Marché de l'art - L'art fait fortune à Palm Beach

West Palm Beach — Le pauvre Bill Koch n'est que vingt-sixième sur la liste des fortunes de Palm Beach. À eux seuls, les vingt-cinq premiers représentent 50,2 milliards de dollars. Soit à peine moins que le produit national brut de pays comme l'Algérie ou le Pérou, et bien plus que le Maroc ou l'Ukraine... Le tout dans une île de moins de 10 km2 et de 9800 résidents. Dont 87 % ont des revenus nets annuels supérieurs à 3,8 millions de dollars. Le quart de la fortune américaine vient ici trois mois par an.

La profession la plus représentée parmi ceux qui ont besoin de travailler est l'immobilier. Suivent les avocats. Et, en troisième position, les décorateurs.

On comprend mieux l'intérêt manifesté par les 80 antiquaires de tous les pays présents, jusqu'au 8 février, à la première édition de Palm Beach Classic. Elle se tient à l'entrée des fournisseurs, entendez à l'ouest du lac Worth, dans la ville nettement moins huppée de West Palm Beach. Une renaissance plutôt qu'une création. Connue depuis huit ans sous le nom de «Palm Beach International Art and Antic Fair», elle a été vendue par son précédent propriétaire, David Lester, à une société nommée International Fine Art Exposition, pour 17 millions de dollars. À ce prix, l'IFAE a hérité de trois foires, deux à Palm Beach, une à New York, en perte de vitesse, sans image réelle.

Aller vers les collectionneurs

Pour mettre un peu d'ordre dans tout cela, l'IFAE a recruté un Suisse l'ancien directeur de la Foire de Bâle puis de la Foire du livre de Francfort, Lorenzo Rudolf. Un des meilleurs spécialistes du moment, capable d'analyser un marché et d'imaginer un positionnement sur le long terme. Il a d'abord pu s'installer dans du solide: le tipi des débuts a laissé place à un tout nouveau centre de convention, en dur. Il a ensuite pris son bâton de pèlerin pour convaincre les antiquaires (et, dans ce domaine, les meilleurs sont encore européens) de louer un stand presque aussi coûteux qu'à la Biennale de Paris.

Avec un argument très simple, qu'on l'a entendu psalmodier en 2003 à la Foire de Maastricht, la référence en la matière : les collectionneurs américains, soit plus de 80 % de la clientèle des antiquaires, ne bougent plus de chez eux. Depuis le 11 septembre 2001, prendre un avion leur fait horreur. Ils ont déserté la Foire de Maastricht en 2003, les ventes de Londres cette semaine. Pour Lorenzo Rudolf, du pain bénit: l'essence d'une foire, depuis le Moyen Âge, n'e0st-elle pas d'aller chercher le chaland chez lui ?

Les marchands présents ne peuvent que se féliciter de l'avoir écouté. Le Français Guillaume Féau, par exemple, qui a rencontré ici Donald Trump et lui a vendu pour plus de trois millions de dollars de boiseries anciennes. Quand on connaît l'appétit de construction de ce géant de l'immobilier, on imagine qu'il ne s'agit que d'un début. Carolle Thibaut-Pomerantz a trouvé des connaisseurs capables d'apprécier les subtilités des papiers peints dessinés vers 1614. Heureux aussi, Bernard Steinitz, un habitué des lieux et le roi de Palm Beach, qui aime ces stands luxuriants.

Un roi qui risque d'être contesté par d'autres «Majestés»: le Néerlandais Robert Noortman, venu à Palm Beach avec un Rembrandt de 25 millions de dollars, ouvre une voie où risquent de s'engouffrer les antiquaires lassés de Maastricht et les galeristes modernes que les paillettes de Miami effraient.