Petits objets, grands voyageurs

Sophie Suraniti Collaboration spéciale
Perles de verre
Photo: Source Marguerite-Bourgeoys Perles de verre

Ce texte fait partie du cahier spécial Été des musées

Chaque été, depuis dix ans, le Musée Marguerite-Bourgeoys propose une tournée découverte sur son site archéologique, sous la nef de la chapelle Notre-Dame-de-Bon-Secours. Le thème retenu pour l’édition 2016 est celui des objets voyageurs. Plomb de scellé, perles de verre, robinet de tonneau… Normal de les retrouver ici ?

Au cours des trois campagnes de fouilles archéologiques qui ont eu lieu ces 20 dernières années sur le site de la chapelle Notre-Dame-de-Bon-Secours, un certain nombre d’artéfacts ont été découverts. Était-ce courant pour les habitants de Ville-Marie de posséder ces objets ? D’où venaient-ils ? Pour quelles raisons les retrouve-t-on ici ? « L’idée est de retracer l’histoire qui se cache derrière la présence de certains artéfacts qui viennent de très loin », explique Karine Saint-Louis, responsable du service éducatif. Comme ce plomb de scellé, témoin commercial de la présence française, retrouvé dans les ruines de la chapelle. À l’époque de la Nouvelle-France, ce sceau à marchandise apposé sur les ballots garantissait l’intégrité du contenu (selon le même principe que pour cacheter une lettre) et le règlement en bonne et due forme des taxes douanières. On peut y lire son lieu d’origine, ainsi que le nom du commerçant. Pourquoi ce sceau se trouvait-il sur le site de l’ancienne chapelle, « debout » jusqu’en 1754, avant de brûler ? On suppose que le terrain a été laissé à l’abandon avant la reconstruction de la chapelle en 1771, le site faisant alors office de décharge. On y a d’ailleurs retrouvé beaucoup d’ossements d’animaux… Le boucher du coin venait y jeter ses déchets !

Voici un autre exemple, qui remonte cette fois à beaucoup plus loin. On a retrouvé sur le site une perle de cuivre natif. Ce cuivre natif, les Amérindiens l’extrayaient eux-mêmes dans les gisements en affleurement (sans avoir besoin de creuser). Le cuivre natif ne vient pas de la région de Montréal. Il vient du nord du lac Supérieur. Cela veut donc dire qu’il est passé de mains en mains avant de se retrouver à Montréal. Mais par quels chemins ? Par diverses rivières jusqu’au lac Saint-Jean avant de redescendre le fleuve Saint-Laurent. Avec ce genre de découverte, on retrace l’existence de circuits insoupçonnés (des routes, des chemins ou des voies d’eau) qui existaient à une période donnée. « Ce qu’il faut comprendre, c’est que les objets voyageaient plus que les gens ! Finalement, comme aujourd’hui », raconte la responsable de l’animation et de l’éducation. Pour découvrir l’histoire de cette dizaine d’objets voyageurs issus de différentes époques avec toutes les anecdotes pouvant expliquer leur présence (mais aussi l’histoire du site archéologique lui-même), il suffit de suivre… le groupe et le guide ! Chaque demi-heure, les visiteurs se rendent sur place, accompagnés d’un guide (avec une alternance linguistique, français ou anglais). Plusieurs arrêts sont prévus pour observer les objets en vitrine et lire leur mise en contexte sur tablette numérique. À la fin de l’activité, les visiteurs peuvent poursuivre la découverte avec l’exposition temporaire sur l’histoire des voyages en Amérique du Nord du XVIe au XIXe siècle. Cet été, on va en parcourir du temps et des kilomètres historiques !

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