Russie - Le musée de l'Ermitage convoite les oeufs Fabergé achetés à la famille Forbes

Moscou — Le musée de l'Ermitage de Saint-Pétersbourg a souhaité hier accueillir les fameux oeufs Fabergé, acquis par un industriel russe à la famille Forbes, alors que l'élite artistique a vu dans le retour de la collection en Russie une renaissance du mécénat de l'époque tsariste.

«Tout musée du monde rêve d'obtenir une telle collection», a déclaré le conservateur de l'Ermitage, Mikhaïl Piotrovski, à la radio Écho de Moscou.

«Contrairement au Palais des Armures [un musée du Kremlin, à Moscou], qui dispose déjà de la plus grande collection d'oeufs Fabergé, l'Ermitage ne possède aucune» de ces 50 merveilles créées par le célèbre joaillier Peter Carl Fabergé pour la famille impériale russe entre 1885 et 1916, a expliqué M. Piotrovski.

Pourtant, «c'est à l'Ermitage, au célèbre Palais d'hiver, que la famille impériale gardait les fameux oeufs», a dit le conservateur du musée, l'un des trois plus grands au monde avec environ trois millions d'oeuvres d'art et plus de 2,5 millions de visiteurs par année.

Estimées à plus de 90 millions de dollars, les 180 pièces de la collection de la famille Forbes devaient être dispersées aux enchères en avril prochain.

Mercredi, l'un des plus riches industriels russes, Viktor Vekselberg, a acquis la collection pour un montant non dévoilé.

Plusieurs personnalités et la presse russe ont vu dans ce geste une «renaissance du mécénat».

«Il est remarquable que le monde des affaires ait commencé à participer à ce genre d'actions», s'est félicité le directeur du musée russe de Saint-Pétersbourg, Vladimir Goussev.

Pour le cinéaste Gleb Panfilov, «si les hommes d'affaires d'aujourd'hui se souviennent de la générosité et du mécénat des capitalistes russes d'antan, le capitalisme moderne reprendra son visage humain».

Pour le quotidien Vremia Novostei, le geste de Viktor Vekselbeg vise à détendre les relations entre le pouvoir et les grands patrons russes, accusés «non seulement de fraudes fiscales mais aussi d'un manque de responsabilité sociale».

Les poursuites judiciaires de grande ampleur lancées contre le groupe pétrolier Ioukos depuis début juillet, qui ont notamment abouti à l'incarcération de son ancien patron, Mikhaïl Khodorkovski, font craindre à de nombreux entrepreneurs d'être à leur tour inquiétés.

Le retour des objets d'art aura une valeur symbolique, ajoute Vremia Novostei. Près de 90 % des objets de joaillerie et des trésors religieux russes ont été vendus par les bolcheviks en 1920-30 pour assurer la survie de la jeune URSS, a indiqué le critique d'art Dmitri Chvidkovski.

La pièce maîtresse de la collection Fabergé est l'Îuf du couronnement, estimé entre 18 et 24 millions de dollars, que le tsar Nicolas II avait offert à l'impératrice Alexandra pour Pâques en 1897 pour célébrer son accès au trône.

Sur les 50 oeufs, huit ont disparu, dix se trouvent au Kremlin, trois sont entre les mains de la reine d'Angleterre et un appartient au prince Rainier de Monaco. D'autres sont visibles dans des musées, dont cinq au Musée des arts de Virginie, trois au Musée des arts de La Nouvelle-Orléans, deux au Hillwood Museum de Washington.