Les archives des archives

Le temps d’un anniversaire, la salle d’exposition d’Artexte a été transformée en une sorte de capsule temporelle.
Photo: Paul Litherland Le temps d’un anniversaire, la salle d’exposition d’Artexte a été transformée en une sorte de capsule temporelle.

En entrant dans la salle d’exposition du centre d’information Artexte, vous aurez le fugitif sentiment qu’elle a laissé sa place à des bureaux de travail ayant un je-ne-sais-quoi de rétro. Sur un mur, une photo d’Angela Grauerholz, montrant Artexte en 1983, dicte un peu le ton à l’ambiance générale. La commissaire Zoë Tousignant a voulu nous permettre d’explorer l’histoire de cette institution en recréant un peu l’atmosphère des bureaux d’Artexte dans ses divers lieux passés.


Tousignant explique qu’Artexte « reçoit beaucoup de groupes d’étudiants qui n’auront pas la même expérience que moi, qui ai fréquenté ce centre alors qu’il était sur Sainte-Catherine. Je voulais recréer cette ambiance des autres locaux occupés, avec des plantes et un peu plus de désordre que maintenant…Car je crois que l’architecture a un impact sur l’expérience d’une institution et bien sûr sur celle d’Artexte. Les divers lieux qu’Artexte a occupés [sur de Bleury, Saint-Laurent…] font partie de son histoire. Comme nous avions gardé les anciens meubles, dont des étagères pour les documents d’archives, il m’a été facile de recréer l’ambiance de ces divers espaces ».

Photo: Paul Litherland

Du coup, cette expo « se veut aussi un hommage aux employés d’Artexte puisque j’ai aussi inclus quelques lettres personnelles, ce qui permet de parler des gens qui ont participé à sa naissance et à son développement ». Sarah Watson, directrice de cette institution, insiste aussi sur ce point, Artexte « fut bâtie avec la collectivité ». Collectivité qui est aussi à l’origine de nombreux dons. Parmi ceux-ci, mentionnons celui de l’historien d’art et critique d’art René Payant en 1988, ou de la défunte revue Parachute en 2007.

Capsule temporelle ?

Le temps d’un anniversaire, la salle d’exposition d’Artexte — qui existe depuis 2012 — a donc été transformée en une sorte de capsule temporelle… Cette idée permet d’exposer un présentoir avec des exemplaires anciens de revues (Parachute, bien sûr, mais aussi Vanguard, Fuse, C Magazine, Inter, October…), une table avec des ouvrages marquants de l’histoire de l’art récente et toute une série de documents d’époque placés sur des bureaux ou épinglés sur divers babillards, documents qui retracent l’histoire d’Artexte ( y compris une multitude d’articles de journaux, dont un texte de notre collègue Jérôme Delgado). Tousignant a même créé une fausse, mais vraisemblable table de recherche portant sur le rôle des femmes en art contemporain, table où travaillerait un étudiant venu explorer ce domaine dans les archives d’Artexte… Le tout, insiste Tousignant, est présenté « en ordre chronologique ». Vous y retrouverez aussi des invitations à des rencontres avec des artistes… Car, en effet, Artexte fut bien plus qu’un centre de documentation « fondé en 1981 par les artistes Angela Grauerholz et Anne Ramsden, et par l’historienne de l’art Francine Périnet ». Ce lieu a participé très activement à la vie culturelle d’ici. Grâce à Artexte, nous avons pu entendre à Montréal des conférences de Martha Rosler, Greg Curnoe, Liz Magor, Rodney Graham, David Clarkson, Doug Walker, Christine Davis, Kim Adams, Marie-Suzanne Désilets, Jean-François Prost…

Artexte, ce fut aussi pendant longtemps une librairie qui permettait de trouver des livres que nous ne pouvions nous procurer nulle part ailleurs. Dans les années 80, il n’était pas si facile à Montréal de trouver des ouvrages sur l’histoire de l’art ou sur l’art contemporain d’ici et d’ailleurs. Artexte était venu combler cette lacune. Notons que, de nos jours, ce n’est pas vraiment plus facile… Certes, juste au même étage qu’Artexte, au troisième de l’édifice du 2-22 à l’angle de Saint-Laurent et Sainte Catherine, il y a la librairie Formats. Mais dans notre ville, le nombre de librairies a bien diminué depuis 35 ans. À ce sujet, notons que malgré les promesses faites par la direction du Musée d’art contemporain en 2009, lors de la fermeture de la librairie Olivieri qui était en ses murs, cette institution n’a toujours pas une librairie digne de ce nom. Quant à la boutique du MAC… Disons qu’elle offre une sélection plus que pauvre de quelques catalogues du même musée…

Artexte, c’est aussi, depuis 1982, une maison d’édition qui, seule ou en collaboration, a publié une vingtaine d’ouvrages, dont plusieurs marquants pour notre histoire de l’art contemporain : Vidéo (1986) sous la direction de René Payant, L’art qui nous est contemporain (2000) de Rose-Marie Arbour, Le son dans l’art contemporain canadien de Nicole Gingras (2004)…

Archives ouvertes : les lieux d’Artexte

Commissaire : Zoë Tousignant. Chez Artexte, 2, rue Sainte-Catherine Est, à Montréal, jusqu’au 2 avril.