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Un architecte est plus qu’un bâtisseur

Hélène Roulot-Ganzmann Collaboration spéciale
Vue de l’exposition «L’architecte, autrement»
Photo: Source CCA Montréal Vue de l’exposition «L’architecte, autrement»

Ce texte fait partie du cahier spécial Musées

La conservatrice en chef du Centre canadien d’architecture (CCA), Giovanna Borasi, croit qu’en dessinant la ville, les architectes jouent un rôle fondamental dans la vie des gens qui habitent les centres urbains. Parce que les édifices qu’ils imaginent doivent forcément répondre aux problématiques sociales et sociétales de leur époque. C’est en tout cas cela qu’elle souhaite mettre de l’avant lorsqu’elle pense une future exposition.

« Une exposition est un moyen que l’on utilise pour soulever, dans le discours de l’architecture, des questions qui sont importantes pour notre époque, explique Giovanna Borasi. Pas uniquement pour l’architecture, mais pour la société dans son ensemble. Au cours des dix dernières années par exemple, nous avons abordé des thématiques qui sont clés dans notre vie et qui vont au-delà de la discipline de l’architecture, mais dans lesquelles l’architecture peut apporter des réponses. »

Ce fut le cas en 2011, notamment, avec l’exposition intitulée En imparfaite santé. La médicalisation de l’architecture. Ou : comment les architectes, urbanistes et architectes du paysage parviennent-ils à développer un nouveau programme politique et moral pour répondre aux préoccupations sanitaires ?

« Il s’agissait de se demander comment, en matière d’allergies, d’obésité ou encore de lutte contre le cancer, l’architecte, par la façon qu’il a d’organiser la ville, avec les matériaux qu’il utilise également, peut contribuer à la réflexion, anticiper des problèmes, poser des questions et apporter des réponses », précise Mme Borasi.

Quelques années plus tôt déjà, en 2007, alors que le monde entre dans une nouvelle crise du pétrole, le Centre met sur pied l’exposition 1973: Désolé plus l’essence, qui met en vedette les innovations architecturales en réponse à la crise pétrolière de 1973.

« L’architecte est plus qu’un bâtisseur, assure Mme Borasi. Les visiteurs qui viennent voir nos expositions ne sont pas forcément architectes ou designers. Ce sont des gens qui s’intéressent aux problèmes contemporains auxquels nos villes sont confrontées, et qui ont trait à l’environnement, à la surpopulation ainsi qu’à l’étalement urbain. Ce sont des citoyens qui s’interrogent sur les formes que prennent les villes et sur les conséquences de nos choix. »

Un public que le Centre canadien d’architecture attire donc par des expositions sans cesse renouvelées, vivantes, vibrantes et de qualité internationale. Des expositions qui mettent en lumière des architectes de partout dans le monde, comme c’est le cas depuis quelques mois avec Alvaro Siza. Plus précisément, sur deux de ses projets, le Wohnhaus Schlesisches Tor à Berlin en Allemagne et le Punt en Komma à La Haye au Pays-Bas, ses premiers ouvrages construits hors du Portugal, sa terre natale. Deux édifices qui ont en commun leur taille, leur envergure, leur vocation et leur ambition ; tous deux ont été érigés dans les années 1980, tous deux découlent d’une perception particulière de la ville et tous deux sont des projets de logements sociaux destinés à des communautés immigrées, réalisés selon un processus de conception participative. Pourtant, ils n’en demeurent pas moins remarquablement différents. Ils proposent des solutions locales en réponse à des questions mondiales sur la reconstruction et la densification des centres urbains.

Mise en valeur des collections

Les expositions mettent le plus possible en valeur la collection du CCA. Une collection monumentale, reconnue pour faire partie des plus importantes au monde… et qui est de plus en plus numérique.

« Les architectes travaillent sur ordinateur depuis les années 1980, note Giovanna Borasi.  Les archives numériques créées par ces architectes sont d’une grande importance, car elles montrent un changement dans la conception des projets architecturaux.» Cependant, accéder au contenu des archives relève de la prouesse technique en raison des nombreuses versions de logiciels et de systèmes d’exploitation. « Vous vous souvenez des disquettes amovibles ? Nous en avons plusieurs dans notre collection numérique... »

Une équipe de recherche travaille spécifiquement au Centre pour mettre à jour toute cette masse d’archives. Des archives dont une partie a déjà été dévoilée au public par le biais des deux premiers volets de l’exposition Archéologie du numérique. Le troisième volet ouvrira ses portes en mai prochain.

« C’est compliqué à montrer, car les fichiers que nous détenons n’ont pas une vocation muséale, explique la conservatrice en chef. Les visiteurs peuvent être intimidés au premier abord et hésitants à prendre la souris pour consulter un document. À chaque fois, il faut trouver de nouvelles solutions. Dans l’exposition Archéologie du numérique, que nous allons dévoiler au printemps, nous présenterons dans la mesure du possible les fichiers originaux, ou une version qui s’en approche, et qui seront compréhensibles pour le visiteur. Dans certains cas, en faisant appel à la technologie moderne, nous serons également en mesure de revisiter les technologies que les architectes ont utilisées dans le passé. »

Ce dernier volet mettra à l’honneur des projets japonais, autrichiens et hollandais. Quinze projets des années 1990 à 2006 ont été choisis afin de montrer les différentes influences du numérique sur le travail de conception au quotidien. Quinze projets qui, par un jeu de comparaisons, permettent de comprendre comment le numérique a révolutionné le métier.

Un volet qui viendra clore la première série d’expositions des archives numériques. Mais nul doute que d’autres viendront, tant les nouvelles technologies prennent jour après jour de plus en plus de place, dans le travail des architectes d’une part, et des archives du Centre canadien d’architecture d’autre part.