De Visu - Cent ans de créativité

Une fois de plus, le Musée national des beaux-arts du Québec (MNBAQ) risque de séduire de nombreux visiteurs avec une nouvelle exposition en provenance de la réputée Kelvingrove Art Gallery, de Glasgow, en Écosse. Grâce à une soixantaine de tableaux de grands maîtres, De Millet à Matisse offre un magnifique tour d'horizon des mouvements novateurs de la peinture française entre 1830 et 1940. Un parcours incontournable, à Québec pour quelques mois seulement.

Organisée par l'American Federation of Arts, alors que la Kelvingrove Art Gallery procède à d'importantes rénovations, cette sélection d'envergure internationale ne s'arrête qu'à un seul endroit au Canada. Ainsi, le MNBAQ accueille en ses murs, jusqu'au 2 mai, des toiles resplendissantes d'artistes tels Van Gogh, Gauguin, Picasso, Cézanne, Braque, Renoir et Monet. L'exposition procède ainsi par thèmes afin de mettre en valeur l'évolution des styles dans la peinture française au tournant du XIXe et du XXe siècle. Il faut savoir d'emblée que, de 1800 à 1900, les collectionneurs de Glasgow s'intéressent davantage à l'art français contemporain qu'aux immenses fresques classiques. C'est d'ailleurs l'une des raisons pour lesquelles la Kelvingrove possède aujourd'hui cette collection aussi attrayante.

Un espace propice

Sans tomber dans le piège de l'académisme, la commissaire invitée Vivien Hamilton, en coordination avec Daniel Drouin du MNBAQ, met à profit les grandes étapes qui transformeront la peinture française, du mouvement réaliste jusqu'au pointillisme. On découvre tout d'abord ces scènes contemporaines de la nature qui deviendront l'un des principaux sujets pour bien des artistes en marge tels Monet ou Cézanne. Plutôt que de s'inspirer des modèles du paysage traditionnel, certains peintres décident de sortir de la norme en privilégiant le travail direct à partir de la nature. C'est le cas, notamment, de Monet, qui rend les effets fugaces de la lumière dans Paysage à Vétheuil (1880), ou encore d'un Pierre Bonnard qui peint de mémoire plutôt que «sur le motif». Des oeuvres telles La Chaîne de l'étoile et Pilon du roi (vers 1878-1879) de Cézanne, de même que Paysage, Saint-Briac (vers 1887-1889) d'Émile Bernard (un impressionniste proche de Gauguin) innovent grâce à l'utilisation d'un vocabulaire visuel avant-gardiste.

Autre fait à souligner, à partir des années 1870, de nombreux artistes se mettent à dépeindre une classe moyenne qui devient le reflet d'un essor social et économique. En 1901, lors de son deuxième séjour à Paris, Picasso met déjà son talent à l'épreuve dans La Marchande de fleurs dans la rue. Cette huile sur carton s'intéresse davantage à une certaine dynamique de la scène urbaine qu'à de nombreux détails à retenir. Tout le potentiel artistique de Picasso est déjà contenu dans cette toile d'une grande force expressive. Dans la deuxième salle, on s'intéresse plus précisément à une représentation subjective de l'eau et de ses reflets. De Boudin à Marquet, l'économie des moyens invite à une force d'expression incomparable. Dans la série des portraits, on s'arrête plus longuement devant ce chef-d'oeuvre qu'est le Portrait d'Alexander Reid (1887) de Van Gogh, qu'on a longtemps classé parmi les célèbres autoportraits du frère de Théo. De biais, la Fille de cirque (vers 1939) met également à profit l'art plus spirituel de Georges Rouault.

La dernière partie de l'exposition pointe finalement du côté de la nature morte. Du réalisme de Courbet aux effets décoratifs de Matisse, les contrastes sont plus que flagrants. Le Plat de fruit, verre et bouteille (1926) de Braque laisse transparaître une forme d'intemporalité qui inspire tout au long de ce trajet d'une force remarquable. On souligne aussi l'apport d'un design qui, tout en rappelant les intérieurs de la haute bourgeoisie du XIXe siècle, offre un espace propice aux nombreuses trouvailles esthétiques. De Millet à Matisse a tout pour connaître un succès retentissant dans la capitale nationale.