Le charme et le mystère des tanagras

Collaboration entre le Musée des beaux-arts de Montréal et le Musée du Louvre à Paris, Tanagra: le petit peuple d'argile rassemble des trésors de l'Antiquité. Découvertes à partir de 1870 dans des nécropoles de l'antique cité de Tanagra, en Béotie, les tanagras sont de petites statuettes en argile, certaines remarquables par leur raffinement. Cette exposition, qui lie l'histoire de l'art à l'archéologie, nous invite à réfléchir sur le contexte historique ainsi que sur le mythe entourant ces figurines aussi élégantes que mystérieuses.

Leur découverte provoque au XIXe siècle un véritable engouement. Les artistes s'inspirent de la délicatesse du drapé, de la finesse des détails, et les pastiches se multiplient: on peut voir dans l'exposition les nombreuses imitations de la «célèbre danseuse voilée». Le nom «tanagra» devient même un qualificatif pour désigner les coquettes de Paris. Une image s'impose peu à peu, comme en témoigne ici la présentation de quelques oeuvres du peintre Jean-Léon Gérôme.

Le contexte culturel et historique

L'exposition veut opposer cette image romantique à la réalité archéologique, en replaçant ces statuettes dans leur contexte culturel et historique. Devenues objets de décoration très convoités, elles avaient essentiellement à l'origine, il y a plus de 2000 ans, une fonction funéraire et religieuse. Les nombreuses fouilles illicites suscitées par l'enthousiasme et la demande toujours croissante ont malheureusement détruit tous les repères archéologiques qui auraient pu nous aider à mieux comprendre l'origine de ces figurines qui apparurent vers 340-300 av. J.-C. pour disparaître vers 200 av. J.-C.

Grâce à différents objets provenant de prêts exceptionnels, l'exposition nous permet de suivre l'histoire du travail de l'argile dans la région de Tanagra depuis la période mycénienne et d'apprécier la richesse artistique de la Béotie. Par la suite, avec les conquêtes d'Alexandre le Grand, les tanagras vont se répandre dans une grande partie du monde hellénistique.

Ces petites figurines nous révèlent l'intimité de la vie quotidienne de cette époque (une femme tenant son bébé, un laboureur, un joueur d'osselet... ) Les célèbres statuettes de La Dame en bleu et de La Sophocléenne, du Musée du Louvre, drapées dans leur «himation», sont particulièrement remarquables: les manteaux et les robes épousent le corps et tombent en plis fluides, créant une impression de mouvement et de vie.

Pour la commissaire de l'exposition, Violaine Jeammet, ces sculptures possèdent avant tout une fonction symbolique liée à une représentation du passage de l'adolescence à l'âge adulte. Représentations séculaires ou symboles religieux? Un résultat en tout cas d'une finesse exceptionnelle, d'une grande fraîcheur et d'un naturalisme touchant. À travers quelque 180 oeuvres — statuaires, céramiques et peintures —, l'exposition nous propose un parcours fascinant dans lequel l'énigme des tanagras n'en fait que plus ressortir leur beauté intemporelle.