyage, du réseau, des transports, des communautés nomades, des réfugiés.

François Morelli est le président d’honneur de cette 34e édition. Artiste aguerri, M. Morelli s’est fait connaître pour ses performances en déambulation et a enseigné à la Rutgers University et à l’université Concordia. Il prononcera une conférence lors de la première semaine du Symposium.

Auteur de Six degrés de liberté, qui lui a valu le Prix littéraire du gouverneur général en 2015, Nicolas Dickner donnera également une conférence, le samedi 6 août. « Dans son roman, il exploite de façon ludique des phénomènes liés à la mobilité, relève Mme Perrault. Sa présence m’apparaissait tout indiquée, étant donné que la lecture de son oeuvre m’a beaucoup inspirée dans le développement du thème du Symposium. »

Dans l’intimité des grands collectionneurs

Du 18 juin au 6 novembre, en collaboration avec les galeries Art Style et L’Harmattan, le MAC de Baie-Saint-Paul présente Oser voir autrement, le troisième volet d’une série d’expositions intitulée Les grands collectionneurs.

Les grands collectionneurs, ce sont des personnes issues du milieu des arts, mais aussi des médecins, des entrepreneurs ; tous partagent la même passion et accumulent des oeuvres depuis des années. « C’est important, pour la dynamique de l’art contemporain au Québec, de mettre en valeur les collectionneurs québécois, souvent dans l’ombre. C’est une façon de leur rendre hommage, confie Patricia Aubé, commissaire de l’exposition. Ils ont un rapport particulier à leurs oeuvres d’art, ils y sont très attachés. C’est exceptionnel de les avoir au musée. »

Des oeuvres moins connues et parfois plus intimes d’artistes québécois de renom, de Riopelle à Daudelin en passant par Molinari, seront ainsi exposées, permettant au public de découvrir une autre facette de leur travail. Le point commun des peintres et des sculpteurs à l’honneur ? Leur audace. « Les artistes que nous avons sélectionnés ont tous apporté quelque chose de nouveau, sont devenus des ambassadeurs de nouveaux styles. Les collectionneurs eux-mêmes ont dû oser en achetant ces oeuvres originales », souligne Mme Aubé.

En tout, une cinquantaine de pièces constituant un véritable panorama de l’art québécois à partir du milieu du vingtième siècle seront exposées.