Comme dans un film de Fellini

André Lavoie Collaboration spéciale
Gilberte Christin de Cardaillac et son amie Yvette, Les Éboulements, 1930
Photo: Musée McCord Gilberte Christin de Cardaillac et son amie Yvette, Les Éboulements, 1930

Ce texte fait partie du cahier spécial Été des musées

Qui n’a pas déjà rêvé de posséder une gamme de complets Armani ou une garde-robe regorgeant de créations Fendi, Prada ou Valentino ? Pour le commun des mortels, tout cela semble hors de portée, mais cet été, il sera possible de rêver les yeux grands ouverts grâce au Musée McCord.

À partir du 26 mai et jusqu’au 25 septembre, l’établissement de la rue Sherbrooke, dont la mission est de célébrer le Montréal de toutes les époques, fait une fleur à tous les Montréalais d’origine italienne, ce qui fera assurément plaisir à tous les amoureux de l’Italie. Comme le disait si bien le cinéaste Jean-Claude Lauzon dans Léolo : « L’Italie, c’est trop beau pour n’appartenir qu’aux Italiens. » Avec Eleganza – La mode italienne de 1945 à aujourd’hui, c’est un véritable coup de chapeau (griffé) que le musée donne au génie créatif de ce pays et de ses artisans dans le domaine du vêtement, mais aussi du design, avec quelques objets mythiques, dont la fameuse Vespa.

En tout, près de 130 costumes et accessoires seront présentés dans cette exposition qui fait déjà la fierté de Suzanne Sauvage, présidente du Musée McCord (et du Musée Stewart à la suite d’une fusion opérée en 2013), soulignant au passage qu’il s’agit de la seule escale canadienne de cet hommage orchestré par le Victoria and Albert Museum de Londres. « La scénographie sera complètement refaite », souligne-t-elle pour marquer l’importance que son établissement accorde à l’aspect visuel de ses expositions. Et si on aura parfois l’impression d’être plongé dans un film de Fellini, « les Montréalais pourront aussi découvrir à quel point la mode italienne s’est complètement intégrée dans leurs vies », précise Mme Sauvage.

De l’extravagance italienne à l’opulence montréalaise

Il n’y a pas que les Italiens qui sont capables d’en mettre plein la vue. Les riches Montréalais qui ont façonné la métropole, les Redpath, les Molson ou encore les Ogilvie, pouvaient faire preuve d’une opulence ostentatoire : il suffit de regarder d’un peu plus près où ils habitaient.

Le voyeurisme sera permis grâce à l’exposition Grandes demeures, Montréal, 1974, un beau prétexte pour mettre en valeur une importante acquisition du Musée McCord: le travail du photographe montréalais Charles Gurd, qui partage maintenant sa vie entre la Colombie-Britannique et le Nouveau-Mexique. À l’époque boursier du Conseil des arts du Canada, il a saisi un moment important de l’histoire de la grande bourgeoisie montréalaise, principalement anglophone : certains de ses membres s’apprêtaient à quitter le Québec, d’autres à se loger dans des maisons plus modestes.

La particularité de ce travail d’observation, effectué en partie dans le Mille carré doré, mais aussi à Cartierville et à Senneville, est d’évoquer « un style et un art de vivre complètement révolus », précise Suzanne Sauvage. Ces superbes photographies en noir et blanc ne montrent jamais les gens qui habitaient ces lieux somptueux, « à l’exception d’un ou deux domestiques, et pourtant, on sent les gens qui habitaient ces demeures, et comment ils vivaient ».

En vacances sur le bitume

Sur l’avenue McGill College, à deux pas du musée, la tradition des expositions de rue remonte à 2006. La première se nommait Transactions (un dialogue entre deux photos d’époques et de fonds différents, l’une en noir et blanc, l’autre en couleurs) et la toute nouvelle s’intitule En vacances ! Elle est portée par le même esprit : offrir des photographies grand format à la vue des milliers de passants qui déambulent chaque jour sur cette artère achalandée.

Les réserves de McCord regorgent de photographies amateurs, et 24 d’entre elles ont été sélectionnées pour illustrer ce thème de circonstance qui plonge dans le passé estival du Québec. À partir du 10 juin, on pourra découvrir la manière dont les familles québécoises se mettaient en scène à l’heure des grandes vacances, entre 1900 et 1940. Nous étions peut-être loin des selfies, mais les sourires et l’insouciance étaient de rigueur. L’occasion sera belle de découvrir les changements survenus aux paysages et à l’architecture de plusieurs destinations toujours prisées des Québécois à l’heure de prendre la clé des champs : les Laurentides, la Malbaie, Baie-Saint-Paul, les Cantons-de-l’Est, etc.

Suzanne Sauvage promet un bel échantillonnage d’images « adorables, magnifiques, et pleines de fraîcheur », espérant que les Montréalais s’approprieront une fois de plus cette exposition en plein air et sur le bitume « qui rend de bonne humeur ». Avec les beautés de l’Italie à un coin de rue, les visiteurs devraient assurément avoir le sourire aux lèvres.

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