Un écrin monumental pour l’art québécois

Laurie Vanhoorne Collaboration spéciale
L’œuvre «The Flux and the Puddle» de David Altmejd se déploiera dans le pavillon central du MNBAQ.
Photo: Source MNBAQ L’œuvre «The Flux and the Puddle» de David Altmejd se déploiera dans le pavillon central du MNBAQ.

Ce texte fait partie d'un cahier spécial.

Avec l’ouverture prochaine d’un nouveau pavillon, le Musée national des beaux-arts du Québec (MNBAQ) achève la deuxième phase d’un plan de réaménagement dont l’objectif est de mettre encore plus en valeur sa collection d’oeuvres d’art. Le pavillon Pierre-Lassonde, qui ouvrira ses portes au public l’été prochain, permet en effet de doubler la surface du musée, dont la mission est de promouvoir l’art québécois d’hier à aujourd’hui.

En février 2014, la première étape de cette reconfiguration était franchie avec la restauration du pavillon Charles-Baillairgé. L’ancienne prison reconvertie accueille depuis quatre expositions permanentes, consacrées à autant de grandes figures de l’art québécois : Jean-Paul Riopelle. Métamorphoses, Alfred Pellan. Le rêveur éveillé, Fernand Leduc. Peintre de lumière et Jean Paul Lemieux. De silence et d’espace.« Ce sont des artistes qui ont eu une renommée internationale, qui ont développé un langage unique et pour lesquels on a une collection de référence, c’est-à-dire qu’on peut voir naître leur langage et leur maturité », confie au téléphone Line Ouellet, directrice et conservatrice en chef du MNBAQ, depuis la pièce qui servait autrefois de bureau au directeur de la prison.

Sortir les oeuvres de l’ombre

À elle seule, cette première phase avait permis au MNBAQ d’extraire 200 oeuvres — il en possède 38 000 au total — de ses réserves. Le 24 juin prochain, lorsque le pavillon Pierre-Lassonde ouvrira ses portes, elles seront encore plus nombreuses à sortir de l’ombre. Consacré à l’art post-1960, le nouveau bâtiment, toujours en construction, en exposera plus de 9000. Et le troisième épisode de ce large chantier amorcé en 2011, prévu pour 2017, permettra de réaménager le pavillon initial, une construction de style beaux-arts où sera redéployée la collection historique du musée, pré-1960.

Avec son église, son presbytère et son ancien pénitencier, le MNBAQ constitue un complexe muséal unique en son genre. « Nous n’avons pas eu besoin de nous inspirer d’autres musées pour la conception du pavillon Pierre-Lassonde, dit Mme Ouellet, qui vante le travail réalisé par les firmes new-yorkaise (OMA) et québécoise (Provencher_Roy architectes) qui ont conçu cette quatrième aile du musée. Il s’intègre à son environnement. Il a son propre vocabulaire, mais il parvient à se glisser dans le paysage de façon exceptionnelle. »

Avec son imposant escalier à trois volées, sa cour intérieure de 500 mètres carrés, son enveloppe extérieure constituée à 95 % de verre et ses toits verts où se côtoieront cinq sortes de plantes grasses, pour un total de 90 000 plants, la nouvelle aile de l’établissement impressionne. Le passage Riopelle et son Hommage à Rosa Luxemburg, fresque colossale de trente tableaux, la relieront au complexe déjà existant. The Flux and the Puddle, oeuvre titanesque du sculpteur montréalais David Altmejd, se déploiera dans le pavillon central. L’auditorium du musée s’offre lui aussi une cure de jouvence et comptera désormais 250 sièges.

Le réaménagement dopera-t-il le nombre de visiteurs ? « On espère évidemment une augmentation de l’achalandage, d’autant plus que le bâtiment que nous construisons est en soi une oeuvre d’art d’une grande qualité architecturale, répond Mme Ouellet. Le nouveau pavillon deviendra l’épicentre du nouveau quartier qu’est le Quartier des arts de Québec. Sur le plan culturel, mais aussi touristique, urbanistique, il devrait y avoir un impact. »

La famille, toujours au coeur de l’offre

La famille, clientèle privilégiée du MNBAQ, trouvera son compte dans le réaménagement du musée, qui continuera de concevoir des parcours adaptés. Les iPad qui permettent aux tout-petits de vivre une visite interactive se déploieront notamment dans les nouvelles salles. Le pavillon central, une pyramide de verre qui relie le pavillon initial à l’ancienne prison, présentera désormais des créations destinées aux enfants. « Beaucoup de musées aménagent des espaces pour les familles, mais habituellement, on n’y présente pas d’oeuvres », note la directrice de l’institution culturelle.

En doublant la surface du musée, qui s’étendra désormais sur près de 15 000 mètres carrés, le pavillon Pierre-Lassonde s’inscrit également dans une autre des missions de l’établissement : la promotion de l’art contemporain, dont les installations sont le plus souvent spacieuses. « Ce qui est merveilleux, quand on visite un musée, c’est d’avoir un lieu où l’on est en contact avec nos racines, où l’on peut se projeter dans le temps. Et c’est ce que permet l’art contemporain », soulève Line Ouellet.

La réalisation du nouveau pavillon, au coût d’un peu plus de 100 millions, a été rendue possible grâce à la contribution des gouvernements fédéral et provincial, mais aussi de la Ville de Québec et de fonds privés, notamment de Pierre Lassonde, philanthrope et mécène, qui a fait don de 10 millions — et de son nom — à l’édifice. « Historiquement, les musées ont toujours été les commandes les plus prestigieuses des architectes, relève Mme Ouellet. En général, ce sont des commandes privilégiées. Les musées s’inscrivent dans un rapport esthétique où, sans doute comme dans les églises, la dimension contemplative est importante. »

Ouverture en grande pompe

Au moment d’ouvrir ses portes pour la première fois, lors de la prochaine Saint-Jean-Baptiste, l’institution muséale sise sur les plaines d’Abraham donnera le coup d’envoi à trois jours de célébrations. Un marché en plein air mêlant performances artistiques et galeries à ciel ouvert investira l’avenue Cartier et la Grande Allée le jour de la fête nationale et l’entrée du nouveau pavillon sera gratuite. Le mois précédant ces festivités, le musée sera fermé aux visiteurs.

Pour son premier été, le pavillon Pierre-Lassonde bénéficiera d’une programmation culturelle incluant notamment l’HUMANORIUM d’EXMURO, un événement en art actuel aux allures de fête foraine, et une oeuvre orchestrale inspirée de son architecture, une cocréation des compositeurs Yannick Plamondon et Symon Henry.