Inventer le musée du XXIe siècle

Chantal Pontbriand a été nommée en novembre « première présidente et directrice » du MOCA, le nouveau musée d’art contemporain à Toronto.
Photo: Annik MH De Carufel Le Devoir Chantal Pontbriand a été nommée en novembre « première présidente et directrice » du MOCA, le nouveau musée d’art contemporain à Toronto.

Dans un peu plus d’un an, en mai 2017, naîtra à Toronto le musée du XXIe siècle. Ce projet, basé sur un concept novateur conjugué au présent davantage qu’au passé, et qui ne collectionnera que l’art réalisé après l’an 2000, est piloté par Chantal Pontbriand. Celle qui a fondé, et a mis fin à des aventures appréciées, telles que la revue Parachute (1975-2007) et le Festival international de nouvelle danse (1982-2003), amorce ainsi son retour au pays après un exil en Europe de dix ans.

Conçu sur les bases du Museum of Canadian Contemporary Art (MOCCA), un centre d’art créé par la Ville de Toronto en 1999 et rebaptisé Museum of Contemporary Art_Toronto_Canada (MOCA), la nouvelle entité prendra place dans Junction Triangle, un quartier au coeur de la réalité multilingue de la métropole ontarienne.

Pour la critique et commissaire de réputation internationale, le changement de nom dépasse bien plus qu’un acronyme amputé d’une lettre. Si chaque vocable est important, les mots « musée » et « contemporain » demeurent clés.

« L’idée est de faire le musée du maintenant, dit celle qui préfère, pour faire court, l’appellation Museum à celle de MOCA. Il faut essayer de comprendre les enjeux de ce que c’est la contemporanéité. Qu’est-ce qui fait que c’est différent maintenant d’avant, et d’après ? Et surtout, comment ces questions sont travaillées par les pratiques artistiques d’aujourd’hui ? »

Nommée en novembre « première présidente et directrice » du MOCA, Chantal Pontbriand croit avoir jeté les couleurs d’un musée d’un nouveau genre. Rencontrée dans son pied-à-terre montréalais quelques jours après le dévoilement à Toronto d’un plan en deux phases intitulé 20/20, elle s’est montrée emballée par cette énième aventure.

Évalué à 75 millions de dollars, dont la moitié devrait être assumée par des fonds publics, ce premier musée d’art contemporain en sol canadien en dehors du Québec est soutenu par Alfredo Romano, un agent immobilier spécialisé dans la revitalisation de sites historiques. Dans sa première phase, le MOCA s’élèvera dans une de ses propriétés, un édifice bâti en 1919 et utilisé par l’industrie automobile jusqu’en 2006. Il faut croire qu’un tel accompagnement a permis à la Montréalaise de panser ses plaies, elle qui en 2013 avait échoué à prendre les rênes du Musée d’art contemporain de Montréal.

Destiné à faire des visiteurs des acteurs de premier plan, le MOCA sera actif en tout temps, ouvert de midi à minuit. Il s’agira d’un « musée où vivre, [qui] ne se visite pas en une heure et on s’en va », dit sa directrice. Au-delà de commodités incitant à s’y éterniser (salon et café, postes de recherches, aires ouvertes, personnel accessible), l’établissement misera sur le « live », notamment au moyen d’expositions qui incluent la performance d’artistes et la participation du public.

« Le musée ne peut plus être un monument, un lieu d’érudition et de méthodes éducatives transmises telles quelles. L’apprentissage et la promotion de nouveaux savoirs sont les tâches des musées de demain », estime néanmoins Chantal Pontbriand.

Le plan 20/20

Le plan 20/20, inspiré de la vision oculaire idéale, repose sur le principe d’être à l’écoute de son époque. Pour Chantal Pontbriand, cela s’exprime par le reflet d’une réalité plus que jamais migratoire et changeante. À ses yeux, Toronto, que l’on dit habitée par un taux d’immigrants dépassant les 50 % de sa population, est déjà la ville la plus cosmopolite. « Être Canadien, c’est être international », résume-t-elle.

« On est dans un état de changement constant, sur tous les plans, poursuit-elle. On ne peut plus s’appuyer sur des valeurs aussi fixes qu’avant. Tout a éclaté, tous les fondements sont devenus mobiles, la famille, l’éducation, l’argent, la religion. »

La phase 1 de ce plan, celle qui accueillera les premiers visiteurs en 2017, occupera, sur 4600 mètres carrés, cinq des dix étages du bâtiment patrimonial de Junction Triangle. La phase 2, prévue pour s’amorcer en 2020, consistera en un édifice tout neuf, qui poussera sur le même terrain et qui doublera, au final, la superficie de ce nouveau Museum.

Seule la programmation de la première année est connue. L’exposition inaugurale, Odyssée 2040, parlera de ce nouveau départ et mettra à l’honneur des collectionneurs torontois. L’ancien directeur artistique du MOCCA, David Liss, reste dans le sillon et pilotera la deuxième exposition axée sur des artistes de Toronto, autant ceux qui y résident que les exilés.

« Le musée ne peut plus être un monument, un lieu d'érudition et de méthodes éducatives transmises telles quelles. L'apprentissage et la promotion de nouveaux savoirs sont les tâches des musées de demain. »
 
Chantal Pontbriand