La Biennale de Montréal en eaux troubles

« La Biennale, c’est notre occasion de montrer au reste du monde ce qu’on fait ici», croit Marc Séguin.
Photo: Annik MH de Carufel Le Devoir « La Biennale, c’est notre occasion de montrer au reste du monde ce qu’on fait ici», croit Marc Séguin.

Le dévoilement de la programmation de la prochaine Biennale de Montréal n’aura lieu que dans six semaines, mais déjà, sa composition et le peu de place accordée aux artistes visuels québécois créent bien des remous, a appris Le Devoir. Face à ce « malaise », l’artiste multidisciplinaire Marc Séguin claque la porte, quelques mois après le départ d’Alexandre Taillefer et d’une autre membre du conseil d’administration. D’autres y ont aussi songé, avant de se raviser.

Marc Séguin a quitté le conseil d’administration de la Biennale de Montréal au cours des dernières semaines, après des « mois » de frustration, agacé par la « sous-représentation des artistes québécois dans la prochaine édition » et par la vision très « internationale » de la directrice générale de l’événement multidisciplinaire, Sylvie Fortin.

« De réunion en réunion, c’est le même fucking problème. On abordait le problème du peu de place donnée aux artistes montréalais et québécois et rien ne changeait. La seule chose qu’il me restait à faire, comme artiste, comme membre du CA, c’était de démissionner », confie-t-il. Aussi membre du CA, la conservatrice de la collection de la Caisse de dépôt Marie-Justine Snider aurait elle aussi menacé de partir.

Alors que la Biennale est financée en grande partie par l’État, celle-ci offre trop peu de place, depuis sa refonte en 2014, aux artistes québécois, plaide M. Séguin. Les débats des derniers mois au conseil d’administration, loin de le rassurer, l’ont découragé davantage. « La Biennale, c’est notre occasion de montrer au reste du monde ce qu’on fait ici, dit-il. On ne veut pas juste faire rayonner l’extérieur. » Un point de vue qui tranche avec celui de Mme Fortin, selon d’autres intervenants avec lequel Le Devoir s’est entretenu. À la conclusion de la précédente édition, celle-ci s’était d’ailleurs félicitée qu’on « n’ait pas [été] capable de savoir si les oeuvres provenaient d’un artiste local ou international ». « Ça, c’est le grand succès. »

Partenaire stratégique de l’événement, le Musée d’art contemporain (MAC) — dont le président du CA, l’homme d’affaires Alexandre Taillefer, a lui aussi siégé au CA de la Biennale avant de démissionner il y a neuf mois — songe aujourd’hui à renforcer son influence sur la programmation, selon nos sources. On pourrait aussi appeler en renfort le directeur général du MAC, John Zeppetelli. Le lien de confiance entre le MAC et Mme Fortin a été rompu, nous dit-on.

Président du CA de la Biennale, Cédric Bisson assure le contraire. « Mme Fortin est en place et elle a notre confiance, dit-il. Tout le conseil et le MAC veulent une participation suffisante du milieu des arts visuels québécois. » La programmation, qui doit être dévoilée en mai, comptera un grand nombre d’artistes d’ici. « Quand j’ai décidé de quitter [le CA], il y avait trois artistes québécois dans la programmation. C’est à la suite de certaines pressions qu’ils en ont ajouté d’autres », réplique Marc Séguin.

La prochaine édition de la Biennale de Montréal aura lieu du 19 octobre 2016 au 15 janvier 2017.