Art Mûr, prête à poser un pied dans la «nouvelle Berlin»

Vue de l’intérieur de la galerie
Photo: Art Mûr Vue de l’intérieur de la galerie

C’est tout un gâteau de 20 ans que s’offrira la galerie Art Mûr : un espace satellite en Europe. À Leipzig plus précisément, centre culturel de l’heure en Allemagne et baptisé « nouvelle Berlin » par le quotidien britannique The Guardian.

Fondée en 1996 par Rhéal Lanthier et François St-Jacques, Art Mûr ouvrira en septembre 2016 une galerie dans cette ville de l’État libre de Saxe. Présenté mercredi par ses directeurs comme un « projet pilote d’un an », l’espace qu’ils loueront se trouve au Spinnerei, important pôle d’art développé au tournant de l’an 2000. Cette ancienne usine de coton de 10 hectares abrite aujourd’hui 14 galeries et centres d’exposition.

« On se questionnait sur la suite [des choses], comment poursuivre notre présence [sur le marché] international. Puis on a rencontré des confrères pendant la Biennale de Venise, l’an dernier, qui nous ont parlé du Spinnerei », expliquait en conférence de presse Rhéal Lanthier. Pas question de changer d’identité, cependant. « L’idée, précise l’ancien président de l’Association des galeries d’art contemporain, est d’amener nos artistes là-bas. »

Le projet est évalué à 90 000 $, ce qui comprend le bail d’un an. La maturité financière de l’entreprise, propriétaire du bâtiment qu’elle occupe sur la rue Saint-Hubert depuis 2002, lui permet un tel investissement. La galerie espère néanmoins recevoir du soutien de la Société des entreprises culturelles du Québec et du Conseil des arts du Canada. Aussi, elle s’attend à ce que les artistes qu’elle impliquera bénéficient de bourses du Conseil des arts et des lettres du Québec.

Une des plus grandes galeries de Montréal avec ses 14 000 pieds carrés en salles d’exposition, Art Mûr joue gros en posant le pied en Europe. On ne s’en cache pas : l’intention est de s’établir de manière permanente. « Tout dépendra des revenus et du potentiel [de développement] », estime Rhéal Lanthier. Or, poursuit-il, courir les foires d’art s’avère plus risqué.

Les galeristes ont dû attendre que leur candidature soit acceptée. Car n’entre pas qui veut au Spinnerei. « C’est comme s’il y avait au Belgo un comité qui sélectionnait les galeries », dit Anaïs Castro, l’adjointe chez Art Mûr qui assurera la permanence en Allemagne.

Pour sa première année européenne, l’enseigne montréalaise occupera un espace 26 fois plus petit que ceux qu’elle possède sur la rue Saint-Hubert. Et à un coût cinq fois moins élevé qu’un kiosque dans une foire de trois jours. Déjà planifiée, la programmation sera composée de huit solos, parmi lesquels ceux de Patrick Bérubé, de Nadia Myre, de Simon Bilodeau et même de la nouvelle venue chez Art Mûr, Karine Payette.

Photo: Stewart Hall «Kill the Indian, save the man», Nicholas Galanin (2015)

À Montréal

Art Mûr ne profitera pas de ses 20 ans pour tourner le dos au Québec. À Montréal, les célébrations du vingtième anniversaire seront amorcées à l’automne 2016 avec une grande exposition consacrée à Claude Tousignant, figure emblématique de l’abstraction québécoise, toujours active.

Les galeristes ont profité de la conférence de presse mercredi pour annoncer les grands pans de la prochaine Biennale d’art contemporain autochtone, une manifestation dont ils restent les premiers diffuseurs. Pour cette troisième édition, la Guilde canadienne des métiers d’art, la galerie d’art Stewart Hall de Pointe-Claire et le Musée McCord se joignent à Art Mûr. Une quarantaine d’artistes, y compris des Inuits et une Groenlandaise, participeront à la manifestation prévue en mai.

« Art Mûr est la première institution au Québec à s’être intéressée à l’art autochtone contemporain. Cette biennale, on y croit. C’est un projet d’envergure et il continuera à l’être tous les deux ans », soutient Rhéal Lanthier.