Le Château Ramezay doublera sa superficie d’exposition

Réginald Harvey Collaboration spéciale
Photographie du tunnel avant qu’il soit fermé et où plus de 30 000 objets seront exposés.
Photo: Château Ramezay — Musée et site historique de Montréal Photographie du tunnel avant qu’il soit fermé et où plus de 30 000 objets seront exposés.

Ce texte fait partie du cahier spécial Musées

Le bâtiment abritant le Château Ramezay, en raison de son riche héritage historique et de sa grande valeur architecturale, se présente en soi comme un lieu muséal. Au cours des dernières années, il s’est refait une beauté pendant que ses alentours se paraient du jardin du Gouverneur. Et voilà que ce musée du Vieux-Montréal a hérité d’un tunnel qui servira de lieu d’exposition pour des collections composées de plus de 30 000 objets appartenant à 300 ans d’histoire.

« On doit rappeler l’importance des collections : elles sont le corps et l’âme d’une institution muséale. En l’absence de celles-ci, il n’y a pas de musée, et la mission première de ce dernier, c’est de les conserver ; on parle souvent de diffusion, mais il faut d’abord conserver pour en arriver là », assure André Delisle, qui porte justement les titres de directeur général et de conservateur du Château Ramezay, musée et site historique de Montréal.

Il doit son existence à une société savante qui commence ses activités en 1862. Elle regroupe des Montréalais francophones et anglophones qui interviendront pour sauver le Château alors qu’il est menacé de démolition au printemps de 1893. Ils ouvriront par la suite le premier musée dans ses murs, en 1895. Il résulte de ce lointain passé ce qui suit, comme le laisse voir M. Delisle : « On se retrouve maintenant avec une longueur d’avance puisque ses débuts remontent aux années 1860. On a bénéficié aussi au fil du temps d’un excellent réseau de contacts composés de juges, d’avocats, de notaires et de médecins, qui se sont retrouvés autour de la table ; ce qui nous a donné accès à des collections et des pièces uniques. »

Le directeur y va de cette description : « On dénombre aujourd’hui 36 000 objets qui sont des pièces rares très diversifiées, ce qui est une caractéristique bien particulière de nos collections. On possède beaucoup de reliques historiques qui sont reliées à des personnages ou à des événements du même acabit. » Le Château sert à la diffusion de cette richesse patrimoniale : « On y fait l’interprétation des lieux eux-mêmes, mais aussi de l’histoire de Montréal et du Québec à partir de nos collections. »

Un environnement approprié

De 1997 à 2010, le Château a subi une restauration majeure et il a été doté en 2000 d’un jardin ornemental et potager qui le borde avantageusement tout en apportant sa contribution à une page d’histoire sur ceux du XVIIIe siècle. Il a pris la place d’un espace de stationnement en béton de deux étages, qui a été astucieusement récupéré.

André Delisle rapporte que le but de cette réalisation était d’offrir à « ce bâtiment unique un environnement adéquat qui soit de son époque », en ces temps où le secteur regorgeait de verdure. Sans toutefois disposer d’une aussi vaste superficie qu’à l’origine, « on a placé là un aménagement d’inspiration française avec des carrés et des allées. À l’intérieur, on a mis tout ce qu’on pouvait trouver dans un jardin urbain de la noblesse : il y a le lieu d’agrément, les arbres fruitiers, un petit potager et des plantes médicinales ». Tous les éléments d’un jardin de la Nouvelle-France de l’époque y sont rassemblés dans un espace plus restreint.

Le musée a pris soin de veiller à tout l’aspect de la mise en valeur et de la diffusion d’une botanique montréalaise aujourd’hui pratiquement disparue : « Il y a quand même plus de 300 000 personnes qui fréquentent le jardin durant l’été ; c’est un petit bijou au coeur du Vieux-Montréal. Les gens traversent les murs environnants, pénètrent dans ce milieu naturel et sont transportés dans le temps. » Des panneaux sonores en six langues, un petit guide documentaire et des animateurs en costume se chargent de livrer les informations pertinentes à cette réalisation en période estivale ; il existe même des visites plus spécialisées portant sur le jardinage et les différentes plantes : « C’est un endroit bien vivant. »

Au beau milieu du tunnel

Quelques années après le début de la crise économique de 1929, un tunnel voit le jour en 1932 dans le Vieux-Montréal ; de façon plutôt étrange, il passe en partie sous le Château Ramezay. Les gens en provenance de la rue Saint-Antoine l’empruntent pour passer sous l’avenue Notre-Dame et gagner directement de cette manière le marché Bonsecours. Il occupe 10 000 pieds carrés de superficie de plancher, ce qui représente deux étages du Château.

Cet espace sous-terrain était devenu inutile et la Ville de Montréal a consenti à le fermer puisqu’il représentait un obstacle au moment d’aménager le jardin du Gouverneur : « Elle a même décidé d’y effectuer certains travaux et de nous le céder pour les 40 prochaines années à compter de 2003 », signale aujourd’hui le directeur.

Il en découlera un net avantage une fois qu’il aura été retapé pour lui conférer une vocation muséale : « On veut d’abord et avant tout y loger nos collections. Il est évident qu’il nous est impossible de faire entrer nos 36 000 objets dans le Château ; ceux-ci étaient dispersés à divers endroits. On a donc tout regroupé dans un entreposage temporaire dans l’attente de la transformation apportée à ce fameux tunnel. »

Les lieux s’avèrent propices aux changements envisagés, selon lui : « La structure est fiable ; c’est du solide. Il faut simplement fabriquer cette membrane, cette coquille ou enveloppe intérieure pour accueillir les collections. C’est un endroit idéal pour celles-ci, parce qu’il n’y a pas de fenêtres et qu’il y a moins de possibilités de dommages en raison des fluctuations de température. On prévoit de plus installer des escaliers et des ascenseurs d’accès. »

Voilà pour la première phase de la réalisation de ce projet : « Le budget prévu est de deux millions de dollars et l’étude de faisabilité est achevée depuis 2007. Et comme les travaux de restauration du Château sont vraiment terminés, on souhaite pouvoir descendre nos collections dans le tunnel à l’occasion du 375e anniversaire de Montréal. » À plus long terme, il est prévu d’ajouter sous terre un espace consacré aux expositions temporaires et une salle d’éducation pour recevoir les groupes.