Rendre accessibles les collections au-delà des murs du musée

Alice Mariette Collaboration spéciale
Les Musées de la civilisation de Québec prévoient rendre accessibles les fruits de la numérisation sur leur site Web dans les prochains mois.
Photo: Source SMQ Les Musées de la civilisation de Québec prévoient rendre accessibles les fruits de la numérisation sur leur site Web dans les prochains mois.

Ce texte fait partie d'un cahier spécial.

Pour protéger, pérenniser, mais aussi partager leurs milliers d’artéfacts, les Musées de la civilisation de Québec (MCQ) ont décidé d’offrir leur collection nationale sous forme numérique. Leurs 625 000 objets et documents, véritables trésors du patrimoine québécois, sont traités, photographiés et numérisés un à un.

« Le Musée de la civilisation est d’abord et avant tout un musée de société, qui s’intéresse à tout ce qui préoccupe l’être humain, rappelle en préambule Stéphan La Roche, directeur général des MCQ. On appelle “encyclopédique” la collection nationale, parce qu’elle est très large et qu’elle touche à tous les aspects de la société. » La numérisation de cette collection encyclopédique va non seulement améliorer sa conservation, mais aussi permettre une diffusion à très grande échelle. « Des objets ou archives qui restent dans une réserve c’est bien parce qu’on les protège et qu’on en assure la pérennité, mais notre devoir d’institution d’État, c’est aussi de les partager le plus possible avec nos concitoyens, qui ont un rapport direct avec eux », pense M. La Roche. Ce grand chantier de numérisation a été rendu possible notamment grâce au Plan culturel numérique du Québec (PCNQ). Il implique, d’une part, la prise de vue d’objets des collections et, d’autre part, la numérisation de documents d’archives. « Si le ministère de la Culture et des Communications a mis l’accent sur cet aspect, c’est que c’est un vecteur d’avenir », ajoute le directeur général.

Priorité à la numérisation

Pour la directrice des collections et des relations avec les musées québécois, Katy Tari, la numérisation est actuellement l’objectif principal des collections. Pour la mettre en place, l’équipe s’est inspirée des pratiques du Musée canadien de l’histoire, ainsi que de la Bibliothèque nationale de France. « Nous avons développé une chaîne de production qui nous permet d’être efficaces et d’établir une certaine redondance, pour éviter ou limiter les erreurs, explique Mme Tari. On le voit au terme de 14 mois, nos pratiques sont très concluantes et le ministère est venu voir comment nous travaillons, pour déterminer dans quelle mesure nous pourrions partager notre expertise avec d’autres établissements. »

Près de 28 000 documents (manuscrits, documents textuels, cartes et plans, supports publicitaires, bibliothèques) ont déjà été traités, et 138 534 images numériques provenant de 27 590 objets, documents et livres ont été prises depuis le début du chantier. « Il y en a encore pour de nombreuses années, mais l’important, c’est que le travail se fasse graduellement, estime M. La Roche. Nous avons une façon de travailler la numérisation qui offre un survol de l’ensemble des collections et qui nous permet d’avancer sur tous les fronts simultanément. »

L’équipe des MCQ a décidé de traiter en priorité la collection du Fonds du Séminaire de Québec, dont le musée est le gardien depuis 1995. Une collection d’artéfacts, couvrant la période de 1623 à 1800, inscrite au prestigieux registre du programme Mémoire du monde de l’UNESCO. « Pour nous, il était important de prioriser cette collection parce qu’elle suscite beaucoup d’intérêt de la part des chercheurs, mais aussi de la population, qui veut mieux connaître son histoire », précise M. La Roche.

Partager la collection nationale

Les MCQ prévoient rendre accessibles les fruits de la numérisation sur leur site Web dans les prochains mois. « On est à la veille de pouvoir diffuser beaucoup plus d’objets que ce qui est déjà disponible en ligne », précise Stéphan La Roche. L’équipe aimerait aussi intégrer la collection numérique au coeur même de ses expositions permanentes. Par ailleurs, le directeur général précise qu’une application mobile pourrait être créée. « Nous sommes en train de réfléchir aux différents moyens de rendre davantage accessibles la richesse et la diversité de nos collections à l’ensemble de notre population », commente-t-il.

Pour diffuser rapidement les images de leurs collections, les MCQ comptent aussi sur les médias sociaux. « On pourrait par exemple demander au public de décrire dans ses propres mots certains objets, explique Katy Tari. Ce sont des outils qui existent déjà ailleurs et desquels nous voulons nous inspirer pour faciliter la contribution du public à nos collections. » Pour elle, il s’agit aussi d’une nouvelle forme de documentation des collections, qui permettrait au public de s’investir davantage. Par ailleurs, l’équipe compte aussi sur les plateformes sociales pour s’adresser à tout le monde, notamment ceux qui ne viennent pas nécessairement au musée.

Autre grand chantier pour les MCQ, l’implantation du logiciel américain The Museum System, outil intégré qui vient remplacer les bases de données de gestion des collections. « Cela nous permet de faire des liens intellectuels entre les différentes collections, ce qui nous était impossible jusqu’à présent », commente Mme Tari. Elle précise que la mise en place de cet outil en est encore à sa phase de consolidation.

Expositions permanentes

En dehors de ces projets de numérisation, les MCQ continuent d’accorder une grande importance aux deux expositions de référence, que le public peut visiter à tout moment de l’année. La première, C’est notre histoire. Premières Nations et Inuit du XXIe siècle, montée de manière collaborative et primée à plusieurs reprises, propose une réflexion sur ce que signifie être autochtone aujourd’hui, en intégrant l’héritage des traditions. La deuxième, Le temps des Québécois, offerte depuis 2004, retrace les événements marquants de l’évolution de la société. « On va probablement rajouter des aspects plus participatifs pour permettre au public de collaborer davantage, indique M. La Roche. Les visiteurs pourront donner leur point de vue et écrire des histoires par exemple. » Ces expositions permanentes évoluent au fil du temps. D’ailleurs, M. La Roche rappelle que la collection s’enrichit régulièrement de nouveaux objets, notamment contemporains, comme le piano de Claude Léveillée que le musée a reçu en 2012.